La désobéissance civile des Amazighs de Libye débute aujourd’hui

Aujourd’hui le 23 juillet 2013 commence la désobéissance civile, telle que décrétée par le Haut Conseil des Amazighs de Libye. Elle consiste en un refus de se soumettre à une loi ou d'un règlement, la réglementation ou une autorité, qui est considérée injuste aux yeux de ceux (NDLR: les Amazighs) qui la critiquent. Voici quelques exemples de la façon d'appliquer la désobéissance:

La désobéissance civile des Amazighs de Libye débute aujourd’hui1- Le boycott des élections et la non reconnaissance de ce qui en découle.


2- La fermeture des édifices étatiques, les établissements de services et des commerces.


3- La fermeture des routes principales, des ports et des postes frontaliers terrestres.


4- La fermeture d'usines et des champs pétrolifères.


5- La fermeture des écoles et la descente des drapeaux

Comment on est arrivé à cette situation? Après un long débat suivi d’échauffourées verbales, le Congrès National Général (GNC), qui fait office de l’assemblée législative intérimaire de la Libye, a finalement approuvé un ensemble de règles de base pour l'élection des membres de l'Assemblée constituante de 60 membres, qui rédigera la nouvelle constitution de la Libye.

Certes la loi électorale est extrêmement importante dans la détermination de l'avenir de la démocratie libyenne, mais certains détails de cet ensemble de règles de base peuvent sembler mystérieux, en ce sens qu’ils cachent un non-dit qui consiste à évacuer toute idée d’officialiser la langue Amazighe à côté de la langue Arabe dans la prochaine constitution de la Libye. Ce dont les élus Amazighs, membres du GNC, et en générale tous les Amazighs de Libye représentés par le Haut Conseil des Amazighs de Libye (HCAL), ne veulent pas se laisser faire.

Actuellement, aucune date n'a été fixée pour l'élection des membres de l'Assemblée constituante. Quant à la constitution actuelle, le cadre juridique actuel de la Libye, stipule que le référendum sur la prochaine constitution devrait avoir lieu dans les quatre mois de la première session de l'Assemblée constituante.

L'Assemblée Constituante de 60 membres sera élue de sorte que chacun des trois anciennes provinces (Cyrénaïque, Fezzan et la Tripolitaine) soient représentées équitablement; une structure identique à la constitution de 1951 qui a prévalue dans le pays jusqu’à 1969, l’année ou le colonel Kadhafi a effectué son coup d’Etat. Une fois élue, l'Assemblée Constituante se réunira dans la ville cyrénaïque d'El Beida, où est situé l'ancien bâtiment du Parlement pour entamer le processus de la rédaction de la future constitution libyenne. Le GNC a fixé son choix sur cette ville de l’est du pays en espérant que la tenue de l'Assemblée Constituante se fasse avec moins de pression externe possible contrairement à Tripoli.

Cependan,t les règles tant attendues approuvés par le GNC ne sont pas du tout encourageant pour assurer une constitution consensuelle et durable qui accommode toutes les composantes du peuple Libyen. Ce qui est loin d’être le cas quant au vue des quotas réservés aux femmes (10%) et les Amazighs de Adrar n Infusen, les Amazighs Twaregs et les Toubous, une ethnie pratiquant le pastoralisme et le nomadisme dans le Sahara Libyen. Les trois composantes ethniques partagent équitablement un quota de 10%.

La sous-représentation des femmes signifie un recul évident pour l'égalité des sexes dans l'après-révolution en Libye. Ce qui fait dire à Najah Saluh, membre GNC de la ville El Beida, que les membres féminins du GNC ont été mis sous une pression immense pour accepter ce quota de 10 pour cent. Initialement, les femmes ont demandé une part de 15 pour cent des sièges, mais qui a échoué à se matérialiser en raison de l'opposition des différents blocs islamistes. Le pire est que cette sous-représentation des femmes met en évidence une baisse significative des 17 pour cent des parts allouées des sièges dans l’élection de l'année passée.

La protestation est de loin plus vigoureuse chez les Amazighs (de Adrar n Infusen et les Touaregs) et les Toubous, qui ont vu le nombre des six sièges qui leur sont alloués comme une insulte au peuple authentique de la Libye. La sous-représentation des Amazighs, est vue par les observateurs avertis comme une manœuvre sournoise des différents courants arabo-islamo-conservateurs existants au CNG, pour éloigner toute idée de voir Tamazight comme langue officielle dans la prochaine constitution. Le Haut Conseil des Amazighs de Libye n’a pas tardé à réagir, le soir du 10 juillet, à une telle manigance en faisant appel à tous ses membres ainsi que les membres de tous les conseils militaires Amazighs pour une réunion d’urgence. Il a été décidé le boycott de la Commission des Soixante ainsi que le retrait de tous les représentants amazighs au sein du CNG., sauf si leurs membres décident de revoir les lois qui la régissent. Plus particulièrement en faisant passer le droit de veto sur les questions qui touchent directement aux droits des Amazighs dans la Constitution, et en premier lieu l’officialisation de Tamazight. Laquelle sera la seule garante de la protection des droits des Amazighs et de leur patrimoine qui ont tant souffert de persécutions sous Kadhafi. D’autant plus, dira Zoheir N., un Amazigh de Nalut, que sans les Amazighs, ce dictateur ne serait certainement jamais tombé, comme l’est actuellement Bachar El Assad.

Nuri Esherwi, le président du Haut Conseil des Amazighs de Libye, dit à ce propos que si la Tamazight ne sera pas officialisée, assurez-vous alors que les Amazighs ne resteront pas silencieux au sujet de leurs droits dans une nouvelle ère de liberté factice et démocratie de façade. Les Amazighs, les habitants premiers de ce pays, ont le droit à ce que leur langue soit officielle, et ce n'est pas quelque chose d'impossible car ils ne sont pas des nouveaux arrivés en Libye que demander le vote sur leur langue. Je suis fortement persuadé que si notre langue ne sera pas officielle, je vous assure qu’il y’aura une nouvelle révolution, qui sera cette fois-ci une révolution noble qui va instaurer le droit et l'affirmation de soi d’une façon définitive. Vous avez peut être étudié que pour chaque action une réaction, et la réaction est toujours la plus violente dit-on.

Les membres amazighs du CNG ont ainsi mis a exécution l’appel de leur autorité suprême, le HCAL, en présentant le mercredi 17 juillet 2013 leur démission du Congrès en raison, selon leur porte parole Shaban Busetta, représentant de Nalut, de la marginalisation des amazighs dans la loi sur l'élection de l'Assemblée Constituante de 60 membres. Il a déclaré que les questions relatives aux minorités ne peuvent être exercées par la majorité, comme cela s'est produit hier au CNG, et qu'il valait mieux que tout le monde soit d'accord sur les droits des minorités, comme dans les grandes démocraties.

Le même jour, le 17 juillet, les révolutionnaires des régions Amazighophones de Libye (Adrar n Infusen, At-Willul/Zwara et les Twaregs) ont rendu publique, une déclaration par laquelle ils réaffirment leur soutien au HCAL qu’ils considèrent comme le seul représentant politique des Amazighs de Libye ; ils annoncent leur adhésion à la décision du HCAL annoncée dans sa déclaration du 10 juillet 2013. Les révolutionnaires des régions Amazighophones assurent que ce qui arrive aujourd’hui n’est qu’un retour en arrière dans le chemin de la démocratie et l’élaboration d’une Constitution moderne. Ils réaffirment que les Amazighs ne reconnaîtront jamais une Constitution qui ne reconnaît pas l’Amazighité et ne reconnaîtront aucune institution qui en sera issue. Ils assurent qu’ils se battront derrière le HCAL et qu’ils sont prêts à verser leur sang pour que leurs droits soient consacrés.

Le lendemain 18 juillet, le HCAL a décrété la désobéissance civile qui commencera, le mardi 23 Juillet. Elle consiste en un refus de se soumettre à toute autorité, qui est considérée injuste aux yeux des Amazighs. La désobéissance concerne le boycott des élections et la non reconnaissance de ce qui en découle, la fermeture des édifices étatiques, les établissements de services, des commerces, des routes principales, des ports, des postes frontaliers terrestres, d'usines, des champs pétrolifères et des écoles et enfin la descente des drapeaux nationaux de Libye.

En réponse à toutes ces démarches, les membres du CNG tentent de modifier et à deux reprises, suite au premier refus du HCAL, les règlements et la loi sur l’élection de l’Assemblée Constituante de 60 membres. La première fois, c’était pour modifier/ajouter certains articles que sont:

- Article 1: La langue Amazighe, les Touareg et les Toubous sont des éléments linguistiques et culturels de la société Libyenne.

- Article 2: Chacune des composantes linguistiques et culturelles a le droit d'étudier leur langue comme un élément facultatif dans le programme adopté en conformité avec les lois et les règlements en vigueur et dans les écoles situées dans leurs régions d'origine et les autres.

- Article 3: Le ministère de l'Éducation doit fournir des manuel, l'enseignant et toutes les capacités nécessaires pour appliquer cette loi.

- Article 4: Le ministère de la Culture et la société civile en coordination avec les conseils municipaux établissent des festivals annuels ou saisonniers pour faire revivre le patrimoine culturel des composantes linguistiques mentionnés à l'article 1.

- Article 5: Le ministère de l'Éducation crée un centre de recherche scientifique, historique et des établissements linguistiques particulièrement pour les Amazighs, Touaregs et les Toubous. Ces centres travailleront sur l'enracinement, le développement et la diffusion du patrimoine culturel et linguistique de ces composantes.

- Article 6: Toutes les autorités, et dans les prérogatives qui les concernent, doivent prendre les procédures nécessaires à la mise en œuvre de cette loi et de la mettre en pratique.

- Article 7: Cette loi sera appliquée à partir de la date de son émission et sera publiée au Journal officiel.


Suite à cette première retouche, le HCAL, par la voix de son président Nuri Esherwi, refuse de discuter de l'offre parce qu'elle n’est pas l'objet du litige.

Une deuxième proposition du CNG, toute récente, s’en est suivie et qui consiste à ajouter un nouvel article qui est un amendement à la déclaration constitutionnelle qui stipule que la langue tamazight sera la deuxième langue officielle. Toutefois cette langue ne sera pas utilisée dans les milieux gouvernementaux et dans la correspondance entre les autorités locales et entre l'autorité centrale et dans les litiges devant les tribunaux et les commissions d'arbitrage, ni dans les correspondances officielles. De ce fait la langue Arabe est la langue officielle de l'État. Une loi expliquera le mécanisme pour la mise en œuvre de ces démarches en étapes.

Jusqu’à date d’hier (22 Juillet 2013) nous n’avons pas eu connaissance de la réaction du HCAL suite à cette deuxième offre du CNG. Tout indique que le HCAL refusera à nouveau un tel amendement, étant donné qu’il veut placer, en des termes ambiguës, Tamazight comme langue nationale, comme en Algérie, et non officielle comme au Maroc.

En conclusion les Amazighs, de par leur prompt éveil aux manœuvres des Amazighophobes du CNG, rendent ainsi le processus de rédaction d'une constitution post-révolution en Libye extrêmement complexe. Les institutions et les nouvelles procédures à retenir pour le processus de prise de décision pourraient avoir un effet important sur la légitimité et la longévité de la Constitution adoptée. Le consensus sera la clé du succès d'un processus de rédaction d’une constitution stable, et qui nécessite l’acceptation de toutes les composantes du peuple Libye, et en premier lieu le peuple autochtone Amazigh. Qu’arrivera-t-il aujourd’hui le 23 juillet 2013, le jour du début de la désobéissance civile telle que décrétée par le HCAL. Wait and see!

Ameghnas

Le Matin     

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