Entre l’Algérie et Nelson Mandela, une longue histoire intime

Entre l’Algérie et Nelson Mandela, une longue histoire intime
«C’est l’Algérie qui a fait de moi un homme» !«C’est l’Algérie qui a fait de moi un homme» !

«C’est l’Algérie qui a fait de moi un homme» ! Plus qu’un hommage, c’est une profession de foi, celle de Nelson Mandela qui témoigne ainsi d’une gratitude éternelle en direction du pays qui l’a accueilli et entrainé entre 1961 et 1962.

C’est dire que la relation qui lie «Madiba» au pays du Million et demi de Martyrs est intime, presque fusionnelle. Et pour cause ! Jamais, le père de la lutte anti-apartheid en Afrique du sud ne reniera ses amitiés algériennes, encore moins sa reconnaissance à ce pays frappé de plein fouet par l’hydre terroriste au moment, où lui, Mandela dirigeait la transition de sa patrie de l’apartheid vers la «nation arc-en-ciel».
Ce n’est pas un hasard, si Nelson Mandela, libéré de prison en février 1990, après avoir passé 27 ans dans les geôles de l’apartheid, ai consacré sa première visite à l’étranger pour l’Algérie. Ainsi, c’est en mai 1990, que Mandela foule pour la seconde fois le sol algérien, pour être accueilli par le chef de la diplomatie de l’époque, Sid Ahmed Ghozali.
L’ancien ambassadeur d’Algérie en Afrique du Sud, Nourredine Djoudi, qui fut l’interprète de Mandela en 1962, se souvient de cette visite historique. «Lors de sa première visite, après sa libération et avant son élection, sa première demande en arrivant à l’aéroport Houari Boumediene a été formulée ainsi: ‘Où sont les officiers qui m’ont formé ?’ Il entendait par là Chérif Belkacem, et moi-même (N. Djoudi, Ndlr)».

Accueilli triomphalement à la Coupole du complexe du 5 juillet par le secrétaire général du FLN feu Abdelhamid Mehri, le futur président de l’Afrique du Sud post-apartheid, a eu des mots qui témoignent d’une gratitude éternelle en direction de l’Algérie. «Je suis le premier sud-africain à avoir été entraîné aux armes en Algérie. Quand je suis rentré dans mon pays pour affronter l’apartheid, je me suis senti plus fort», a dit un Mandela plus que jamais rayonnant. Avant d’ajouter : «C’est l’Algérie qui a fait de moi un homme». Une sensation immortalisée par Madiba au Sanctuaire des Martyrs à Alger, qui a posé le poing levé vers le ciel en signe de victoire dans la lutte commune des deux peuples pour leur liberté, contre le colonialisme et contre l’apartheid. Et cette lutte commune remonte avant l’indépendance de l’Algérie, en 1961 précisément. A cette date, l’African National Congress (ANC), dépêche Neslon Mandela dans différents pays du continent noir pour trouver des appuis à la lutte contre le régime raciste de l’apartheid.

C’est au Maroc, près de la frontière algérienne, que l’émissaire de l’ANC prend contact avec les éléments de l’Armée de Libération Nationale (ALN). Hasard de l’histoire, Nelson Mandela rencontre un membre du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), le docteur Chawki Mostefaï. Cet intellectuel lui fait comprendre les similitudes entre la révolution algérienne et la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud. Stratégie de guérilla et révolution populaire étaient deux facteurs déterminants qui ont fait basculer la balance en faveur de la révolution algérienne, qui luttait entre autre, contre un colonialisme de peuplement. Pour Mandela, le parallèle était plus qu’évident !

«Mandela était convaincu que seule l’Algérie avait démontré sa capacité à mener avec succès une guerre de libération en Afrique contre une armée coloniale puissante, membre de l’OTAN et alliée objectif du régime d’apartheid. A bien des égards, disait-il, les conditions de domination coloniale et de l’apartheid étaient identiques», précise l’ambassadeur Djoudi.
Dans ses mémoires, Mandela se rappelle des conseils du docteur Mostefaï. «Il nous a conseillé de ne pas négliger le côté politique de la guerre tout en organisant les forces militaires. L’opinion internationale valant parfois plus qu’une escadrille d’avions de combat à réaction». Une stratégie qui a réussie en Algérie.

Après l’indépendance de l’Algérie, le président Ahmed Ben Bella propose à Mandela de financer l’ANC. Alger allait devenir, et pour longtemps, «la Mecque des Révolutionnaires». Mais pour des raisons de sécurité, la présence de Madiba en Algérie devait être tenue secrète. «Le ministre de la Défense de l’époque, le colonel Houari Boumediene avait ordonné de ne pas divulguer la présence de Mandela en Algérie. Seul un petit groupe d’initiés savait que le héros de la libération de l’Afrique du Sud était en Algérie», se souvient Nourredine Djoudi.
A cette époque, toujours, l’ANC ouvre un bureau à Alger, rue Larbi Ben M’hidi. Entre temps, Mandela est arrêté et jugé fin 1962 par le régime raciste de Pretoria.
Condamné à perpétuité, il ne reverra plus la terre algérienne qu’en 1990, soit trois mois après sa libération. Entre temps, les militants de l’ANC seront admis dans l’académie de Cherchell et suivront des entrainements pointus.
Venant se joindre à ce soutien para-militaire, le soutien diplomatique à la lutte du peuple sud-africain. En 1974, sous la présidence algérienne de l’Assemblée générale de l’Onu, le futur président Abdelaziz Bouteflika, chef de la diplomatie algérienne de l’époque et l’un des ténors des joutes diplomatiques internationales, prononce un fameux discours où il demande l’expulsion de l’Afrique du Sud raciste des instances onusiennes. Pretoria ne sera réadmise qu’en 1990, après la libération de Mandela et l’amorce de la transition post-apartheid.
C’est dire l’intimité qui existe entre Madiba et l’Algérie. Une intimité «révolutionnaire» que le premier président de la nation arc-en-ciel témoignera lorsque l’hydre terroriste a failli emporter la patrie du Million et demi de Martyrs. Alors que beaucoup d’«amis» ont tourné le dos à l’Algérie, l’Afrique du Sud de Mandela a su maintenir des liens très forts. Et c’est Mandela en personne qui témoignera de ce soutien au président Liamine Zeroual lors d’un sommet de l’ex-Organisation de l’Unité Africaine (OUA).

Les liens entre Alger et Pretoria ont acquis cette dimension stratégique sous l’impulsion d’Abdelaziz Bouteflika et du successeur de Mandela, Thabo Mbeki. Les deux présidents vont être au cœur de la nouvelle dynamique panafricaine, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad). L’axe Alger-Pretoria sera un axe majeur qui permettra au continent noir de porter sa voix en direction des grands de ce monde. Un axe qui doit beaucoup au legs du père spirituel de la renaissance africaine, le sud-africain, Madiba Nelson Mandela.

Le Jeune Indépendant   

 

 

Vous devez être connecté pour poster des commentaires

Identification

Agenda

October 2017
M T W T F S S
25 26 27 28 29 30 1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31 1 2 3 4 5