DES DÉPUTÉS FRANÇAIS PARLENT DES IMMIGRÉS ÂGÉS ALGÉRIENS

"La vie est très dure pour certains"

DES DÉPUTÉS FRANÇAIS PARLENT DES IMMIGRÉS ÂGÉS ALGÉRIENS
Dans cette interview, des députés de l'Assemblée nationale française évoquent la situation des immigrés algériens âgés de plus de 55 ans et qui vivent, pour certains, depuis des dizaines d'années en France. Ces députés sont membres de la mission d'information sur la situation des immigrés âgés, créée le 20 novembre 2012 par la Conférence des présidents de l'Assemblée nationale française.

Ils ont effectué, afin d'examiner les liens avec les pays d'origine, une visite de travail les 12 et 13 mai à Alger où ils se sont entretenus avec, entre autres, le secrétaire d'État algérien chargé de la Communauté nationale à l'étranger, Belkacem Sahli, et des parlementaires de la commission des affaires sociales.
En France, ils ont mené un travail sur le terrain pour s'enquérir des conditions de vie de cette frange qui n'arrive toujours pas à assurer son intégration. Plus de 240.000 Algériens âgés de plus de 55 ans sont concernés par le travail de cette mission. On les a rencontrés, lundi 13 mai 2013, à Alger. Ils répondent ici à nos question.

L'Expression: Quel est l'objectif de votre mission ainsi que votre présence en Algérie?
Denis Jacquat, président de la mission, député de Moselle (UMP): La mission a été décidée par le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone. Elle travaille sur les immigrés âgés issus principalement de quatre pays, à savoir l'Algérie, le Maroc, la Tunisie et le Mali. Elle a un but extra-communauté européenne. C'est extrêmement important. Il faut savoir que c'est la première fois dans le pays qu'il y a une mission de ce genre.
Dans notre pays, il y a des personnes qui sont venues travailler, pour la plupart pour des raisons économiques, (gagner de l'argent et envoyer la plus grande partie dans leur pays). Avec le temps, et au moment de la retraite, ces personnes ont décidé, soit de rester en France, soit de rentrer en Algérie, soit les deux à la fois.
Ces travailleurs ont participé à l'essor de l'économie de notre pays, ils ont cotisé à un certain moment de leur vie et ils ont droit à des prestations et à une reconnaissance.
Nous voulons savoir si ces prestations et reconnaissance sont satisfaites. La mission est constituée d'auditions et de visites sur le terrain, notamment dans les régions où vivent beaucoup d'immigrés âgés comme la région parisienne et lyonnaise.
Le but de la mission est d'approcher ce type d'immigrés de façon générale.
Nous en avons reçus beaucoup en France, nous allons à l'étranger et à la fin, il y aura un rapport général qui sera publié et qui contiendra des préconisations. Nous souhaitons que le gouvernement français les reprenne.

Vous avez effectué un travail sur le terrain en France. Dans quelle situation avez-vous trouvé ces immigrés âgés?
Alexis Bachelay, rapporteur de la mission, député des Hauts-de-Seine (SRC)
On a trouvé des situations très inégales. Il y a des foyers qui ont bénéficié de travaux de réhabilitation qui ont transformé la vie en leur offrant des conditions de confort et de qualité.
Dans beaucoup de foyers, les conditions de vie sont extrêmement dégradées. Il y en a trop d'ailleurs.
C'est notamment dû au fait que les plans de traitement de réhabilitation qui devaient être menés, ne l'ont pas été totalement. Les foyers sont aujourd'hui, pour beaucoup, dans la même situation qui était la leur dans les années 1970 et 1980 quand ils ont été construits. L'un des problèmes que nous avons identifiés, c'est la nécessité de faire accélérer les plans de traitement de réhabilitation.
A l'époque, ces foyers étaient construits pour des jeunes travailleurs. Evidemment, 30 ou 40 ans plus tard, les conditions sont vraiment très difficiles.
Ce que nous proposons de façon concrète, c'est que l'Etat et les pouvoirs publics, les collectivités locales, les départements, les communes, les régions, que chacun intègre à son niveau la problématique des immigrés âgés et crée les conditions d'amélioration de leur situation.
Mais le logement n'est qu'un des aspects. Il y aussi tout l'accompagnement social, l'accès aux soins, la santé....
La mission peut jouer un rôle utile en mettant en lumière quelques situations, notamment les plus difficiles. Et dans un second temps, nous sommes en mesure de demander aux pouvoirs publics de prendre un certains nombre de décisions, d'accélérer les programmes de rénovation des constructions et sur les questions liées aux droits sociaux, faire évoluer la réglementation et peut-être la création d'une allocation exportable comme il a été envisagé, il y a quelques années, en 2007.
Nous allons, dans le cadre du rapport, sur la base de toutes les auditions et des visites sur le terrain, faire des propositions et des préconisations qui devront être mises rapidement en oeuvre. Ce rapport sera rendu public fin juin, début juillet prochain.

Avez-vous des statistiques sur les personnes concernées par le travail de votre mission?
Alexis Bachelay: La statistique première qui nous concerne ce sont les immigrés âgés de plus de 55 ans. Ils sont plus de 800.000 en France et à l'intérieur de ce groupe, il y a 350.000 personnes qui ont plus de 65 ans qui sont déjà à la retraite et qui souffrent le plus des problèmes qu'on a évoqués, notamment ceux d'accès aux soins. Parmi ce groupe, il y a plus de 240.000, ce qui représente 30%.

Travaillez-vous aussi avec la société civile?
Denis Jacquat: Oui, on en a reçu beaucoup. Quand le rapport sortira, vous verrez la liste extrêmement importante. A chaque fois, on recevait plusieurs associations. Ce qui est d'ailleurs très bien. Il y a eu vraiment beaucoup d'échanges.

Alexis Bachelay: Il faut dire qu'on a reçu beaucoup d'associations, on a auditionné autant de personnes de la société civile que des pouvoirs publics. Evidemment, le regard des pouvoirs publics sur la situation des immigrés âgés n'est pas le même que celui porté par la société civile.
Les pouvoirs publics ont tendance à nous rassurer et la société civile nous renvoyait plutôt aux choses qui ne fonctionnent pas. Grâce à la société civile, historiens, chercheurs, cette question d'immigrants âgés interpelle la France et la société française et aussi la société algérienne. Elle interpelle sur la façon dont la France se comporte à l'égard des immigrants.

Dans le cadre de votre visite à Alger, vous avez rencontré le secrétaire d'État algérien chargé de la Communauté nationale à l'étranger, Belkacem Sahli. Quel a été le résultat de cette rencontre?
Alexis Bachelay: Il ne pouvait pas y avoir des résultats dans la mesure où on ne s'est pas demandé quelque chose. Il y a des Algériens qui ne peuvent pas se faire verser leur retraite en France.
On a suggéré au ministre qu'il puisse y avoir des instructions en direction des consulats pour qu'il y ait un partenariat beaucoup plus actif auprès des conseils généraux qui s'occupent des aides sociales, parce que la plupart de ces retraités n'ont pas l'habitude de s'adresser à l'administration française. En dehors des titres de séjour, ils ne font rien d'autre avec cette administration.
Donc c'est aux consulats qu'on doit les diriger vers les services sociaux et ceux chargés de calculer leurs droits à la retraite.
Denis Jacquat: Il doit y avoir des relais supplémentaires. On a l'impression que certains Algériens qui vivent en France ne connaissent pas leurs droits, en particulier sur les minima sociaux existants.

l'Expression  

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