Spécial anniversaire 5 Juillet 2008

Les discours de nos dirigeants politiques du 5 Juillet 1962 au 5 Juillet 2008

La Nouvelle République 06/07/2008

Remémorons nous ensemble , les promesses de nos  dirigeants qui ont présidé aux destinés du pays au nom de la légitimité historique encore quand certains  évoquent  récemment  pour ceux qui veulent bien les entendre, la fin de l’Etat de la mamelle, puis celle de la légitimité révolutionnaire il signifie surtout que le pouvoir bienfaisant ou de bienfaisance inauguré comme contrat politique implicite par les tenants du socialisme de la mamelle afin de légitimer l’échange d’une partie de la rente contre la dépendance et la soumission politique et qui efface tout esprit de citoyenneté active, ce pouvoir  doit céder la place à un pouvoir juste, justicier et de justice.

Or, après 46 ans d’indépendance, quelle est la situation de l’Algérie à la veille de l’anniversaire du 5 Juillet 2008 d’autant plus que le nouveau chef de gouvernement, Ahmed Ouyahia,  vient de dresser un tableau très mitigé, voire alarmant, de la situationsocio-économique contredisant les déclarations euphoriques de certains ministres, analyse que je partage  depuis plusieurs années (1 )?

 1. Souvenons nous de la domination idéologique du communisme, l’hymne à la liberté chantée en I962 dans les rues de l’ensemble de l’Algérie indépendante, les espoirs suscités par le socialisme spécifique à l’algérienne, l’autogestion des domaines des colons qui devait élever la production, restituer les paysans dans leur dignité et  lutter contre l’injustice. Le 19 juin I965, le Président élu auparavant est destitué et c’est le discours du sursaut révolutionnaire du fait que l’Algérie serait au bord de la faillite. Il fallait la redresser, grâce à un pouvoir fort qui résiste aux évènements et aux hommes, à travers trois axes, la révolution industrielle, la révolution agraire, et la révolution culturelle, en prenant comme base le plan économique du programme de Tripoli qui repose sur la dominance du secteur d’Etat, comme fer de relance de l’économie nationale,  à travers les grosses sociétés nationales. Ce sont les discours triomphants de constructions des usines les plus importantes du monde, du bienfait de la révolution agraire, garantie de l’indépendance alimentaire, de l’école et de la santé pour tous et de la promesse solennelle que nous deviendrons horizon 1980 le Japon de l’Afrique avec les lancements du plan triennal 1967-1969,du premier quadriennal 1970-1973 et du second quadriennal 1974-1977. Rappelons-nous ces discours de la vertu des fameuses industries industrialisantes et au niveau international l’Algérie leader du nouvel ordre économique international sans sa lutte contre l’impérialisme cause fondamentale du développement du sous-développement.

2.- Et voilà qu’après la mort du Président après une longue maladie et c’est la venue d’un nouveau président en 1980. Nous apprenons que cette expérience a échoué et que la période passée était une décennie rouge avec l’époque de la Cour des comptes et du procès de la révolution agraire .Les nombreuses commissions dont les résultats sont jetés dans les tiroirs après des exploitations politiques contribueront à ces dénonciations. Le bonheur  passe dorénavant par le programme antipénurie, l’acte de consommation devant devenir l’acte cardinal(construction sur tout le territoire national des souks el fellah), l’Algérie ne connaissant pas de crise économique, selon les propos télévisés un d’ex-Premier ministre ,qui touchait en ces moments les pays développés avec un baril en termes de parité   de pouvoir d’achat 2008, équivalent à 80/90 dollars. C’est alors l’application mécanique des théories de l’organisation, car les  grosses sociétés nationales ne seraient pas maîtrisables dans le temps et l’espace, et l’on pratique  le découpage de ces sociétés nationales. Mais la population algérienne contemple en 1986,  l’effondrement du cours du pétrole les listes d’attente et l’interminable pénurie : et c’est toujours la faute de l’extérieur, de cet impérialisme, ce chat noir dans un tunnel sombre que l’on ne voit pas. Et voilà que nous avons un autre discours : les Algériens font trop d’enfants, ne travaillent pas assez, aux premières ébauches de l’autonomie des entreprises publiques avec la restructuration organique. L’on fait appel à la solidarité de l’émigration que l’on avait oubliée. Il s’ensuit l’effondrement du dinar dont on découvre par magie que la parité est fonction du cours du dollar et du baril de pétrole et non au travail et à l’intelligence seules sources permanentes de la richesse car depuis 1963 l’on avait confondu bonne gestion avec les dépenses monétaires sans se soucier de l’acte de gestion. On loue alors les vertus du travail, de la terre, l’on dénonce les méfaits de l’urbanisation, du déséquilibre entre la ville et la campagne, et l’on redécouvre les vieux débats entre partisan de l’industrie lourde qui serait néfaste et les bienfaits de l’industrie légère et la priorité à l’agriculture dont on constate le niveau alarmant de la facture alimentaire. Et comme par enchantement c’est le slogan de l’homme qu’il faut à la place qu’il faut et au moment qu’il faut.

3.- Octobre I988 contredit ces discours populistes, et c’est le début timide d’une presse libre et d’un multipartisme que l’on tente de maîtriser par l’éclosion de partis (une famille pouvant fonder un parti avec des subventions de l’Etat) avec la naissance d’une nouvelle Constitution en 1989 qui introduit des changements fondamentaux dans notre système politique qui avait un caractère monocratique depuis l’indépendance en consacrant l’existence du multipartisme, conférant ainsi à notre système politique un caractère pluraliste. Elle était cependant porteuse d’une vision hybride de la société, dans la mesure où des catégories et des éléments de son discours renvoyaient à des options politico-économiques et politico-idéologiques contradictoires. Sur le plan économique, entre I989-I99O c’est l’application des réformes avec l’autonomie de la Banque centrale, la tendance à la convertibilité du dinar, la libéralisation du commerce extérieur, une tendance à l’autonomie des entreprises et l’appel, très timidement, à l’investissement privé national et international sous le slogan secteur  privé facteur complémentaire du secteur d’Etat, après le socialisme spécifique, c’est le slogan économie de marché étatique spécifique à l’algérienne avec la dominance du secteur d’Etat soumis à la gestion privée, en oubliant que l’économie de marché concurrentielle a ses propres règles à savoir une véritable démocratisation économique, politique et sociale, une autonomie dans la gestion des entreprises avec la dominance du secteur privé national ou international. Effet de la crise économique, nous assistons à une  crise politique sans précédent,  crise accélérée par des élections législatives, coordonnées par un nouveau chef de gouvernement issu des hydrocarbures des émeutes dont l’aboutissement sera la démission de ce Président après plus d’une décennie de pouvoir. Le procès est fait cette fois à la décennie noire de 1980/1990. Et c’est la liste interminable de chefs de gouvernement et de ministres, changement successif dû à la profonde crise qui secoue le pays.

4.- C’est la naissance du Haut Comité d’Etat (HCE), la venue d’un historique et figure charismatique qui donnera une première lueur d’espoir, présidera à peine  une année le HCE avant d’être assassiné, son remplacement par  un autre membre du HCE, avec parallèlement, un Conseil consultatif faisant œuvre de Parlement désigné. L’on rappellera comme chef de gouvernement le père de l’industrie lourde des années I97O qui prônera l’économie de guerre mais avec son départ rapide du fait de la cessation de paiement. Lui succèdera un Premier ministre membre du HCE artisan du programme de Tripoli qui signera l’accord de rééchelonnement avec le FMI, démissionnant tout juste après, l’Algérie étant en cessation de paiement n’ayant pas de quoi  acheter un kilo de farine. La période qui suit verra un chef d’Etat avec un Parlement de transition à savoir le C.NT (Conseil national de transition) combinaison d’associations et de partis politiques. Viendront les élections de ce président axé sur le rassemblement, pour sortir le pays de la crise et une nouvelle Constitution. Et une nouvelle  constitution (1996) qui va s’attacher à éliminer les éléments de dysfonctionnement que la Constitution de 1989 a introduit dans le système politique et encadrer de manière sévère les mutations que je viens  de rappeler. Elle crée la seconde chambre, dite Conseil de la nation, et par le truchement de l’article 120, lui donne pratiquement le pouvoir de bloquer un texte de loi voté par l’APN. Mais nous sommes toujours dans la même ambiguïté politique en maintenant le  caractère dual de l’exécutif, tout en consolidant  le   système de conseils existant dont  l’institution d’un Haut conseil islamique et d’un Haut conseil de sécurité qui est présidé par le président de la République. C’est à cette période  que naît le parti le Rassemblement national démocratique (RND) dont le fondement du discours est la lutte antiterroriste qui raflera presque tous les sièges en 8 mois d’existence tant de l’APN que du Sénat au détriment du parti FLN et qui provoquera par la suite des protestations interminables et une commission sur la fraude électorale dont les conclusions ne verront jamais le jour. Dans la foulée, la venue de deux chefs de gouvernement dont le premier technicien pratiquera le statut quo et le second fera le sale boulot par l’application des accords du FMI qui aura à son actif le cadre macroéconomique stabilisé actuellement mais des retombées sociales négatives du fait de la douleur de cet ajustement.

(A suivre)

Abderrahmane Mebtoul

(1) Interview exclusif au quotidien arabophone Djazair New’s le 25 juin 2008 à l’occasion de la nomination d’Ahmed Ouyahia chef de gouvernement : «Le programme économique présidentiel accuse un important retard avec un gaspillage  des ressources financières et  il y a forte probabilité qu’il ne sera pas terminé le 8 avril 2009.» Interview à la télévision internationale française France 24 le jeudi 3 juillet 2008 «Il n’y a pas de corrélation entre l’aisance financière due non pas à une bonne gouvernance interne mais aux hydrocarbures, le niveau de développement et le niveau du pouvoir d’achat des Algériens.».

  par Abderrahmane Mebtoul

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