POLITIQUE

Que signifiait "tab jnanna"?

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Que signifiait Le peuple a encore en mémoire le «tab jnanna» et il serait peut-être nécessaire à Bouteflika d'expliquer ce qu'il en entendait.

Depuis quelque temps, il est difficile, chez nous, d'entrevoir quelque chose sur la scène politique. Tant que les observateurs surfaient sur le fameux «tab jnanna» lancé depuis Sétif par Bouteflika, ils trouvaient toujours quelque chose à analyser, critiquer, applaudir ou récuser.

D'aucuns osaient caresser l'espoir que quelque chose allait enfin changer en Algérie, d'autres moins optimistes préféraient attendre plus de signes, plus d'annonces avant de se prononcer et d'autres enfin, plus réalistes, n'avaient rien changé de leur compréhension de la politique chez nous. Avec du recul, et tout compte fait, ces derniers avaient raison.

Vers quoi avançons-nous donc? Vers un quatrième mandat? Vers un prolongement de l'actuel mandat de deux ans? De cinq ans? Le silence qui règne est fatigant. Pour un pays qui se dit démocratique, l'information semble avoir trop de difficultés à circuler. Et même les gens, non seulement n'ont pas tellement envie de dire quoi que ce soit, mais ils n'ont même pas envie de se l'entendre dire! Pourquoi?

Les analyses qui donnaient Hamrouche partant pour, élection de 2014, celles qui donnaient Ouyahia vainqueur, celles qui prédisaient le retour de Benflis sur la scène politique nationale se sont avérées toutes déplacées depuis que l'on décèle chez Bouteflika une certaine intention de briguer un autre mandat. A quoi le décèle-t-on? Eh bien, à tous ces appels qui ne cessent de remplir le ciel d'une Algérie un peu malade de sa politique, ou plutôt agressée par ses politiques. Depuis l'intronisation de Saâdani à la tête du FLN, les voix déjà connues se sont élevées dans des refrains, tout aussi connus, pour dire toute leur disposition à apporter leur soutien à un 4e mandat. Va-t-on réellement vers un 4e mandat? Si tel est le cas, pourquoi Bouteflika aurait-il donc besoin de l'appel de ces personnes pour postuler un 4e mandat? Et que signifiait alors «tab jnanna» dans ce cas?

Lorsque la démocratie se raconte
Autour de nous, tout bouge. Le Maghreb s'agite, l'Afrique bouge, le Monde arabe est en effervescence, la région Mena presque dans son ensemble a été mise à feu, le monde se transforme rapidement et nous ne savons même pas si nous allons vers un 4e mandat ou si nous allons avoir une élection comme tout le monde. Une élection dans laquelles les candidats se présenteront, non pas pour servir de leurre-peuple, mais pour essayer de lui redonner l'espoir à ce peuple qui attend, depuis assez longtemps quand même!
Dans un pays démocratique, ce n'est pas ainsi que se passent ou que devraient se passer les choses. Mais, finalement tout évolue dans ce monde et il n'y a pas de raison pour que la démocratie, aspect important de la vie des hommes - du moins d'après ce qu'ils disent - ne suive pas l'évolution des choses et les tendances des temps.
De choix des peuples, elle est devenue leur bois, le temps de brûler leurs démons sur les places publiques, devant les murs des ambassades ou simplement dans les rues. De leur tolérance, elle est devenue leur haine et leur violence, le temps qu'ils les déversent sur leurs ennemis d'un jour ou d'une vie. Là, des hommes meurent au nom de la démocratie, là-bas, d'autres sont chassés et poursuivis au nom de la démocratie. Un peu partout dans notre partie de l'humanité, des pans entiers de peuples s'entre-tuent au nom de la démocratie qu'ils s'inventent la nuit lorsqu'il, n'ont plus rien à raconter à ces âmes fatiguées qui les écoutent. Des vieillards, des femmes, des enfants... tout passe dans la grande excuse démocratique. Exactement comme le font d'autres au nom d'une religion ou d'un Dieu qu'ils ne vénèrent que quand il y a rupture de stocks dans la besace du vice qu'ils portent en bandoulière, de l'aube au crépuscule.
Lorsque la démocratie se raconte, elle est souvent envahie par une sorte de peine profonde. Elle rougit, elle soupire, elle balance la tête et vous jette des regards qui vous inquiètent. Depuis quelque temps, on ne sait plus si c'est la démocratie qui ne sied plus aux peuples ou si ce sont les peuples d'aujourd'hui qui ne vont plus à la démocratie. De maîtresse des lieux, elle s'est transformée en maitresses des arrivistes et des parvenus. D'accompagnatrice du développement, elle est devenue l'accompagnatrice du vice, de la corruption et de la misère, même lorsqu'on est riche!

Lorsque Bouteflika invalide l'opposition
Au nom de la démocratie, certains régimes s'installent pour des éternités. Certains individus aussi le font tout aussi au nom de la démocratie, éradiquant toute relève dans les pays et tirant vers le haut le fermoir de l'horizon. Chez nous, puisque c'est ce qui nous intéresse, la visibilité est nulle. Totalement nulle à quelques encablures des échéances électorales de 2014. Le «tab jnanna» si clair pourtant est devenu si opaque et si impossible à interpréter. Que voulait dire Bouteflika? Que ne voulait-il pas dire? Lorsqu'on ne comprend même plus les mots, il est difficile de jouer aux prévisions, chose si aisée pourtant ailleurs grâce à la transparence qui est, faut-il le rappeler, une des conditions sine qua non de la démocratie.

L'Algérie d'aujourd'hui
Il est difficile ainsi de dire par exemple si Ouyahia a encore, oui ou non, l'ambition de se porter candidat, lui qui a dirigé neuf gouvernements quand même! il est difficile de dire si Hamrouche a gardé l'intention de postuler, une intention qu'il a su bâillonner depuis qu'il s'est retiré autrefois pour cause de non- transparence des élections. Il est plus difficile encore de dire qui dans le pays peut se présenter tellement tout a été fait pour écarter les adversaires et les rivaux et surtout pour tuer la relève dans l'oeuf.
Qui se souvient qu'un jour, durant l'absence de Bouteflika pour maladie, certains ont été voir Zeroual et lui demander de reprendre les commandes du pays? Nous avions alors condamné ce comportement que nous avions trouvé anormal et déplacé, mais qui était derrière? La dernière restructuration du DRS a-t-elle quelque chose à avoir avec cet épisode? Beaucoup de questions se posent dans l'Algérie d'aujourd'hui et, malheureusement, il n'y a aucune réponse. Si, même lorsque Bouteflika était malade, le peuple n'avait pas eu les réponses à ses questions, ce n'est certainement pas maintenant qu'il faut espérer en avoir.
Où est la démocratie dans tout cela? Se résumerait-elle chez nous à un simple slogan et à des pseudos urnes desquelles on ferait sortir qui on veut? Et pour combien de temps encore?
Certes, rien ne dit que Bouteflika postulera pour un quatrième mandat, mais rien ne dit qu'il ne le fera pas non plus. Des rumeurs, du genre qui ont toujours précédé l'événement, lui attribuent l'intention de prolonger l'actuel mandat de deux années et, pour ce faire, il a, affirme-t-on, procédé à la révision de la Constitution. Est-ce la bonne solution? Pour le pays s'entend! Est-il préférable pour le pays que Bouteflika prolonge son mandat actuel?
Dans quelques mois, nous aurons de nouvelles élections et, face à son destin, au moment de faire son choix, un pays doit nécessairement regarder devant, pas derrière. Il doit regarder l'avenir avec force et espoir, avec vigueur et aptitude. Lors de son discours de Sétif, Bouteflika avait lui-même reconnu la nécessité du changement. De toute façon, le «tab jnanna», à moins de l'inscrire dans la stratégie d'évitement de ce que les autres appellent le printemps arabe, cela signifie la fin d'une saison et, pour qui veut comprendre, celle d'une ère. Il est dès lors difficile de croire que Bouteflika tienne encore à rester au pouvoir. Mais dans ce cas, pourquoi la scène politique ressemble-t-elle plus à un cimetière où il n'y a pas âme qui se manifeste? Est-ce par dégoût de ce qui se passe au nom de la politique que les gens ne veulent plus s'exprimer où est-ce de peur de quelconques représailles? Ce serait grave tout de même!

Doit-on croire que Bouteflika invalide, à ce point, ses adversaires ou bien que c'est l'opposition qui est, chez nous, trop molle, trop inconsistante? Est-ce à force d'avoir applaudi que cette opposition s'est forgé un comportement, en lequel elle ne se reconnait aucunement, ou est-ce à force d'avoir joué aux laudateurs qu'elle ne sait plus, tout simplement, ce que s'opposer en politique veut dire? Le peuple a encore en mémoire le «tab jnanna» et il serait peut-être nécessaire à Bouteflika d'expliquer ce qu'il en entendait si par hasard, il venait à se décider à postuler à un 4e mandat ou à prolonger l'actuel mandat

l'Expression  

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