Aux sources de la Soummam

La Depeche de Kabylie 19/07/2008 Aux sources de la Soummam

Du Djurdjura aux Hauts-Plateaux


Lorsqu’on se met à contempler l’embouchure de la Soummam sur le pont qui ouvre la RN9, il est certainement difficile d’imaginer que les eaux qui, à ce point, rejoignent la mer, ont pour premières origines les monts de Aïn Oulmane, au sud de Sétif, le mont Dirah, au sud de Bouira, et l’extrême ouest du Djurdjura.

Il se trouve en effet que la géographie physique de la région positionne les sources les plus méridionales de la Soummam aux limites de la zone semi-aride caractérisée par des rigueurs liées au climat continental, alors que les sources les plus proches sont situées dans les territoires humides au climat tempéré. La Soummam constitue un réseau hydrographique dense et bien fourni, particulièrement dans sa partie située dans l’Atlas tellien : Djurdjura, Babors et Bibans. Son bassin versant couvre une superficie de 9090 km2 étalée sur quatre wilayas : Bouira, Bordj Bou Arréridj, Sétif et Béjaïa. Avec le Cheliff, la Tafna et le Rhummel, la Soummam est l’un des plus grands cours d’eau d’Algérie.

Les cours d’eau s’organisent en réseaux hydrographiques, assemblages de rivières principales et de leurs affluents. Les ruisseaux se jettent dans les rivières les plus importantes qui, elles-mêmes, vont constituer le principal cours d’eau. Pour cette raison, on dit que ces réseaux de rivières et de vallées sont hiérarchisés. Les réseaux hydrographiques drainent des bassins. Chaque bassin est séparé des bassins voisins par une ligne de partage des eaux qui correspond souvent à des accidents structuraux (sommets d’anticlinaux, d’escarpements de failles,…).

Pour des raisons pratiques liées à cette architecture géomorphologique, le ministères des Ressources en eau a, à la fin des années 90, institué des administrations spécifiques correspondant à ces bassins et chargées de la gestion de leurs ressources en eau. Elles sont appelées les Agences de bassins.
Le résultat du travail de creusements réalisés par les eaux qui ruissellent et qui se concentrent en ruisseaux, rivières ou fleuves aboutit à la formation des vallées. Ces dernières sont les formes de relief les plus répandues à la surface de la terre. Le nombre et la densité des rivières dans un même bassin hydrographique dépendent de la nature du sol. Sur les terrains imperméables, presque toutes les eaux de pluie ruissellent à la surface. Un réseau serré de rivières est nécessaire pour les évacuer. C’est pourquoi la densité des vallées y est plus élevée. Sur les terrains perméables, en revanche, une grande partie des eaux s’infiltre dans le sol et les vallées sont alors moins nombreuses.

Le réseau hydrographique de la Soummam est de type exoréique, car il se déverse dans la mer au niveau de la ville de Béjaïa, contrairement aux réseaux des Hauts Plateaux du Sud et du Sahara où les eaux s’infiltrent dans les nappes souterraines où s’accumulent dans de vastes mares appelées Chotts. Les réseaux exoréiques jouent un rôle très important dans le cycle de l’eau ; ce sont eux, en effet, qui assurent le retour à la mer de la plus grande partie des précipitations tombées à la surface des continents. La rivière creuse son lit, en arrache des matériaux qu’elle transporte et qu’elle dépose. Elle exerce ainsi trois actions : action érosive, action de transport et action d’accumulation.

Le flux du Hodna
Le mont Dirah, situé à 30 km au sud de la ville de Bouira, culmine à 1810 m d’altitude. Sa ligne de crête sépare le bassin méditerranéen du bassin du Hodna. Ici, nous sommes à l’extrémité Sud-ouest du bassin de la Soummam. Les eaux provenant de djebel Dirah coulent en torrents le long de l’Oued Guergour et Oued Mebiar lesquels prendront plus bas respectivement les noms de Oued Mahadjar et Oued Lahdjar. Ces deux ruisseaux, en perdant beaucoup de leur vitesse de progression, vont confluer au niveau de la ville de Sour El Ghozlane pour former Oued Lakhal sur lequel est construit, en 1984, le barrage du même nom.

L’Oued Lakhal reçoit par la suite les apports de l’Oued Sbisseb qui proviennent du mont Aïn Hazem, qui surplombe la ville d’El Hachimia, et les apports de l’Oued Ben Okba, entre Aïn Lahdjar et Aïn Turc. Oued Lakhal entre dans la grande rivière de l’Oued D’Hous au niveau de la ville de Bouira. Ainsi, Oued D’Hous constitue la véritable Haute Soummam qui s’orientera régulièrement vers le Nord-est jusqu’à la ville de Béjaïa. Les rivières de Zerrouk, Oued Okhriss et El Khemis provenant de la ligne de crête Maghnine-Hellala vont confluer pour former Oued Zaïane au niveau de la localité d’Ahl El Ksar. Zaïane va rejoindre Oued Sahel qui est une continuité de Oued D’Hous sur l’axe El Adjiba-M’Chedallah.

La part des Bibans
Les précipitations sur le massif de Sebkha (Tamellaht), Ath Mansour, Beni Ouaggag (wilaya de BBA) sont acheminées par les rivières de Sebkha et Sidi Aïssa au niveau d’Ighrem et Ahnif pour se déverser dans la Soummam. Le plus grand cours d’eau qui fait gonfler la Soummam à souhait est sans aucun doute l’Assif Amarigh qui prend ses sources dans les Hauts-Plateaux de Bordj Bou Arréridj. Assif Amarigh qui suit le défilé des gorges des Portes de Fer, se met au contact de la Soummam au niveau de la localité de Beni Mansour. Assif Amarigh, au commencement de son cours, 4 km avant la localité d’El Achir (BBA), a pour nom Oued Messissi. Il reçoit les eaux du versant Nord du mont Mansourah (1862 m d’altitude) et du mont Chokchott (1832 m). Les apports des Bibans sont ceux aussi reçus par l’intermédiaire du massif des Ath Abbas jusqu’à Guenzet (rive droite de la Soummam) où se fait la jonction avec le massif des Babors.

La manne du Djurdjura
Les apports hydriques du Djurdjura pour la Soummam commencent au col de Tizi n’Djaboub, à partir duquel une ligne de partage des eaux vient sur Draâ Lakhmis (banlieue de Bouira), et se poursuivent sur le versant sud de la chaîne jusqu’au col de l’Akfadou. Ce sont des torrents en amont et des cours plus ou moins stabilisés en aval qui viennent ainsi renforcer la Soummam par sa rive gauche. Assif Boumsaâdane, Tessala, Assif Boudrar, Oued Baghbar, Assif Assemadh, Assif Rana, Ighzer Ouakour, Assif n’Ath Mlikech, Ighzer Amokrane et Oued R’Mila : ce sont là les principaux cours d’eau qui proviennent du versant sud du Djurdjura et qui se jettent directement dans la Soummam.
Depuis 2005, le barrage de Tilesdit (capacité de 170 millions de m3), installé dans la région de Bechloul (w. de Bouira) retient une partie de ces eaux qui, auparavant, se déversaient dans la mer.

La confluence Bousellam-Soummam
La moyenne Soummam est alimentée sur sa rive droite par l’imposant cours de Bousellam. Sur le lit aval de celui-ci, en face de la ville d’Akbou, est construit le barrage de Tichy Haf dont les travaux de transfert d’eau sont en cours de réalisation.
Le Bousellam plonge dans la Soummam juste après la grande boucle sinueuse de la station thermale de Hammam Sidi Yahia. Il reçoit sur son flanc ouest une autre grande rivière, Assif Almaïne, et d’autres branches plus modestes comme les cours de Boutouab et Galaâ.
À l’approche de l’embouchure de la Soummam, viennent s’ajouter d’autres talwegs de moyenne importance comme Assif Amassine, qui prend naissance à Adrar Takintoucht drainant les villages de Feraoun, Tifritine et Khelil. Le dernier cours d’eau de cette rive et qui se jette directement dans la Soummam est l’oued Amizour qui a pour sources principales Souk Tléta et Barbacha.

Babors et Boutaleb
Le cours de Bousellamn prend naissance sur le mont Boutaleb qui fait partie de la chaîne du Hodna. Il draine la plaine de Sétif et reçoit les apports de Djebel Megris (nord de Aïn Abassa). Le mont Megris et son prolongement vers l’ouest, le mont Hanini, forment une ligne de partage des eaux entre le bassin de la Soummam et le bassin de l’Agrioun. Ici, le Bousellam évolue exactement sur les Hauts-Plateau de Sérif. Il arrose les localités de Salah Bey, Aïn Oulmane, Mezloug et Hammam Ouled Yelles. Entre Aïn Taghrout et Mahdia, est édifié le barrage de Aïn Zada qui est bien visible à partir de la RN5. La pente du terrain y est trop faible ; parfois, elle est nulle. L’écoulement de l’eau est assuré par la vitesse initiale acquise lors de la chute des reliefs de Boutaleb et de la région sud de Aïn Lekbira. Après le barrage de Aïn Zada, le Bousellam entre dans les falaises de Hammam Guergour, à l’ouest de la ville de Bougaâ. La ligne de crête de Djebel Ras El Hadj, sur les hauteurs de Tala Ifassène, trace la limite nord entre la Soummam et l’Agrioun. À la sortie de Bougaâ, le Bousellam est traversé par la R.N.74 (joignant Takariets à Sétif) ; puis, il aborde la région de Beni Ourtilane d’où il prend une direction franche vers l’ouest. Il continue sur Taghits Ighil, et c’est près du village de Tansaout qu’il reçoit un autre affluent sur sa rive gauche, Assif Almaïn. Ce dernier prend naissance dans la région de Sidi M’Barek (w. de BBA), passe dans les bas-fonds de Bordj Zemmoura en recevant les apports venus du versant sud de Hammam Guergour. Almaïn continue à tracer ses méandres abrupts vers Guenzet qu’il laisse sur sa droite et pique vers la localité d’El Maïn située sur la rive gauche du cours d’eau. À la sortie d’El Maïn, ce cours d’eau voit son destin se mêler à celui de Bousellam, puis, cinq kilomètre après, à celui de la Soummam.

Multiples splendeurs
En drainant quatre wilayas du Nord et des Hauts-Plateaux, la Soummam aura rencontré une multitude de paysages, de panoramas et de modes de vie de culture. Sur le plan géomorphologique, le contraste est fortement accusé entre les chutes d’eau dévalant les façades de Lalla Khedidja et la marche tranquille de l’eau dans les ruisseaux de la banlieue de Sétif. La différence est aussi prononcée entre les aires boisées des Bibans et la nudité des lieux sur le mont Dirah et la région de Sidi M’Barek. Du point de vue climatique, les affluents de la Soummam traversent des régions semi-arides où les précipitations annuelles ne dépassent pas 350 mm et des zones humides dont la pluviométrie dépasse les 1200 mm/an.

Depuis les hautes plaines céréalières de Sétif jusqu’à la luxuriance de Tikjda, en passant par les monts nus de Mansourah et Dirah, les berges maraîchères et oléicoles de Maillot et d’Allaghène, des différences de taille sont constatées dans les systèmes de production, la relation entretenue avec la terre et la ressource hydrique, et, enfin, l’occupation et la gestion de l’espace. Remarquons également que les grandes infrastructures routières suivent souvent les vallées et les cours d’eau, et cela depuis l’Antiquité, car la réalisation des travaux y est moins onéreuse. Il en est de même pour les chemins de fer : Alger-Bouira sur le cours de l’Isser ; Bouira-Beni Mansour sur la Haute Soummam ; Beni-Mansour-Bejaïa sur la Soummam moyenne et inférieure.

La voie ferrée Beni Mansour-Bordj Bou Arréridj suit le cours d’Assif Amarigh. Les routes de crête et de montagne sont généralement ouvertes en période de guerre pour pouvoir dominer son ennemi. C’est ce que firent les Romains en aménageant la Route départementale n°20 allant de Berrouaghia à El M’Hir pour éviter les routes de l’Isser et de la Soummam qui sont devenues ‘’belliqueuses’’ et dangereuses du fait qu’elles abritaient les rebelles numides. Par ses berges, ses méandres, ses falaises, la verdure des zones qui lui sont attenantes, ses eaux qui gonflent en hiver générant d’importantes crues et qui, en basse saison, coulent en filets limpides, la Soummam offre des sites d’une beauté enchanteresse.

Cette splendeur s’accroît par la présence de villages et bourgades surplombant ses différents affluents : de Takarbouzt à Tibouamouchine, en passant par Ighil Ali et Tamokra, ces villages sont suspendus à leurs pitons, tiennent à leurs lopins de terres et se ressourcent sans fin dans le murmure et le bruissement des eaux de la Soummam, écumeuses en hiver et sages en automne et au printemps.

Le lac du nouveau barrage de Tichy Haf ajoute nécessairement son grain de sel à ce panorama, d’autant plus que la station de Hammam Sidi Yahia y à est seulement quelques brassées. Les ombres à ce tableau idyllique sont bien sûr l’exploitation sauvage du sable de la rivière et le déversement des eaux usées dans le lit même de plusieurs affluents du cours d’eau. À quand une gestion moderne et rationnel de l’espace et du patrimoine naturel qui mettrait en symbiose la féerie des lieux, l’économie de la région et le cadre de vie du citoyen ?
 

par Amar Naït Messaoud

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