Son rassemblement s’est tenu dans la capitale sans incident

Barakat impose le droit de manifester à Alger

Barakat impose le droit de manifester à AlgerIls étaient des dizaines à se retrouver à la place Audin pour dire non seulement leur refus à un 4e mandat pour Bouteflika, mais aussi pour exiger le départ du système.

Interdites depuis le 18 juin 2001, au lendemain de la marche du 14 juin initiée par le Mouvement citoyen de Kabylie, les manifestations dans la capitale sont de retour. Treize ans après, les animateurs du mouvement Barakat ont pu, au bout de seulement trois tentatives, imposer le droit de manifester dans la capitale. Ce qui était jadis un bunker bien gardé par des milliers d’éléments des services de sécurité est finalement ouvert à la manifestation publique. Le mouvement Barakat a tenu hier son sit-in qui s’est déroulé dans le calme et sans aucun incident. Ni heurt, ni arrestation et point de matraque. Aucune intervention des policiers, pourtant présents en masse.

Ils étaient, en effet, des dizaines de personnes à se retrouver à la place Audin pour dire non seulement leur refus à un 4e mandat pour Bouteflika, mais aussi pour exiger le départ du système. Contrairement aux dernières manifestations initiées par le mouvement Barakat, celle d’hier a été tolérée par les autorités. Même si la police était au rendez-vous, aucune arrestation n’a été enregistrée durant toute la durée de la manifestation. Est-ce une nouvelle manière de gérer “démocratiquement” les foules ? Cette réaction de la police, moins agressive à l’égard des manifestants, était prévisible. La dernière sortie médiatique du général-major Abdelghani Hamel, directeur général de la Sûreté nationale, qui s’est justifié à propos des multiples arrestations musclées des opposants à un 4e mandat pour l’actuel chef de l’État et, visiblement, le message du quai d’Orsay, soutien avéré au régime de Bouteflika, de voir respecter “la liberté de la presse et d’expression en Algérie”, ont peut-être eu leur effet en haut lieu. Moins nombreux, les policiers ont formé un cordon devant le portail de la Faculté centrale pour contenir les manifestants. En face, plusieurs autres dizaines de personnes assistent à la scène, mais hésitent à rejoindre la manifestation. Durant plus d’une heure, les manifestants ont scandé à tue-tête leurs slogans. “Ni Oujda ni DRS, l’Algérie est la base”, “50 ans Barakat”, “Ulac smah ulac”, “Pouvoir assassin”, “Non à un 4e mandat”, “Système dégage”, “L’Algérie n’est pas un royaume”, tels étaient, entres autres, les slogans entonnés par les manifestants, entrecoupés, de temps à autre, par l’hymne national ou des chants patriotiques. Après une tentative de franchir le cordon sécuritaire pour donner le là à une marche, les animateurs se sont résignés à rester sur place et tenir dans la sérénité leur sit-in. Pendant ce temps, les policiers ne s’occupaient que de la circulation. Ils invitaient les présents à rester sur les trottoirs pour “ne pas gêner la circulation automobile”. Et à un jet de pierre de la place Audin, soit à la Grande-Poste, d’autres manifestants appellent, eux, à un boycott massif de l’élection du 17 avril. Il s’agit des familles des disparus.

“La gestion démocratique des foules mise cette fois-ci sur l’usure”, a commenté un des manifestants. Après plus d’une heure sur place, les animateurs de Barakat ont invité les présents à se disperser dans le calme. Ils ont promis de revenir dans les prochains jours. Même si Bouteflika et le système politique qu’ils ont invités à partir sont toujours là, Barakat vient de gagner une bataille.
Celle de reprendre l’espace public pour une expression citoyenne libre. Et c’est justement là que réside le sens de cette victoire.

Liberté 

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