Révision de la Constitution

Après les doutes, l’abandon

Les observateurs de la scène nationale et des responsables de parti politique pensent que l’état de santé du président de la République a pesé dans ce qui paraît comme un abandon du projet de l’amendement de la Loi fondamentale du pays.

La confirmation vient après de longs mois de doute. Le projet de la révision de la Constitution, cher au président Abdelaziz Bouteflika, n’aura finalement pas lieu. Du moins pas avant l’élection présidentielle d’avril prochain. Tout porte à le croire en tout cas, d’autant plus que la période préélectorale débutera dans une dizaine de jours avec la convocation du corps électoral. Même les partisans de cette révision, en particulier le secrétaire général du FLN, Amar Saâdani, avaient perdu tout espoir de voir ce projet se concrétiser avant la fin de l’année dernière. Ils font, depuis la dernière réunion du Conseil des ministres, profil bas. Ils ne trouvent aucune explication à cette annulation ou ce report d’un projet pour lequel une commission de plusieurs magistrats a travaillé, des semaines durant. Bouteflika a-t-il mis ce projet sous le coude ? Pourquoi a-t-il décidé de surseoir à cette révision ? Son état de santé est-il à l’origine de cette décision ?

Les observateurs de la scène nationale et des responsables des partis politiques penchent plutôt pour cette dernière raison. «On ne peut pas dire que le projet est abandonné. Si le texte est prêt, Bouteflika n’a pas besoin de beaucoup de temps pour le faire passer. Mais le problème réside dans sa capacité physique et son état de santé qui ne cesse de s’aggraver», explique Rachid Grim, politologue. Rappelant tous les scénarios avancés en automne dernier concernant notamment la prorogation du mandat actuel et la désignation d’un vice-président, il estime que «le chef de l’Etat n’est plus en mesure d’aller vers un quatrième mandat». «Son clan jouait sur le facteur temps en espérant une amélioration de son état de santé. Ce n’est plus le cas. Du coup, tous les scénarios sont tombés à l’eau. Maintenant, le pouvoir pense à un candidat de consensus qui protégera le clan et qui fera pérenniser le système algérien», soutient-il.

«Différends au sein du pouvoir»

Le président du MSP, Abderrazak Makri, un des partis qui exigent le report de la révision de la Constitution, pense également que la maladie du Président est l’une des raisons qui ont amené le pouvoir à revoir sa stratégie concernant cette question. Mais elle n’est pas la seule.
Selon lui, les exigences de l’opposition pourraient aussi être l’un des éléments qui ont donné à réfléchir aux tenants du pouvoir. «Mais l’élément le plus plausible est l’existence de différends au sein du pouvoir sur des points essentiels, tels que le poste de vice-président. Je pense qu’ils (les responsables du pouvoir, ndlr) n’ont pas eu assez de temps pour se mettre d’accord», explique-t-il. Abderrazak Makri évoque aussi l’hésitation du Président à se présenter pour un quatrième mandat. «S’il avait fait quelques modifications sur la Constitution, c’est pour lui-même et pour son quatrième mandat. Mais à force d’hésiter, il a perdu beaucoup de temps. Maintenant, il est trop tard pour aller vers cet acte politique très important», soutient-il, précisant que la révision de la Constitution nécessite un consensus sur un débat de société.

Pour sa part, le président de Jil Jadid, Soufiane Djilali, parle de craintes du président Bouteflika de ne pas pouvoir convaincre la majorité des députés à adopter son projet. «La raison essentielle de cette annulation est que le Président n’a pas réussi à faire passer cet amendement par le Parlement. Je pense que Bouteflika n’avait pas l’assurance de contrôler la majorité du Parlement. De mon point de vue, il y a un certain nombre de députés de l’opposition et même du FLN implosé qu’il ne contrôle plus. Il a peur d’affronter le Parlement dans toute sa composante et il a échoué dans son entreprise de faire un coup d’Etat», lance-t-il. Selon lui, Abdelaziz Bouteflika sait aussi que la majorité de ceux qui veulent imposer un 4e mandat «sont aussi capables de tourner leur veste plus vite que leur ombre».   

Vers une élection fermée

De son côté, l’ancien ministre de la Communication, Abdelaziz Rahabi, affirme que la révision de la Constitution ne peut pas se faire à 10 jours de la convocation du corps électoral. «Toucher à la Constitution, c’est un coup d’Etat constitutionnel. On ne peut pas, à dix jours de la convocation du corps électoral, renverser l’ordre institutionnel», martèle-t-il, en analysant le rapport du président Bouteflika à la Constitution. «Celle-ci (la Constitution) est pour Bouteflika un outil modulable de prise et de conservation du pouvoir. Quand il a voulu s’octroyer une présidence à vie, il a révisé en 2008 la Constitution de 1996 qui limitait les mandats présidentiels à deux. Il avait annoncé son projet à l’époque devant les magistrats de la Cour suprême. Cette fois-ci, comme il n’était pas en mesure physiquement de se représenter pour la quatrième fois, il a envisagé de faire une Constitution encore à sa mesure», souligne-t-il.

Et d’ajouter : «Tout le monde s’est rendu compte que cet aménagement de la Constitution a pour but de gérer l’absence du président. Bouteflika voulait un président par procuration et il cherchait, à travers ce projet, une réponse à son incapacité de gouverner.»
Ce report changera-t-il la donne de la prochaine élection ? «Non !», rétorque encore Rachid Grim. Selon lui, avec ou sans la révision de la Constitution, la prochaine échéance électorale ne sera pas ouverte. «Bouteflika n’ira pas vers un quatrième mandat. Mais le prochain scénario, nous ne le connaîtrons pas avant février prochain. Mais quoi qu’il en soit, l’élection sera fermée, vu la composante des responsables des institutions qui seront chargées de son organisation, en l’occurrence les ministères de l’Intérieur et de la Justice, ainsi que le Conseil constitutionnel», tranche-t-il.

El watan 

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