Contribution : L’Algérie d’hier et d’aujourd’hui

Autopsie d’un système politico-économique agonisant

Par cet écrit, j’espère prendre contact avec tous les Algériens et Algériennes soucieux du devenir de notre pays, quels que soient leur âge, leur degré de maturité politique et sociale, leur fonction et l’expérience que chacun d’eux a vécue.

La nécessité de communiquer est capitale pour la sauvegarde de l’avenir de nos enfants. Nous devons tous nous sentir concernés par tout ce qui touche le pays, nous informer mutuellement, nous exprimer et évaluer les résultats des activités des dirigeants auxquels nous avons accordé notre confiance sans conditions pour une durée limitée et non pour l’éternité. Il est temps de cesser de croire que «le printemps arabe» est derrière nous, que l’Algérie est un cas unique, que nous sommes différents des autres, etc. La vérité est que rien de cela n’est absolument vrai, que nous ne sommes plutôt pas aussi différents des autres et qu’il y a lieu de nous ressaisir, de cesser d’être indifférents et de nous mobiliser pour éviter à notre pays de sombrer dans une nouvelle catastrophe.

Tout d’abord, il est nécessaire de faire un survol rapide synthétisant de manière très concentrée les principales étapes politiques et socio-économiques vécues par l’Algérie depuis l’indépendance à ce jour, soit plus d’un demi-siècle d’existence. Cette période historique et très significative est assez longue, largement suffisante pour établir un diagnostic précis et fiable, permettant de mieux identifier et évaluer les tendances d’évolution de notre pays (développement, stagnation ou régression). Aussi, pour être objectif dans toute cette évaluation critique, il y a lieu de tenir compte des conditions politiques et socio-économiques réelles qui ont prévalu en tout moment historique vécu, sans oublier le contexte politique et socio-économique international et son impact sur la politique de développement de notre pays. Les problèmes et leurs causes étant correctement identifiés et définis, leur élimination devient alors possible et à notre portée, car pour cela le pays dispose de tous les moyens nécessaires : il suffira uniquement de laisser faire les Algériens libres et compétents.

Depuis l’indépendance à ce jour, notre pays a traversé trois étapes essentielles de développement, jalonnées par de fréquentes réformes rarement fructueuses et un système de gouvernance inefficace, allant du socialisme à l’économie de marché.
Sans se fixer ou se laisser influencer par les événements ponctuels et/ou conjoncturels, donc passagers, dont l’impact reste très limité quant à leur influence sur les tendances lourdes de l’évolution, nous allons essayer d’identifier et caractériser, sur les plans politique et socio-économique, les différentes étapes vécues par le pays durant les cinquante (50) dernières années de son développement. Dans le contexte spécifique à notre pays, trois étapes importantes peuvent être identifiées.

La première étape de développement couvre la période des décennies 60 et 70. Elle a été caractérisée par une politique de développement dite «clés en main», selon laquelle le fournisseur étranger livre l’usine achetée, réalise le montage, les tests de démarrage et forme les ingénieurs et techniciens algériens nécessaires au fonctionnement de l’usine. Après rodage des équipements, le fournisseur remet les clés à une entreprise nationale, unique propriétaire, qui prendra l’unité de production sous son entière responsabilité.
On peut considérer que cette étape a été réellement entamée sous le régime du président Boumediène. Elle est essentiellement caractérisée par l’adoption d’un système de gestion socialiste, la nationalisation des ressources du sous-sol (mines et hydrocarbures), le lancement et la réalisation d’un vaste programme de formation, de recherche, d’exploitation et de valorisation des ressources minières et de développement industriel : sidérurgie, gaz et pétrochimie, chimie (détergents, fertilisants, colorants, verrerie, etc.) constructions mécaniques (machines agricoles, engins de travaux publics, matériel de transport), industrie électrique, matériaux de construction, électroménager, textile, agroalimentaire, etc. Durant cette étape, le pays manquait cruellement de cadres techniques, les moyens financiers étaient limités, mais en revanche il disposait d’avantages déterminants : peu ou pas de corruption, les Algériens — peuple et dirigeants — aimaient leur pays, étaient volontaires et avaient confiance en l’avenir de leur pays, comme en témoigne le retour au pays des étudiants après la fin de leurs études à l’étranger, dans l’ex-URSS, aux USA ou en Europe.

Les Algériens étaient fiers car leur pays se développait, luttait pour la justice dans le monde, était le fief des mouvements de libération nationale. Nous avions un pays qui a osé capturer le Congolais Tchombe en 1967 sur les îles Baléares et l’emprisonner à Alger jusqu’à sa mort en 1969 pour avoir comploté avec le général Mobutu dans l’assassinat du héros africain Patrice Lumumba en 1961 ! C’est une réalité historique de l’Algérie qu’il ne faudra jamais oublier. A cette époque-là, nous étions fiers d’être algériens, ici dans notre pays ou ailleurs à l’étranger. Pour un pays qui venait de sortir du joug du colonialisme, nous pouvons considérer que cette étape de développement a été fructueuse, car malgré le manque d’ingénieurs et techniciens, d’expérience dans le domaine industriel et de moyens financiers, l’Algérie a pu produire des tracteurs, des moteurs, des moissonneuses-batteuses, des chargeuses, des détergents, des engrais, des appareils électroménagers, des colorants, des matériaux de construction, récupéré et valorisé ses hydrocarbures et son gaz naturel, récupéré et valorisé ses ressources minières. Tout cela en plus de la construction d’une multitude d’infrastructures diverses (barrages, écoles et universités, hôpitaux, etc.) L’inconvénient majeur qui a entaché cette première étape de développement était l’ambition excessive du régime en place, qui a conduit au surdimensionnement de certaines unités industrielles, telles que l’usine de tracteurs et de moissonneuses-batteuses, qui ont vite saturé le marché national sans trouver de débouchés à l’international.

La deuxième étape de développement couvre la période des décennies 80 et 90. A la différence de la première étape, celle des décennies 80 et 90 a été marquée par une politique de développement dite «produit en main», selon laquelle le fournisseur étranger est tenu d’assurer une présence physique et accompagner les techniciens algériens sur une période suffisante pour la maîtrise complète du fonctionnement de l’usine, du processus de production et la maintenance des équipements.
L’étape a commencé sous le régime du président Chadli, qui l’a conduite   jusqu’aux élections de décembre 1991. Sur le plan économique, l’étape 1980-1990 a été marquée par un fort ralentissement des investissements en général, l’adoption d’une série de réformes dans les entreprises publiques en raison des échecs répétés dans leur efficacité économique, mais sans résultats probants.

En effet, la restructuration organique et financière engagée entre 1980 et 1984 n’a pas apporté l’efficacité économique escomptée. Cette restructuration qui s’assimile à un démembrement n’a abouti qu’à  multiplier le nombre d’entreprises, une augmentation des besoins financiers et une extension de la médiocrité managériale en raison de l’insuffisance de cadres qualifiés et expérimentés. C’est ainsi qu’une nouvelle réforme a été engagée en 1988, se traduisant par la création des Fonds de participation et la transformation des EPS (Entreprises publiques socialistes) en EPE (Entreprises publiques économiques) disposant d’une certaine autonomie. Cette réforme a également échoué, ce qui a conduit en 1990 à l’abandon total de la GSE (Gestion socialiste des entreprises) et du SGT (Statut général du travailleur). Par la suite, les FP ont été remplacés par les HP (Holdings publics), qui seront transformés plus tard en SGP (Sociétés de gestion des participations de l’Etat). Sur le plan pratique, l’étape 80-90 a débuté avec une première décision gouvernementale consistant à suspendre l’investissement pour établir un bilan des activités économiques de l’étape antérieure afin d’identifier les causes qui ont engendré les surcoûts des projets et le non-respect des délais de leur réalisation. L’arrêt de l’investissement a été suivi du lancement du PAP (Programme anti-pénuries) accompagné du slogan «Pour une vie meilleure». Le PAP, financé par l’Etat, a ouvert la voie à l’importation tous azimuts des produits de large consommation : électroménager, viandes rouges et blanches, poisson, produits laitiers manufacturés, œufs, pommes de terre, bananes, etc.

L’importation était sans limite, au point que certains produits périssaient dans les présentoirs des Galeries algériennes et Souks El Fellah avant d’être vendus. La paralysie des entreprises de production, le poids devenu insupportable de la dette extérieure et le tarissement des ressources financières ont obligé le pays à se soumettre au diktat du FMI (Fonds monétaire international) en signant les accords fort contraignants du 31 mai 1989 et du 3 juin 1991. L’absence d’un soutien technologique et d’un programme de maintenance adéquat a conduit à un vieillissement rapide des installations industrielles héritées de l’étape des années 60-70. Par la suite, la chute du rendement, la mévente des productions auxquelles s’ajoute la mauvaise gestion ont conduit à une fermeture précoce d’un nombre important d’unités de production. Sur le plan politique, la période 80-90 a été jalonnée par une série de crises graves, dont l’apogée a été atteinte en 88 avec une insurrection générale de la population, notamment les jeunes, contre le régime politique en place. L’insurrection a ciblé tout ce qui représente l’Etat : les structures du Parti unique au pouvoir (le FLN), les commissariats de police, les administrations centrales et locales, ainsi que les biens de l’Etat (entreprises, commerces, matériel, etc.) L’adoption de la Constitution de 1989 a permis l’ouverture du système politique au multipartisme à partir de l’année 1990. Les premières élections pluralistes de décembre 1991, interrompues en janvier 1992, ont plongé le pays dans la décennie noire 1992-2000, dont les conséquences ont été catastrophiques pour le pays dans tous les domaines.

Ainsi, globalement, l’étape 80-90 a été caractérisée par une grave régression de l’économie nationale et une profonde remise en cause du système d’organisation et de gestion en vigueur dans le pays. Durant cette période, l’entreprise économique nationale a toujours été au centre des différentes réformes engagées qui, malheureusement, n’ont pas donné les résultats escomptés. L’incapacité du régime politique à contrôler les conséquences de l’évolution des événements engendrés par les réformes économiques et politiques engagées a plongé le pays dans une guerre totale destructrice avec le terrorisme dont les effets n’ont commencé à s’estomper que vers la fin de 1999. La troisième étape de développement couvre la période allant de l’année 2000 à ce jour. Cette étape, qui correspond aux trois mandats de l’actuel président de la République, M. Bouteflika, est marquée par l’abandon de la politique «clés en main» et l’adoption de la politique «Partenariat économique» qui exige que le partenaire étranger soit actionnaire et «manager» de l’entreprise algérienne. 


En raison d’une absence évidente de vision et de stratégie de développement efficace, le pays continue à ne pas en finir avec les réformes qui se succèdent sans résultats satisfaisants. Le cirque continue : les holdings sont dissous et remplacés par des SGP érigés en SPA qui représentent l’Etat. Malgré toutes les réformes engagées, la situation des entreprises nationales reste toujours critique. C’est pourquoi nous assistons actuellement à une grande remise en cause de la réforme structurelle des entreprises de 1980-84 : on revient au regroupement des entreprises publiques stratégiques pour augmenter leurs capacités d’intervention, leur fiabilité et la maîtrise de leur gestion. En quelque sorte, on revient à la case départ avant les réformes de 1980-84 initiées sous la houlette de l’ex-Premier ministre Abdelhamid Brahimi (connu sous le pseudonyme de «Abdelhamid la science») qui a vu la dislocation des grandes sociétés nationales de l’époque : Sonarem, SNS, SNMC, Sonatrach, etc. et leur remplacement par une multitude d’entreprises dont la pratique a révélé que plusieurs d’entre elles étaient moins viables.

Sur le plan économique, trois événements majeurs ont marqué la 3e étape de développement de notre pays : l’augmentation substantielle du prix des hydrocarbures, qui a permis de renflouer les caisses de l’Etat, le règlement de la dette extérieure, le lancement et la réalisation d’un large programme de construction des infrastructures de base (réseau routier, transport ferroviaire, installations portuaires et aéroportuaires, barrages et grands transferts hydrauliques, dessalement de l’eau de mer, construction de centrales électriques, etc.) et la promotion immobilière. Sur le plan politique et réglementaire : la victoire sur le terrorisme, la réalisation de la réconciliation nationale, la révision constitutionnelle en 2008 et la révision de plusieurs lois et réglementations touchant le secteur minier, celui des hydrocarbures, les banques, l’investissement, etc. Les conditions de développement de notre pays durant l’étape en question, qui coïncide entièrement avec les trois mandats de M. Bouteflika, étaient très favorables par rapport aux années précédentes : autofinancement garanti, expérience industrielle appréciable de certaines de nos entreprises économiques, disponibilité suffisante d’ingénieurs et de techniciens. Si les projets réalisés sont très consistants pour le pays, le programme politique et de développement économique lancé durant la période en question reste insuffisant et critiquable par rapport aux besoins de l’économie nationale, aux moyens financiers du pays et à la mobilisation des capacités de réalisation nationales.

En effet, le secteur productif de biens d’équipement et de consommation (petite et moyenne industrie) a été complètement délaissé et les capacités de réalisation nationales peu mobilisées. La politique commerciale mise en œuvre par le gouvernement, ouvrant la porte à une importation tous azimuts et incontrôlée, a fini par concurrencer la production nationale jusqu’à la bloquer et décourager l’investissement national dans plusieurs domaines. Durant cette troisième période de développement, malgré les résultats positifs obtenus dans certains domaines de développement, le gaspillage, la corruption et les détournements de deniers publics ont atteint des proportions jamais égalées depuis l’indépendance de notre pays. L’espoir de voir naître une relève politique jeune, compétente et efficace a été subitement éloigné, laissant place à une dégénérescence politique au plus haut niveau de l’Etat. Cette dégénérescence politique à la veille d’une élection extrêmement importante fait planer le doute et le manque de confiance en l’avenir. Notre pays est devenu un «pays foncièrement consommateur», entièrement dépendant de l’étranger. En raison du manque flagrant de vision et de stratégie de développement de ses dirigeants, il est devenu progressivement un dépotoir de produits de toutes natures, souvent de basse qualité, en provenance pratiquement du monde entier, notamment des pays européens et asiatiques. Nous sommes devenus une société de consommation et de gaspillage. Le terme «pays consommateur» s’applique habituellement à certains pays développés qui disposent d’une surproduction diversifiée et de qualité. Les populations de ces pays ont aussi un pouvoir d’achat élevé qui leur donne des facilités de consommation. Ce n’est pas le cas de l’Algérie. Nous, nous consommons essentiellement ce que nous ne produisons pas. Même ce que nous importons est devenu source de gaspillage parfois de grande envergure dans plusieurs domaines de consommation.

Pour ne citer qu’un exemple visible et vérifiable par tous, je citerais le cas du matériel des travaux publics : quel est l’Algérien, y compris les membres du gouvernement actuel et de ceux qui l’ont précédé, qui n’a pas remarqué les nombreux cimetières d’une multitude de marques et modèles de machines et d’engins peu usagés et souvent récupérables qui peuplent les banlieues et quartiers périphériques de nos villes ? L’importation sauvage, massive, hors normes et incontrôlée, passant par tous les excès nuisibles, a fini par tuer nos capacités de production, l’investissement productif dans notre pays est bloqué ainsi que le développement de notre économie et le savoir-faire. Paradoxalement, nos ressources naturelles — principale source de financement —, notre argent, sont devenus un moyen de développement des économies des pays étrangers et un facteur de blocage pour le développement de l’économie nationale.

Est-ce là une bonne politique de gouvernance ? Qu’est-ce que nous savons faire aujourd’hui pour satisfaire ne serait-ce que nos besoins les plus vitaux ? Je ne peux donner malheureusement que cette réponse : très peu de choses. Car ce sont les étrangers (Chinois, Japonais, Canadiens, Turcs, etc.) qui construisent nos maisons, nos autoroutes et réalisent les grands projets hydrauliques, les études, etc. Idem pour les études, l’extraction, le transport et la transformation des hydrocarbures et les produits miniers. Nous importons annuellement plus de 400 000 véhicules touristiques et nous ne produisons aucune pièce de rechange pour la maintenance de notre parc automobile, est-ce logique ? Et j’en passe, car le mal est partout et généralisé. Pour être convaincu, il suffit d’aller dans l’une de nos grandes rues, de bien regarder autour de vous, de rentrer dans n’importe quel commerce, une supérette par exemple, pour constater que notre pays produit vraiment peu de choses et importe presque tout, jusqu’aux produits les plus insignifiants, tels que les serpillières et les frottoirs ! L’Algérie est un pays qu’on dit très riche. C’est vrai qu’il l’est, mais seulement par les ressources naturelles de son sous-sol que le bon Dieu lui a données.

Mais mes concitoyens doivent aussi savoir que cette richesse est relative, temporaire et très aléatoire que notre pays ne contrôle pas, car elle dépend des situations politiques et économiques des pays qui nous l’achètent. Il suffit d’un conflit régional grave pour que les revenus de notre sous-sol se tarissent et que notre pays redevienne pauvre. Rappelons-nous la chute des prix des hydrocarbures du début des années 80 qui a conduit à l’arrêt de la coopération avec les pays étrangers dans plusieurs domaines, à la signature de l’accord avec le FMI qui a pris le contrôle du financement de notre économie, et à la grande crise nationale de 1988. Avons-nous réellement développé notre pays et progressé depuis l’indépendance ? Dans la majorité des cas, on ne peut donner qu’une réponse négative. Pour répondre à la question de savoir si le pays a réellement progressé ou non, voici quelques cas concrets qui peuvent constituer des exemples de comparaison. La première et unique société minière algérienne — Sonarem (Société nationale de recherche et d’exploitation minière) a été créée en 1967, juste après la nationalisation des mines en 1966. Etant technicien des mines, j’ai commencé ma carrière en 1968 dans l’une des mines exploitées par la Sonarem — la mine de cuivre — polymétaux d’Aïn Barbar, située à un peu plus de 35 km à l’ouest d’Annaba. La mine fonctionnait en H24 avec 700 employés, 230-240 par poste (mine + usine de traitement des minerais). L’encadrement de l’exploitation était assuré par six ingénieurs étrangers russes et yougoslaves.

La mine était gérée par seulement 9 personnes dont le directeur, installées dans une villa à un seul niveau. Durant la 1re semaine du mois, toutes les fiches de paie sont établies manuellement et tout le personnel payé sans retard dans le courant de la même semaine. L’exploitation était rentable et tout fonctionnait
parfaitement : mine, usine de traitement, ateliers et administration. Voilà avec quelle efficacité travaillaient les Algériens durant les premières années de l’indépendance dans un complexe minier appartenant à 100% à une société publique. Alors, avons-nous progressé après être passés par la GSE (la Gestion socialiste des entreprises), le SGT (Statut général du travailleur), et l’économie de marché d’aujourd’hui ? Bien sûr que non ! Je continue avec la même entreprise. En 1982, la Sonarem, qui était vraiment opérationnelle, a été restructurée en plusieurs autres sociétés minières autonomes : Ferphos, Enof, Enamarbre, Edemines, Enasel, ENG (granulats) et Erem.

De toutes ces sociétés, seule Ferphos a pu continuer à activer normalement, et ce, en raison de la grande capacité de production des mines de fer et de phosphate qu’elle exploite. Edemines (Etude et développement miniers) a été dissoute et les autres continuent à survivre dans une situation économique difficile : manque d’investissements, équipements aléatoires, perte de cadres qualifiés, activité limitée au minimum. Pour voir clair dans quelles conditions ont évolué certaines de nos sociétés minières issues des réformes, je prends l’exemple de celle qui est la plus stratégique : l’Erem (Entreprise nationale de recherche minière). L’Erem est la seule entreprise nationale chargée d’entreprendre des recherches minières à caractère industriel, c’est-à-dire des activités qui consistent à explorer le sous-sol, évaluer le potentiel minier national, découvrir et évaluer des gisements de matières premières exploitables nécessaires au développement de l’industrie nationale. Cette entreprise, créée en 1982, a fait fusion avec l’ONIG (Office national de l’information géologique) en 1992 pour donner naissance à l’ORGM (Office national pour la recherche géologique et minière), croyant que cette nouvelle structure serait plus efficace pour atteindre les objectifs assignés à chacune des deux associés. Malheureusement, cela n’a pas été le cas, car quelque part, à un plus haut niveau de l’Etat, on a décidé autrement : dans la loi n°98-11 du 22 août 1998 portant orientation et programme à projection quinquennale sur la recherche et le développement technologique 1998-2002 (voir J.O n°62 du 24 août 1998), il a été spécifié que l’ORGM sera transformé en EPST (Etablissement public à caractère scientifique et technique).

Par cette décision, l’ORGM, héritier de l’EREM, n’a plus la vocation d’entreprendre une recherche minière à échelle industrielle. Cette erreur stratégique grave a été confirmée lors de la promulgation de la Loi minière de 2001, qui ne fait aucune allusion à l’ORGM, la privant ainsi de tout ancrage juridique susceptible de lui procurer un financement public adéquat pour entreprendre un programme de recherche minière conséquent. En effet, la Loi minière de 2001 prévoit uniquement la création de deux agences minières (ANPM et Angcm), qui ne sont que des agences de souveraineté à caractère administratif, non concernées par la recherche minière à caractère industriel. La mise à l’écart de l’ORGM a été confirmée par l’ex-ministre de l’Energie et des Mines Chakib Khelil, qui, lors de l’installation du DG de l’ORGM le 2 août 2004, a ordonné au staff dirigeant de cet organisme public de changer de statuts et de devenir autonome. Et ainsi, les décideurs de l’époque venaient de signer l’arrêt de mort de la recherche minière en Algérie. Entre-temps, depuis la promulgation de la Loi minière 2001 à ce jour, l’ANPM a procédé à l’adjudication des sites miniers connus à raison de 3 à 4 adjudications par an, attribuant ainsi plusieurs centaines de gisements et carrières découverts et évalués antérieurement à 1985 et accélérèrent ainsi l’épuisement des réserves minières disponibles.
Parallèlement, la recherche minière était inopérante, ce qui n’a pas permis de renouveler les réserves déjà exploitées et découvrir d’autres ressources minières pour répondre aux besoins croissants de l’industrie nationale. Et c’est pour cette raison que le secteur minier national se trouve aujourd’hui caractérisé par un déséquilibre grave, difficile à remonter sur les plans humain, matériel et disponibilité de ressources minières exploitables.

En effet, en dehors des carrières de substances utiles, il n’y a pratiquement plus de mines dignes de ce nom en Algérie, à l’exception des mines de fer de l’Ouenza-Boukhadra et des phosphates de Dj. Onk exploités par Ferphos, les mines d’or de Tirek et Amesmessa exploitées par l’Enor (partenariat) et qui sont à l’arrêt depuis près de 2 ans, ainsi que la mine de polymétaux d’Oued Amizour (partenariat) dont la mise en exploitation est en cours de préparation. Ce qui aggrave davantage la situation du secteur minier, c’est  le blocage de l’ORGM, qui a eu pour effet le départ des spécialistes (géologues, géophysiciens, géochimistes, minéralogistes, etc.) expérimentés en mesure de prendre en charge la relance de la recherche minière en Algérie.

Cette grave situation due à la défaillance des autorités gouvernementales en charge du secteur minier a réduit sensiblement la contribution de ce secteur au développement national. Il a fallu plus de 30 ans pour que les autorités chargées du secteur minier s’aperçoivent de l’échec des réformes entreprises à partir de 1980, et amendent la Loi minière de 2001 (une nouvelle loi minière sera promulguée incessamment) afin de réhabiliter la recherche minière et concentrent les moyens disponibles en rassemblant les différentes sociétés minières nationales, dont l’ORGM, dans une nouvelle société minière, Manal Spa (à l’image de l’ex-Sonarem des années 1970 !) créée en février 2011. Voilà comment le système politique en place a géré le secteur minier national : on construit, on démolit et on reconstruit pour revenir à la case départ de 1967 ! (date de création de la Sonarem). Le résultat final, malheureusement, n’est pas un développement, mais une régression sur tous les plans : perdition du personnel technique expérimenté (ingénieurs et techniciens dans toutes les spécialités des sciences de la terre), perte du potentiel scientifique et du savoir-faire acquis, notre pays n’a pas su profiter des avantages que lui confèrent sa position géographique, ses moyens financiers et les conditions du marché, favorables pour développer l’économie nationale. Nous avons évolué en vase clos dans un monde ouvert, toujours en retard d’au moins une étape par rapport à nos voisins en voie de développement !

Notre pays est situé dans un environnement régional très favorable à l’investissement et au développement des échanges internationaux. Il occupe une position géographique de choix et se trouve à moins de 60 minutes du continent européen, source du savoir et de technologie.
Nous avons plusieurs secteurs quasi vierges qui ne demandent qu’à être développés : industries diverses, agriculture, tourisme, travaux publics, hydraulique, etc. et disposons d’un marché et de capacités de financement importants. A titre indicatif, pour comparaison, je donne quelques indications sur les voisins les plus proches de l’Algérie : le Maroc et la Tunisie. Les entreprises marocaines sont très actives à l’étranger, notamment en Afrique : le Maroc est actionnaire dans la plupart des grandes sociétés africaines (finances, commerce, transport aérien, ressources minières, etc.), il exploite en dehors de ses frontières diverses ressources de matières premières, y compris des mines de métaux précieux dont les réserves en or dépassent de loin les réserves de tous les gisements aurifères algériens ! Les deux pays transforment et ainsi valorisent au mieux leurs ressources minières alors que nous nous continuons à les vendre à l’état brut (l’exemple des phosphates est édifiant). Nos voisins drainent chaque année plusieurs millions de touristes étrangers dans leurs pays respectifs, ce n’est pas le cas de l’Algérie.

Les deux pays exportent des produits manufacturés, leurs produits agricoles, les produits de leur artisanat, textile, etc. Ce n’est pas le cas de notre pays qui n’arrive même pas à couvrir ses besoins en produits alimentaires de première nécessité malgré l’immensité des surfaces agricoles dont il dispose. Nos voisins ont su mettre à profit l’influence positive des pays européens. Quant à nous, nous avons évolué en vase clos dans un monde ouvert, toujours en retard d’au moins une étape par rapport à nos voisins ! L’Armée nationale populaire est aujourd’hui la principale force du pays : sa préservation est un devoir national majeur, car dans la conjoncture mondiale actuelle elle est la seule à même de garantir la sécurité et l’indépendance de notre pays.

L’Armée nationale populaire est l’institution nationale la mieux organisée, la plus disciplinée, la plus opérationnelle et la plus efficace. Je dirais même qu’elle a toujours été et elle est aujourd’hui la plus importante de toutes les institutions nationales. C’est elle qui a sauvé le pays dans les situations les plus dramatiques que nous avons vécues : soulèvement de 1988, interruption du processus électoral le 11 janvier 1992, guerre contre un terrorisme inhumain extrêmement sauvage durant la décennie noire 1991-2000, l’attaque terroriste à Tiguentourine le 16 janvier 2013, et actuellement les graves menaces d’infiltrations terroristes aux frontières sud et sud-est du pays.
Si notre pays, de par son histoire et son implication dans la défense des causes justes dans le monde, a échappé à maintes reprises aux agressions étrangères, c’est grâce à la force de dissuasion de l’Armée nationale populaire, conditionnée par son engagement nationaliste, son unité et la cohésion de ses structures. Il est donc capital de préserver notre armée et la mettre à l’abri des erreurs des politiques incompétents. Les militaires sont aussi des citoyens à part entière et ont le droit de s’intéresser au devenir du pays et à s’exprimer sur la politique gouvernementale. Dans une situation normale, l’entente entre le civil et le militaire doit être parfaite et chaque partie doit se limiter aux activités et rôles qui sont les siens dans le respect le plus strict de la Constitution. Malheureusement, le désordre qui règne aujourd’hui sur la scène politique nationale est inhabituel, inacceptable et préjudiciable aux intérêts supérieurs du pays. Les attaques menées par M. Saadani, SG du FLN, parti au pouvoir, contre la structure la plus sensible de l’armée, en l’occurrence le DRS, sont inquiétantes et inacceptables.

Ce qui inquiète le plus, c’est que ces attaques qui sèment le doute au sein de la population algérienne sont publiques et ont été initiées par un responsable connu pour son histoire douteuse et son incompétence légendaire. Puisque l’Armée nationale a été attaquée publiquement, et certainement à tort, par un haut fonctionnaire du régime, arrivé par un procédé douteux à la tête du FLN (je lève tout de suite la confusion : il s’agit du FLN d’aujourd’hui qui n’a rien à voir avec le FLN historique qui a déclenché la glorieuse guerre de Libération nationale en 1954 !) Je me réserve le droit, en tant que citoyen algérien, d’intervenir et d’apporter mon témoignage, notamment sur un événement qui a été expressément cité dans l’attaque : l’agression terroriste d’In Amenas ou Tiguentourine le 16 janvier 2013. De par la nature de mes activités de chercheur s’intéressant au Hoggar, notamment la partie sud et sud-est du territoire national, la situation sécuritaire dans les zones frontalières avec le Mali, le Niger et la Libye était l’une de mes préoccupations principales, ce qui m’a permis d’entrer en relation à maintes reprises avec les unités opérationnelles chargées de la protection des zones frontalières en question. Juste après l’attaque de Tiguentourine, dans le cadre de mes activités je me suis rendu à In Guezzam à la frontière de l’Algérie avec le Niger. Parlant de l’attaque terroriste de Tiguentourine devant quelques officiers dont les regards laissent transparaître les traces de l’agression criminelle perpétrée contre le territoire national, et après avoir félicité l’Armée Nationale, j’ai tenu les propos suivants : «A quelque chose malheur est bon !

Nous pouvons tirer de cet événement plusieurs leçons très précieuses. L’attaque était un excellent événement en temps réel pour tester les capacités de défense de l’Armée nationale. Dieu merci, notre armée a agi avec célérité et une grande efficacité : en 2 jours le problème a été réglé avec un minimum de pertes malgré les risques encourus, la complexité et la sensibilité du champ d’intervention. L’événement a donné l’occasion à notre pays de prouver qu’il est indépendant, capable de se défendre seul avec ses propres moyens, refusant toute aide étrangère et rejetant toute interférence de certaines puissances étrangères qui lui ont proposé leurs services. Après élimination des agresseurs, notre pays a été félicité et ses capacités dans la lutte antiterroriste reconnues par les principales puissances occidentales (USA, France et Royaume-Uni). Enfin, dernière leçon donnée par nos services de sécurité : tout terroriste étranger violant le territoire national n’obtiendra rien et ne ressortira pas vivant !» Voilà la réalité de l’attaque de Tiguentourine et les résultats positifs qu’il y a lieu de retenir.
Le système politique algérien actuel : un système archaïque et figé, dont la durée de vie ne peut dépasser celle de ceux qui l’ont mis en place. C’est comme une famille orpheline : si le couple ne laisse pas d’enfants, la famille cessera d’exister. Il est grand temps de passer la main à la génération post-indépendance qui, seule, voit son destin lié au devenir du pays. Tout système politique contient en son sein les germes de sa propre destruction.

Sa durée de vie dépend de sa capacité de se régénérer. A un moment ou à un autre de son histoire, tout système politique peut être bon ou moins bon. Toutes ses lois, ses avantages ou ses inconvénients s’étendent et s’appliquent à toute la société qu’il gouverne ; par conséquent, tout membre de cette société a non seulement le droit, mais aussi le devoir de réagir en s’exprimant pour soutenir et critiquer positivement ou négativement le système politique qui le gouverne, selon ses convictions et ses appréhensions. La réaction consciencieuse d’un citoyen est la seule manière de prouver son existence. Sinon, la société perdra son âme et sa vitalité, devenant inerte, comparable à un conglomérat de roches qui ne pourra que subir les érosions de diverses natures qui vont le concasser, broyer et le faire totalement disparaître, aussi dure soit-il. Dans l’Algérie d’aujourd’hui, il n’y a pas que les Moudjahidine. Regardons de plus près la réalité : mathématiquement, le moudjahid le plus jeune (celui qui a participé à la révolution quelque peu avant l’indépendance à l’âge de 15 ans) est aujourd’hui âgé de 66 ans. Le moudjahid le plus ancien (celui qui a participé à la Révolution depuis 1954 à l’âge de 15 ans) a aujourd’hui 74 ans. Par les lois irréversibles de la nature, cette tranche de la population qui détient le pouvoir depuis l’indépendance à ce jour, non seulement qu’elle a atteint l’âge de saturation totale, mais aussi qu’elle est en voie d’extinction sans avoir préparé sa relève politique, plus jeune et mieux formée, pour une prise en charge adéquate des destinées du pays au-delà du 17 avril prochain. C’est ce qu’aurait dû faire M. Bouteflika et avec tous les honneurs mérités durant les 15 années de son règne ! Avec l’extinction du pouvoir actuel, c’est la légitimité historique qui disparaîtra à jamais pour laisser place à une Nouvelle Algérie qui s’appuiera exclusivement sur la compétence, la volonté et l’ambition de ses fils. Avant le dépôt de la candidature de Bouteflika pour un 4e Mandat, toute l’Algérie était fière d’être différente des autres pays touchés par ce qu’on a appelé par erreur ou par calcul «Le printemps arabe» pour au moins les raisons suivantes :

l)- statistiquement parlant, durant les 50 années d’indépendance qui viennent de s’écouler, notre pays a eu 7 chefs d’Etat, y compris M.
Bouteflika. L’arithmétique nous donne 7 années de gouvernance par chef d’Etat.

2)- Tous les chefs d’Etat, quels que soient les moments difficiles (même la prison) ou agréables qu’ils ont vécus quand ils étaient ou non au pouvoir, sont restés en Algérie et aucun d’eux n’a fui ou choisi de vivre à l’étranger.

3)- Tous les chefs d’Etat décédés (Allah yarhamhoum) ont eu des funérailles dignes d’un président de la République. On peut encore citer d’autres arguments convaincants. Maintenant, avec le 4e mandat notre Président aura gouverné 20 ans et l’Algérie ne sera plus le pays qui fait l’exception, car le cas de M. Bouteflika sera exactement comme celui de Ben Ali de la Tunisie, El Gueddafi de Libye, Moubarak d’Egypte, Salah du Yémen, Bachar de Syrie, Saddam d’Irak et les maîtres des monarchies arabes. Il est établi chez nous comme ailleurs que sous le poids de l’âge et du pouvoir, n’import quel humain finira par abdiquer par perte de ses capacités physiques et intellectuelles. M.
Bouteflika, suffisamment âgé et malade, ne peut faire l’exception. D’où les problèmes posés par sa décision consciemment ou non de postuler à un 4e mandat à hauts risques pour notre pays. Comment expliquer que dans un pays de plus de 35 millions d’habitants, indépendant depuis plus de 50 ans, qui regorge de cadres jeunes et compétents, les dirigeants politiques demandent à leur peuple de voter pour désigner un futur Président de la République non seulement trop âgé mais aussi gravement malade, qui ne parle pas et ne se déplace pas ? Si M. Sellal et ses coéquipiers pensent réellement ce qu’ils nous disent dans leur campagne électorale, alors ils sont
inconscients ; s’ils ne croient pas à ce qu’ils nous disent, alors ils sont en train de nous mentir. Par honnêteté intellectuelle, ils ne doivent pas nous demander de voter pour un citoyen plus proche du coma que du poste de président de la République, sachant que la santé d’un Président doit lui permettre de travailler 16 heures par jour ! Le comportement du pouvoir politique actuel, déjà vieux de plus d’un demi-siècle, confirme qu’il n’y a plus aucune complicité entre ce pouvoir et la population qu’il gouverne. Cette situation expose le pays à des risques de crises politiques et sociales aux conséquences extrêmement graves. Dans peu de temps, la génération actuellement au pouvoir n’existera plus.

Le pays ne pourra pas attendre encore des années. C’est pourquoi il est grand temps de passer paisiblement la main à la génération poste-indépendance qui, seule, voit son destin lié au devenir du pays. Sinon, et c’est la loi de l’histoire, ce sera la violence qui régénèrera un nouveau Novembre 1954. Notre Président a beaucoup fait pour le pays, même si c’est insuffisant. Cependant, il aurait dû faire le choix de se reposer et de s’occuper lui-même de sa santé au lieu de projeter une gouvernance par procuration, ce qui est anticonstitutionnel et bafoue toutes les lois de la République. C’est une vérité qu’on ne peut pas cacher, car elle est si simple que chaque Algérien comprend aisément, qu’il soit juriste, maçon ou quelqu’un d’autre. C’est le 3e mandat qui a été infructueux et qui, entre autres, nous interdit d’accorder un 4e mandat. A notre avis, le 3e mandat est un échec sans appel. C’est le mandat de trop. Les reproches à faire à notre Président par rapport à l’échec du 3e mandat sont nombreux : c’est d’avoir complètement oublié le développement de la production nationale par la relance de son industrialisation ; c’est aussi d’avoir modifié la Constitution ouvrant ainsi la voie à l’installation d’une dictature à travers un monopole illimité du pouvoir. Mais le plus grave reproche, c’est d’avoir échoué dans la préparation d’une relève politique capable de mettre en place un régime démocratique qui nous évitera une descente aux enfers capable d’hypothéquer l’avenir de plusieurs générations.

Ce dernier échec est le plus grave de tout autre car, plus que jamais, l’Algérie a besoin d’un nouveau régime réellement démocratique, seul capable de mobiliser toutes les forces vives du pays et garantir sa sécurité, sa stabilité et un développement économique et social à la hauteur des moyens humains et financiers dont notre pays dispose. Néanmoins, nous devons reconnaître à M. Bouteflika, qui a été un excellent ministre des Affaires étrangères du président Boumediène durant les années 70, le fait que sa contribution a été déterminante pour mettre fin à la décennie noire, le rétablissement de la sécurité, la stabilité politique et l’élimination de l’isolement du pays sur la scène internationale. C’est ce qui a permis au pays de renouer avec les investissements et lancer de grands projets structurants qui ont remis l’Algérie sur orbite et relancé le développement de l’économie nationale durant les deux premiers mandats de M. Bouteflika. L’élection du 17 avril était attendue avec impatience, car elle suscitait tant d’espoirs au sein de la population algérienne pour un changement politique salutaire, rendu inévitable en raison du désordre politique actuel, entretenu par les discordes profondes devenues publiques au sein du parti dirigeant, le FLN, et les attaques de Saadani, SG du FLN, contre les services de sécurité de l’Etat.

Le dépôt trop tardif de la candidature de M. Bouteflika a amplifié la confusion dans les esprits de la majorité de la population algérienne. A cela s’ajoutent des accusations gratuites prononcées par notre ministre, M. A Ghoul, reprochant à nos étudiants et étudiantes, enseignants et enseignantes, d’être manipulés par des forces étrangères, ou des propos insultants prononcés par notre ministre A. Benyounes envers tous les Algériens qui ne sont pas de son avis, ou encore des expressions vexantes pour une partie du peuple algérien, rappelées publiquement, volontairement ou non, par A Sellal, notre ex-Premier ministre. Ce sont, entre autres, tous ces dérapages des représentants du pouvoir en place qui ont poussé des Algériens à exprimer leur réprobation du pouvoir politique qui gouverne le pays en manifestant dans plusieurs villes : Alger, Batna, Oum El Bouaghi, Tizi Ouzou et ailleurs. Accuser des concitoyens d’être à la solde des ennemis de l’Algérie et contre la stabilité du pays tout simplement parce qu’ils n’approuvent pas la politique du pouvoir actuel est une grave erreur.
Si nos ministres ne sont pas capables de tenir un langage digne des postes qu’ils occupent, comment en vouloir au peuple quand il exprime son indignation et son ras-le-bol ? Il y a une citation célèbre qui dit : «Chaque peuple a le gouvernement qu’il mérite». Appliquée à l’Algérie d’aujourd’hui, je suis tenté de dire l’inverse : «Le peuple algérien n’a pas le gouvernement qu’il mérite». Tout ce qui vient d’être dit montre que le système politique qui nous gouverne a lamentablement échoué dans tous les domaines : politique, économique, social, culturel et même diplomatique ! Toutes les réformes engagées pour développer le pays ont échoué. Sinon, comment un pays qui a plus d’un million deux cent mille étudiants (1 200 000) à l’Université reste sous-développé, sans savoir-faire, incapable de construire et produire tout ce qu’il y a de plus vital pour la vie : maisons, routes, barrages, outils de travail les plus élémentaires, levures, semences de pomme de terre, etc. ? Un pays qui vit grâce aux ressources de son sous-sol qui intéressent et dépendent des étrangers (hydrocarbures et ressources minérales), avec tous les risques imprévisibles et incontrôlables... Avec autant d’échecs, par respect envers l’espèce humaine et envers soi-même, le pouvoir politique qui nous a gouverné pendant 52 ans doit restituer l’Algérie au peuple algérien.


Z. Benchikh Lehoucine. Directeur de recherche

El Watan 

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