SUICIDES ET IMMOLATION PAR LE FEU

Le nouveau mode de protestation
 
SUICIDES ET IMMOLATION PAR LE FEU
Le nouveau mode de protestationLe phénomène doit donner du fil à retordre aux sociologues.

Las de manifester leur colère par des émeutes, de fermeture de routes et d'instituts publics comme les APC et les daïras, la société algérienne a Decrété un nouveau mode de protestation. Il s'agit de suicides et d'immolations par le feu. Les cas relevés dans les rapports d'ONG et d'écrits de la presse à travers le pays depuis l'année 2012 font peur.

Hier à Chlef, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (Laddh) de cette wilaya, dans son rapport, dont on a obtenu une copie, a indiqué qu'une policière, âgée de 31 ans, originaire de Sidi Akacha, situé à 45 km au nord de Chlef avait tenté de mettre fin à ses jours hier avec son arme personnelle.
Le même rapport précise que la victime a saisi son PA et s'est tiré une balle à la poitrine. Elle a été évacuée à l'hôpital de Ténès où elle a subi une intervention chirurgicale.

La wilaya a enregistré, lit-on dans le rapport, depuis le début de l'année en cours, au moins une dizaine de tentatives de suicide par immolation par le feu, dont quatre personnes sont mortes. Quant au bilan dressé par la Protection civile de Chlef, ajoute le rapport, durant le premier semestre de l'année en cours fait ressortir un total de 18 cas de personnes qui ont tenté de mettre fin à leur vie. Selon la Ligue, «il ne se passe pas une ou deux semaines sans qu'un suicide d'un jeune, d'un vieux, d'une femme ou d'un enfant soit signalé». Il est à remarquer que cette tentative est la deuxième du genre en moins de deux mois dans le même lieu, indique le même rapport. Il convient de faire remarquer que les deux phénomènes ne sont pas circonscrits dans un régime spécifique du pays. Ils touchent pratiquement toutes les wilayas, parce que les problèmes sont partout les mêmes.
L'exemple de ce jeune qui s'est immolé sur le toit du siège de la sûreté urbaine à la wilaya de Khenchela en début de décembre. Quant à Oran, les services des urgences médicales des structures sanitaires de la wilaya ont recensés 40 suicides et 600 tentatives.

En 2012 la Gendarmerie nationale a révélé que 321 personnes sont passées à l'acte.
La répartition de ce chiffre qui est plutôt alarmant a fait ressortir que la Kabylie demeure la région la plus touchée par ce phénomène avec 24 cas enregistrés dans la wilaya de Béjaïa, suivie de Tizi Ouzou (23) et Bouira (14). Par ailleurs, la wilaya de Batna arrive en première position au niveau de l'est du pays avec 21 cas, suivie de Sétif (16) et Mascara (16). La capitale a enregistré, quant à elle quatre cas de suicide avec une baisse sensible (les suicidés sont tous de sexe masculin).

Les jeunes chômeurs sont plus enclins à mettre fin à leur vie et les femmes sont plus tentées alors que pour les hommes, le coup est fatal. Selon les statistiques, les suicidés sont en majorité âgés de 18 à 30 ans, généralement sans travail. Concernant les causes de ces actes, celles-ci sont multiples, mais la principale cause de la propagation de ce phénomène est la crise du logement qui arrive en tête de classement suivi par des problèmes sociaux, la marginalisation et l'ignorance de la tutelle quant à sa demande d'acquisition d'un logement décent, le chômage, le déséquilibre psychique, le manque de confiance en soi, le désespoir, les chagrins d'amour...

Une étude qui a été réalisée par la division de la police judiciaire au niveau du commandement de la Gendarmerie nationale en 2012, a révélé que les tentatives de suicide sont un signe de détresse. Une sorte d'un SOS.
Les personnes qui passent généralement à l'acte sont celles qui se trouvent devant une impasse et n'ont d'autre solution pour faire entendre leur parole à autrui, à la famille, à l'Etat ou à la société toute entière que de passer à l'acte. Selon les sociologues et les médecins légistes, ce phénomène social nécessite une prise en charge. C'est le cas du sociologue Ali Dahmani, qui disait lors d'une rencontre sur la prévention du suicide, organisée par l'association scientifique Omniscience, en juin dernier, qu'il est «nécessaire d'en parler et d'étudier le phénomène en le plaçant dans le contexte socioéconomique et culturel actuel afin de le comprendre et tenter de trouver les moyens de le contenir». Selon lui, ce phénomène a commencé à prendre de l'ampleur en Algérie à partir de la fin des années 1980 et le début des années 1990 qui a marqué, sur le plan sociologique, le passage d'un modèle de société traditionnelle basé sur la solidarité et l'entraide vers une société libérale.

l'Expression  

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