Inconsolables, les Algériens plaident la vengeance

Inconsolables, les Algériens plaident la vengeanceLes Algériens ne croient plus à la transition vers la légalité par les urnes. Ils semblent avoir dit leur dernier mot à ce propos, définitivement, aux dernières législatives de mai 2012, par un boycott massif sans précédent. La conscience collective en est définitivement imprégnée.

Allez aux urnes, c’était, pour eux, accepter le jeu de la soumission au pouvoir et légitimer sa domination et ses forfaits. C’était une humiliation et un déshonneur, qu’ils ne voulaient plus endurer. Car, le processus électoral a toujours fonctionné comme un leurre de consultation du peuple. Une méprise de plus, additionnée à cinquante ans de sévisses de tous genres, que le pouvoir leur faisait subir. Ne pas allez aux urnes, c’était, lui signifier le rejet de sa domination et de son autorité et l’ouverture des hostilités. C’était, lui exprimer une dignité et un honneur retrouvé. C’était un désir de recouvrer sa souveraineté et de prendre son destin en main.

Aujourd’hui, il suffit de jeter un coup d’œil sur le langage de la rue ou sur les forums sociaux pour constater que les Algériens sont unanimes, ou presque : la rupture est profonde et irréversible avec les institutions du système. Il apparaît donc, clairement, que le temps de la rébellion contre la méprise de la fraude électorale, c’est déjà, du passé. En même temps, ne croyant plus à la volonté du pouvoir d’organiser des élections propres, ils sont amenés à ne plus vouloir de transition pacifique du tout. À tel point que, toute proposition de transition vers la légalité par les urnes, aussi plausible soit-elle, est sitôt ! brutalement rejetée et couverte de suspicion, voir, diabolisée et même, confiné au registre de la traîtrise pour ses auteurs.

Avec la dégradation de la situation récente, leur détermination a engendré une prise de conscience plus profonde encore. Les Algériens aujourd’hui souffrent d’un malaise plus grave. Plus fort que l’humiliation due aux sévisses et aux privations des libertés qu’ils endurent depuis cinquante ans. Plus fort même que le désir de conquête de leur souveraineté. Il s’agit d’une indignation inconsolable, celle qui résulte du sentiment d’avoir été l’objet d’une traîtrise de la part d’un pouvoir qui s’est autoproclamé en tant que dépositaire de leur destin. La gravité de cette indignation est à la mesure de l’ampleur du désastre qui se découvre au grand jour, devant la dérive du pays et la déliquescence des institutions, qui sont parvenus à leur paroxysme. Un pouvoir opaque. Un discours officiel articulé par le mensonge et la duperie. Une gouvernance arbitraire. Une gestion des finances publiques organisée autour de la corruption et la dilapidation des richesses nationales. Une économie productive, qui pourrait pallier le tarissement de la rente, inexistante. Un chômage endémique avec aucune perspective de création d’emplois et d’insertion de la majorité de la population active dans le monde du travail. Une justice aux ordres. Un système éducatif inefficace. Un système de santé inopérant. Un culture réduite à une simple expression folklorique. Un cadre de vie, qui souffre de toutes sortes de commodités, à commencer par l’indisponibilité du logement social. En un mot, la démission et l’abandon de l’intérêt général, compromettant dangereusement l’avenir de la population. Les Algériens semblent se réveiller avec la gueule de bois, un pays en faillite dans les bras et les auteurs de ce forfait qui continuent à faire le dos rond, profitant de l’accalmie provisoire pour achever le pillage de ce qui subsiste encore de pillable des richesses nationales. Accentuant encore plus l’indignation, au point que  les martyrs de la guerre de libération n’ont jamais été aussi évoqués que pendant ces moments fébriles et houleux que nous traversons. C’est tout un retour du refoulé qui vient inonder la conscience collective. En venant remémorer tous les sévisses subits par notre peuple depuis l’accès à l’indépendance. Allant jusqu'à l’évocation avec insistance des crimes politiques commis pendant la guerre de libération nationale. En passant par toutes sortes de violences politiques et de privations des libertés publiques et individuelles subies depuis cinquante ans.

Cette indignation inconsolable se traduit aujourd’hui, par un désir irrationnel de vengeance contre les hommes du système du pouvoir et de tous ceux qui se sont compromis avec eux, tous tenus pour responsables de cette méprisable et lâche traîtrise. Au détriment même de l’intérêt général. Car, le désir de vengeance entraîne inévitablement l’affrontement, et celui-ci ne pourra déboucher que sur le chaos, avec son lot de destructions et de sang versé, dont les conséquences seront imprévisibles et dangereusement préjudiciables à la sécurité nationale et à l’intégrité territoriale.

À ce jour, rien n’est encore joué. Bien que cette situation dangereuse était déjà entamée depuis notre accès à l’indépendance. Elle n’a été qu’indéfiniment reportée. Combien de temps encore pourra-t-elle durer ? Est-il trop tard pour y remédier aujourd’hui et nous éviter le pire ? Quelle marge de manœuvre avons-nous encore pour trouver une solution ? Une solution pacifique semble la plus indiquée. Mais avec quels hommes et quels moyens ? Y a-t-il une conscience patriotique collective qui pourra émerger pour prendre en charge cette tâche, qui semble à priori vouée inéluctablement à l’échec ? Nous serons tous tenus pour responsables, pour notre inaction ou pour avoir fait le mauvais choix, si par malheur notre destin bascule vers le néant !

Le Matin-dz   

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