Le tamazight indésirable au Centre culturel algérien ?

Le tamazight indésirable au Centre culturel algérien ?C’est un cri d’alarme que poussent les enseignants de tamazight  au sein de l’enseignement des langues et cultures d’origine (ELCO), organisme dépendant de l’ambassade d’Algérie en France. En plus de leur statut précaire et non conforme à la loi française, ils dénoncent les agissements du coordinateur de l’ELCO qui veut, selon eux, «liquider» cette langue pourtant devenue nationale en 2002.

Après la grève des enseignants vacataires de l’Ecole Internationale algérienne de Paris qui a duré plusieurs jours et qui a mis à nu une gestion catastrophique et des pratiques de recrutement douteuses, c’est au tour des enseignants de la langue tamazight, au sein de l’Enseignement des langues et cultures d’origine (ELCO), organisme relevant de l’ambassade d’Algérie en France, de tirer la sonnette d’arme. Dans un communiqué adressé à El Watan, les enseignants jugent «alarmante» la situation dans laquelle se trouve cet organisme. Ils dénoncent les intimidations dont ils sont victimes de la part du chef coordinateur et directeur de l’ELCO, un certain Toualbi, qui semble ne pas trop porter tamazight dans son cœur, selon Mohamed Amatoui.

Cet enseignant ainsi que plusieurs de ses confrères demandent que leur situation administrative et financière soit régularisée, de manière à ce qu’elle soit conforme au droit français. «Les enseignants de Tamazight sont soumis à des contrats de vacation illégaux vis-à-avis du doit français, rémunérés sans aucune déclaration, ni droits sociaux, ni même de bulletins de salaire, a-t-il expliqué à El Watan. Nous n’écartons pas la possibilité de saisir la justice française pour faire valoir nos droits.»

Inégalité entre la langue arabe et tamazight

Payés à l’heure et sans fiches de paie, ne bénéficiant d’aucune cotisation sociale ni de véritable statut professionnel, les enseignants de tamazight souffrent de manque de considération de la part du responsable de l’ELCO. Ils se demandent pourquoi ce dernier fait la sourde oreille à leurs revendications. Ils s’interrogent même si par ce comportement ce n’est pas finalement l’enseignement de tamazight qu’on cherche à stopper. Pourtant, cette langue est de facto la deuxième langue parlée en France après le français, et ce, au regard du nombre important de citoyens berbérophones vivant en France. «Alors que l’enseignement de la langue arabe se fait dans des écoles françaises conformément à l’esprit de l’accord franco-algérien du 1er décembre 1981, l’ELCO hésite toujours à faire les démarches nécessaires pour que l’enseignement de tamazight soit lui aussi dans ces mêmes écoles, alors que les académies françaises sont demandeuses de cette matière», a estimé M. Amatoui.

Manque de salles

En attendant qu’un jour tamazight bénéfice des mêmes moyens que ceux octroyés à la langue arabe, ses enseignants continuent de se débattre dans de vrais problèmes qui les empêchent de se consacrer pleinement à leur travail. D’abord celui de l’espace. La seule salle dédiée à l’enseignement de tamazight au Centre culturel algérien fait souvent l’objet de conflits entre l’enseignante qui l’occupe et le coordinateur de l’ELCO. Celui-ci tente toujours et par moult subterfuges de mettre des bâtons dans les roues afin que les cours n’aient pas lieu. C’est le cas aussi de la salle pédagogique située dans le même centre. Au lieu d’être un espace ouvert et d’échanges entre les enseignants, la salle s’est transformée en espace de discorde entre ces derniers et M. Toualbi. Résultat : difficile de se réunir, d’échanger ou de mettre en place une vraie stratégie de communication entre les professeurs, mais aussi vis-à-vis des élèves et de leurs parents, toujours selon M. Amatoui qui évoque également la vétusté du matériel mis en place pour les élèves de tamazight : tableau penché, tables exiguës et vieillottes, pas d’ordinateurs…

Que fait le ministre de l’Education nationale ?

Pour ne pas pénaliser les élèves, victimes eux aussi de cette gestion archaïque d’un espace pourtant appartenant à tous les Algériens, les enseignants dispensent les cours de tamazight dans des associations. C’est le cas par exemple le l’Association culturelle berbère (ACB) qui accueille dans ses locaux, rue des Maronites, dans le 20e arrondissement de Paris, des élèves dépendant pourtant de l’ELCO. Pis que cela, M. Toualbi a même ordonné, manu militari, l’arrêt des cours de tamazight se déroulant au Centre culturel algérien à Paris depuis 15 ans, selon le communiqué signé le 13 février dernier par les enseignants. Et, malgré les multiples démarches et requêtes auprès de la hiérarchie, ministère de l’Education, ambassade, coordonnateur de l’ELCO, aucune réponse n’a été donnée pour le moment.

Destinataire d’un courrier, l’actuel ministre de l’Education, M. Baba Ahmed, n’a pas jugé utile d’examiner de près ce problème. Idem aussi pour l’ambassadeur d’Algérie en France. Et, bien que le service de l’ELCO dépende directement des services de l’ambassade, il préfère se murer dans le silence, selon M. Amatoui.

Silence radio au CCA

Faute d’interlocuteurs, les enseignants de tamazight se disent désormais prêts à aller demander leurs droits devant les juridictions françaises compétentes. El Watan a contacté lundi dans la journée l’ambassade d’Algérie à Paris et le secrétariat de l’ELCO au Centre culturel algérien. Mais ni l’une ni l’autre n’ont voulu donner leur version sur l’affaire. A l’ambassade, le chargé de communication, un jeune homme courtois mais ignorant tout du bras de fer entre les enseignants et M. Toualbi, nous renvoie vers le directeur de l’ELCO. Mais ce dernier est resté injoignable toute la journée du lundi. Informée, sa secrétaire nous a assuré qu’il allait nous appeler dans la journée, mais en vain. Le téléphone n’a pas sonné.

Absence de volonté politique ou bureaucratie ?

En France, en dehors du circuit familial, il existe deux manières d’apprendre la langue tamazight : s’inscrire dans des associations culturelles berbères ou à l’institut d’Enseignement des langues et cultures d’origines (ELCO), dont le siège est situé au Centre culturel algérien à Paris. Cet organisme dépend en principe directement du ministère de l’Education algérien et de l’ambassade d’Algérie en France. L’ELCO est présent dans 5 régions en France avec des représentants sur place, mais aucun n’a été saisi par écrit, depuis 15 ans, quant à l’enseignement de tamazight contrairement à l’arabe. Dix à douze enseignants assurent les cours de tamazight pour environ 600 à 800 élèves, inscrits selon des niveaux distincts : initiation, intermédiaire et perfectionnement, enfants et adultes.

Certains enseignants ont une licence en langue et civilisation berbères, d’autres sont doctorants. Certains ont enseigné en Algérie avant de s’installer en France. Le comité pédagogique, qui oeuvre à l’élaboration d’outils pédagogiques, accompagne les nouveaux enseignants dans leur enseignement, au moment où il y a une  absence criant d’outils et de matériel pédagogiques fournis par le service enseignement de l’ambassade. Les cours portent sur la communication et le langage, l’apprentissage de langues secondes et la culture berbère. L’ELCO dispense environ dix heures de cours par semaine pour chaque élève.

Les cours se déroulent le week-end et en soirées. Plus les travaux pédagogiques de quatre à huit heures par semaine, selon les disponibilités des enseignants. Il faut savoir qu’il n’existe aucun autre moyen d’apprendre tamazight en dehors de l’ELCO. Ce dernier dispose par contre d’un circuit dédié exclusivement à l’enseignement de l’arabe qui bénéficie, en outre, de soutiens des Etats du Maroc et de la Tunisie. Il n’y a pas d’examens à la fin de cet enseignement, ni à la fin de l’année, car c’est un enseignement facultatif et non intégré dans le circuit scolaire. La demande est identitaire, à l’instar des autres langues d’immigration.

L’enseignement de tamazight est strictement pédagogique, didactique et culturel. C’est la volonté des apprenants aussi. Contrairement à la langue arabe qui est enseignée gratuitement dans des établissements français, tamazight est assuré au niveau des associations et il est payant, en adhérent ou en– apprenant.

El Watan 

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