Apres plusieurs mois de rehabilitation

Le jardin d’Essais du Hamma rouvert au public le 5 juillet

LIBERTÉ 03/07/2008

Contrairement à ce que beaucoup pensent, le jardin d’Essais du Hamma, dont les quatre-cinquièmes de la superficie sont destinés aux carrés botaniques, aux serres, aux plantes médicinales, aux collections botaniques de diverses espèces en provenance de tous les continents et aux infrastructures techniques et administratives, n’a et ne sera jamais considéré comme un arboretum, un jardin public ou un parc de loisirs.

De 1985 à 1998, il est passé du jardin botanique du Hamma affecté au Museum national de la nature, institution créée par la loi n° 83-03 du 5 février 1983 avant sa prise en charge par l’Agence nationale pour la conservation de la nature (ANN) ayant pour missions, entre autres, d’assurer l’inventaire et la préservation (flore et faune) des zones naturelles, la charge des actions d’études, de recherche, de surveillance, de contrôle et de suivi relatifs à la protection de la nature, les pratiques cynégétiques, ainsi que le développement de l’horticulture. Dans le but de conférer à cette entité un statut particulier, le décret exécutif n° 06-350 du 5 octobre 2006 transféra l’ensemble des personnels et le patrimoine du jardin d’Essais du Hamma à la wilaya d’Alger qui mettra les moyens logistiques nécessaires pour permettre la restauration et la préservation de ce lieu, conformément aux recommandations du président de la République. Ainsi, et compte tenu du caractère spécifique des activités du jardin et dans le cadre de la protection adéquate de ce patrimoine, une louable initiative du wali d’Alger a pu mettre en place un Conseil scientifique de surveillance (CSS) qui est consulté sur toutes les questions techniques et scientifiques. À son tour, ce conseil est appelé à procéder à des évaluations périodiques de l’ensemble des travaux engagés sur le terrain ou des études entreprises. C’est, d’ailleurs, dans cette optique objective et réaliste que la wilaya, en accord avec le CSS, tient aussi à donner au jardin d’Essais du Hamma un statut particulier afin d’en faire un site historique et culturel classé et protégé. De ce fait, après une fermeture au public depuis dix ans, ce jardin a retrouvé son image d’antan.

Les travaux de réaménagement et de réhabilitation qui battent leur plein depuis plusieurs mois ont porté leurs fruits, en attestent les villas du jardin et Laimèche totalement retapées avec art par les frères Rihi et destinées aujourd’hui en centres d’accueil et d’orientation où les visiteurs peuvent renouer avec le passé de ce jardin en admirant des animaux empaillés ayant vécu sur les lieux, acheter des souvenirs à offrir, ou tout simplement pour se faire plaisir. Et si la réhabilitation des infrastructures comme l’école d’horticulture est saluée, il faut savoir que cette dernière ne devrait pas se faire au détriment de la spécificité du cachet, comme le souligne le DG de l’ANN, Laïd Azzi, qui a eu à gérer le jardin pendant près de huit ans en tant qu’unité de l’ANN. “Le cadre bâti et les collections de la flore qui avaient fait la superbe de ce lieu doivent être réhabilités avec les mêmes matériaux et le même matériel végétal. Même la réintroduction des espèces floristiques et fauniques devra faire l’objet d’une attention particulière et rigoureusement étudiée. L’idée de chercher à moderniser ce site et de lui attribuer le rôle d’une unité spécialisée dans la recherche et les études en matière de physiologie, de génétique ou autres ne peut être considérée comme une première priorité, vu l’état des lieux”, souligne-t-il. Le spécialiste ira jusqu’à “avertir” sur les éventuels risques que généreraient “l’introduction de nouvelles espèces autres que celles ayant existé, le changement de la destination initiale des carrés botaniques ou en créer de nouveaux, transformer les modes d’irrigation, construire de nouvelles serres, supprimer radicalement les espèces végétales spontanées et beaucoup de choses encore dans le but d’opérer une “chirurgie esthétique” non étudiée”. Le DG de l’ANN ne manque toutefois pas de saluer l’initiative de réhabilitation sous la vigilance du wali d’Alger et ses interventions personnelles, ainsi que toute la motivation qui l’anime. “Sans cela, l’irréparable aurait été fait à maintes reprises durant les travaux”.

Pourquoi et comment fut créé cet établissement ?
Vers 1831, les premiers travaux débutèrent sur un petit périmètre de quelques hectares au pied de la colline des arcades où le sol était, semblait-il, marécageux. Hamma, signifiant fièvre ou prestige en arabe, est, jusqu’à l’heure actuelle, une idée controversée, même si la deuxième signification paraît plausible, quand on sait qu’en ces lieux supposés “insalubres”, se trouvaient les célèbres domaines et prestigieuses villas appartenant aux familles Abdeltif, Mrabet, Hembraham, Baboudji, etc. On retiendra que l’acte de naissance du jardin d’acclimatation et de la pépinière du gouvernement fut signé officiellement par le général Avisard, alors gouverneur général par intérim de l’Algérie. Ce qui était appelé Algérie ne représentait, faut-il le rappeler, en 1830-1831, comme territoire que quelques poches de l’Algérois. Dès le départ, sur instruction des autorités militaires, les colons français s’étaient attelés à substituer les cultures locales par des cultures importées où l’accent fut mis sur les plantations d’arbres. L’entité, placée directement sous la tutelle directe du ministère de l’Algérie et des colonies, dit aussi Gouvernement général de l’Algérie, portait le double nom de Pépinière centrale du gouvernement, financée sur le budget de l’Algérie, et de Jardin d’acclimatation. Le premier tracé prévoit l’aménagement en 1835 de 5 hectares. En 1837, cette superficie passe à 18 ha. La pépinière avait réussi à fournir uniquement aux colons plus de 20 000 arbres et de 60 000 boutures.

De 1844 à 1861, le périmètre des immeubles ainsi que la villa Abdeltif sont annexés. Au cours de la période 1842-1867, le jardin d’Essais avait accentué et développé son activité dans tous les domaines de l’agriculture et de l’horticulture, ce qui en fit déjà à cette époque un jardin botanique de renommée mondiale. En 1868, la superficie totale du jardin avec sa partie clôturée avait atteint 58 ha. Il avait livré à lui seul et sans ses annexes près de 3 millions de pieds d’arbre, 500 000 plants végétaux herbacés, 8 000 kg de graines d’essences forestières, 5 000 kg de graines potagères, 280 kg de semences de plantes d’ornement, 9 000 kg de plantes industrielles, 800 000 greffons et boutures. Il fut à l’origine de l’introduction, pour la première fois, du mandarinier dans cette région d’Afrique du Nord.

Le parc zoologique
D’après les archives et le livre de P. Carra, ingénieur agronome, directeur du jardin d’Essais et du centre d’apprentissage, le parc zoologique a été créé vers 1900 dans l’enceinte actuelle du jardin par J. d’Ange qui avait eu l’idée de le réaliser sur une superficie d’environ 1 hectare. Il construit alors des cages, des volières et divers bassins pour accueillir une panoplie d’animaux sauvages et domestiques. Des allées recouvertes de pergolas sont aménagées et des ficus prennent avec le temps une vaste envergure recouvrant une bonne partie des installations. Au début, quelques singes, une paire d’autruches, un dromadaire et un sanglier y sont installés. Quelques années plus tard, dans des cages isolées et parfaitement sécurisées, habitent des lions, des panthères, des ours, des hyènes, des chacals, des renards, des fennecs, des mangoustes, des civettes, des genettes et des guépards. À côté de cette formidable population, de redoutables fauves et carnassiers vaquent presque en semi-liberté dans des enclos, les paisibles mouflons à manchettes, les agiles cerfs de Berbérie et les majestueux chameaux. Non loin du gîte, des porcs-épics, un spacieux bassin où se prélasse, tapi dans l’eau, un couple de crocodiles, alors que de l’autre côté, on trouve des emens d’Australie, des lamas et des alpagas de la Cordillères des Andes. Une cascade artificielle et des bassins aquariums abritent toute une multitude de poissons rouges et d’oiseaux aquatiques, comme les cygnes, les pélicans, les ibis, les flamands roses, les fous de bassins, les goélands, les mouettes, les canards, les mandarins et carolins. D’autres oiseaux, comme les faisons dorés, argentés, vénérés, éperonnés de Germanie, laphophore resplendissant, les pintades, les perruches, les perroquets, les aras et toute une série d’oiseaux exotiques ou indigènes, sans oublier de citer aussi les rapaces tels le milan, le condor, le vautour, le paon, le héron cendré, l’aigrette, le marabout, les canards, oies et pigeons. Unique à l’époque en Algérie, ce parc zoologique avait de tout temps été considéré comme le lieu d’attraction et de loisirs préféré des adultes et des enfants. Il constituait en fait un lieu de transit et de quarantaine pour le transfert des animaux en provenance des colonies africaines vers les établissements zoologiques, les musées ou les centres scientifiques de la France. Des échanges étaient aussi effectués avec d’autres pays européens. Durant la Deuxième Guerre mondiale, le jardin d’Essai est occupé de 1942 à 1945 par les troupes alliées. Les dégâts sont considérables. Ce n’est qu’en juin 1947, lors de l’inauguration de sa restauration, qu’il retrouve sa physionomie d’avant-guerre.

Actuellement, le jardin d’Essai est considéré non seulement comme un jardin botanique mais également comme un site historique et culturel. Il assume le rôle de patrimoine historique, d’institution scientifique et d’expérimentation, de conservatoire botanique, pédagogique et culturel. À l’indépendance, le jardin d’Essai connaît jusqu’à la décennie 1970-1980 et même à 1985 des périodes de gloire semblables à celles qui caractérisaient sa première histoire. De nombreuses activités sont menées, des expérimentations notables ainsi que des journées nationales et mondiales sont organisées, telles que les floralies d’Alger et les fêtes de l’arbre.

Il demeure le parc public aimé des Algérois et toujours admiré par les visiteurs étrangers. Chacun y trouve un coin aimé : jardin français ensoleillé et fleuri, jardin anglais à l’aspect de forêt tropicale, plage de sable et pièces d’eau, allées exotiques des bambous, des dracaenas et des ficus, bois de lataniers, groupe de stélitzia ou colline aux larges horizons. Depuis sa prise en charge par la wilaya d’Alger, en vertu du décret 06-350, le jardin d’Essais a un statut d’EPA à vocation technique, scientifique et éducative, doté de la personnalité civile et de l’autonomie financière. En faisant de cette entité son cheval de bataille, le wali d’Alger, qui s’avère un amoureux de la nature et un fin connaisseur de la flore, s’est fait remarquer durant ces derniers mois par une présence rigoureuse. Les entreprises et les BET engagés dans l’opération réhabilitation en connaissent quelque chose. Aujourd’hui, le pari est gagné : le jardin d’Essais du Hamma retrouve, après plus de dix ans de torpeur, son visage et son statut. Il sera rouvert au public à partir du 5 juillet.

• Archives et documentation : la DG de l’ANN.autres points de vente à l’échelle nationale.

 

par Ali Farès

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