Ouyahia, le "soldat" silencieux

Ouyahia ne fait pas parler de lui. La dernière fois où il a été vu, c'était en décembre dernier, en Mauritanie. Il conduisait une délégation d'observateurs de l'Union africaine. Son départ de la scène politique algérienne remonte au mois de janvier 2013, après sa démission du poste de secrétaire général du RND. Dans la cacophonie où est plongée la vie politique nationale à l'approche de l'élection présidentielle, son silence n'en est pas un.

Il a un sens. Pourtant, personne ne semble s'en préoccuper. Il est vrai que tous les acteurs politiques sont «aimantés» par le fauteuil présidentiel. C'est un véritable bazar autour de ce fauteuil. Les «coups» vont dans tous les sens. C'est le chacun pour soi. Aucune coalition autre que celle qui s'est formée autour du président candidat Bouteflika, qui ne l'est pas encore, n'a pu se réaliser. Des tentatives ont avorté. Dans le camp des démocrates comme dans celui des islamistes. Aucun parti politique n'a son propre candidat hormis le FNA et AHD 54. Ils peuvent être cités pour avoir participé à plusieurs rendez-vous électoraux par le passé. Pas ceux qui, nés hier, visent déjà la magistrature suprême au même titre que les 85 candidats a la candidature (chiffre qui a dû être dépassé) sortis de nulle part.

Dans le vacarme de cette grande foire d'empoigne, pas une seule voix n'a relevé l'étrange silence de Ahmed Ouyahia. On sait qu'il avait dit et répété qu'il ne sera lui-même candidat que si le Président Bouteflika ne l'était plus. Cela ne l'oblige cependant pas à s'interdire de parler. S'il le fait, ce n'est pas sans raison. C'est que l'homme a un CV impressionnant en politique. Un professionnel dans la catégorie «poids lourd». C'est à l'âge de 25 ans qu'énarque, il fait son entrée en politique. A peine quinquagénaire aujourd'hui, il totalise pourtant 33 années d'expérience en politique. Brièvement, il a représenté l'Algérie dans divers postes à l'étranger, notamment à l'ONU et à son Conseil de sécurité. Puis ambassadeur. Ensuite, membre du gouvernement avant de diriger, depuis 1995, pas moins de six gouvernements. L'homme est d'une efficacité redoutable.

Par sa parfaite connaissance des dossiers. Par son sens de la répartie. Par la clarté de son discours. Rien à voir avec l'amateurisme ambiant. S'il ne parle pas, cela ne veut pas dire qu'il n'agira point. Il faut se rappeler qu'il avait dit, il y a peu, qu'il était «un soldat de la République». Un réserviste pour être plus précis. Il est inutile de traduire ce qu'il a voulu dire. C'est clair pour tout le monde. Maintenant, remettons le tout dans le contexte actuel. De nombreuses voix demandent au président Bouteflika de se représenter. Lui n'a rien fait savoir de ses intentions. La clôture du dépôt des candidatures est fixée au 4 mars prochain. Un candidat, même avec tous les soutiens possibles, a besoin d'au moins une semaine pour formaliser sa candidature. Ce qui revient à dire que le président devra se prononcer cette semaine ou, au plus tard, au début de la semaine prochaine. La question n'est pourtant pas là. C'est la décision que prendra le président Bouteflika qui est plus importante que le calendrier. Des deux options qu'il a, aucune n'est impossible. Ni impensable. Celle de ne pas se représenter est aussi plausible que celle de se porter candidat. Les «animateurs» de la foire actuelle auraient tort de ne pas accorder le même intérêt pour les deux cas de figure. Car, et si le président Bouteflika annonce qu'il ne déposera pas sa candidature, Ahmed Ouyahia sera délié de son engagement. Le «soldat» surgira de son silence pour remplir son devoir. Et là c'est toute la classe politique qui sera assommée par deux uppercuts. Le premier viendra du président s'il renonce et le second de l'irruption sur la scène du candidat Ouyahia. C'est une compétition de haut niveau!

l'Expression  

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