SELLAL A ANNONCÉ LA CANDIDATURE DU PRÉSIDENT SORTANT

Bouteflika face à qui ?

SELLAL A ANNONCÉ LA CANDIDATURE DU PRÉSIDENT SORTANT
Bouteflika face à qui ?Le suspense autour de la candidature de Bouteflika, à l’évidence sciemment entretenu, est désormais levé. Comble du paradoxe cependant, l’annonce de candidature, qui devait être l’œuvre du concerné de la manière qu’il aurait souhaitée, a été faite, hier samedi, par le Premier ministre qui, de par sa fonction, officie également en tant que président de la Commission nationale d’organisation de l’élection présidentielle.

Moins de quarante-huit après l’émission de la directive présidentielle instruisant les intervenants dans le processus électoral de s’astreindre à la stricte neutralité, un premier impair est commis. Et par qui ? Par le président de la Commission nationale d’organisation de l’élection présidentielle, le Premier ministre Abdelmalek Sellal qui, en visite de travail officielle à Oran, s’est chargé d’annoncer la candidature de Bouteflika à l’élection présidentielle du 17 avril prochain. Cela se lit comme un alignement de l’administration gouvernementale derrière l’engagement de Bouteflika à briguer un 4e mandat d’affilée. On n’a pas souvenance que ce même Sellal, à qui sa fonction de président de la Commission nationale d’organisation de l’élection présidentielle interdisait de s’ériger en chargé de communication ou de porte-parole d’un candidat, a accouru devant la presse, comme il l’a fait hier, pour annoncer la candidature d’un autre prétendant à la compétition électorale. La sortie de Sellal augure d’une compétition électorale fermée où les jeux sont apparemment biaisés. Ce n’est qu’une fois l’annonce de Sellal ait fait le tour de la toile et des chaumières que la présidence de la République daigne enfin, à travers l’agence officielle APS, informer que Bouteflika a procédé la matinée même au dépôt de sa lettre d’intention auprès du ministère de l’Intérieur et retiré les formulaires de souscription.

Agé de 76 ans, victime d’un AVC en date du 27 avril 2013 et qui le contraint depuis à une stricte convalescence, Abdelaziz Bouteflika ne s’est pas présenté personnellement devant les services idoines du département de l’intérieur. Il a mandaté une autre personne pour accomplir cette formalité qui vaut acte solennel de candidat à la candidature. De source fiable, on apprend que c’est au frère cadet, Saïd Bouteflika, que le Président sortant a confié cette mission. Cette fois-ci, Bouteflika, impotent, s’est résumé, obligé par son état de santé, à informer de son intention de se porter candidat par un communiqué, contrairement à 2009 où, pour l’annonce de sa candidature, il avait réuni ses partisans dans un grand show à la coupole Mohamed-Boudiaf. Cette capacité à haranguer les foules, c’était avant. D’ailleurs, le Premier ministre Abdelmalek Sellal a travaillé à préparer l’opinion à une campagne électorale de Bouteflika sans Bouteflika. C’est ce qu’il a dit à Oran. En cela, la campagne électorale qui s’ouvrira officiellement en mars prochain sera inédite. On n’en trouvera nulle trace dans les annales de campagnes électorales depuis que l’homme s’est inventé la politique comme instrument d’accès au pouvoir. C’est un Bouteflika, qui a eu du mal à finir comme il se devait le troisième mandat — il n’a pas eu d’activités publiques depuis plusieurs mois — qui postule donc à se pérenniser à la tête de l’Etat. Il postule pour un mandat porteur de risques, tant est que, quoi que tentent de rassurer ses partisans, il ne peut, suite aux séquelles de son AVC, assumer une aussi lourde charge. Il est fort à craindre que cette représentation, dictée par un amour maladif du pouvoir, soit un saut dans l’inconnu. Pour le moins, la République s’en sentira fortement éprouvée.

Car, en fait, la grande question qui se pose est celle de savoir qui exercera réellement le pouvoir si Bouteflika vient à être réélu. La révision de la Constitution, un projet différé conséquemment à la maladie de Bouteflika, devrait intégrer le poste de vice-président de la République. Un vice-président qui pourrait hériter de la charge d’assumer la fonction présidentielle sans être élu. D’ailleurs, c’est cette perspective que le passage en force de Bouteflika lors de l’élection présidentielle qui a mis aux prises les différents segments du système, des querelles et polémiques qui sont allées crescendo depuis septembre dernier. Le viol de la Constitution en novembre 2008 a ouvert la voie devant tous les viols. Reste maintenant à savoir si les candidats déclarés maintiendront toujours de vouloir concourir dans une compétition qui s’annonce biaisée.

Le Soir d'Algerie 

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