Frikat

La Depeche de Kabylie 20/07/2008

FrikatLe travail des femmes se généralise


Comme tout ailleurs, le chômage qui frappe de plein fouet les foyers, incite même les femmes à trouver une occupation pour aider la famille. Aujourd’hui, l’adage “il n’y a pas de sot métier” est de mise. En effet, même si elles ne sont pas diplômées, les femmes trouvent un moyen de gagner un peu d’argent.

C’est surtout en revenant aux métiers traditionnels qu’elles le font. Elles sont tisseuses, potières, rouleuses de couscous. Tisser des burnous et autres couvertures traditionnelles est un métier aujourd’hui revalorisé. Certes, il n’est pas facile de rester des heures à tisser ou à rouler la laine, mais c’est une exigence. “Il n’y a rien à faire d’autre. Alors, mes deux filles et moi avons décidé de reprendre ce métier. Il y a trop de demandes”, nous a confié une de ces femmes qui a repris l’atelier traditionnel. Et de nous raconter ses débuts : “c’est une voisine qui préparait le trousseau pour sa fille qui allait se marier. Elle m’a sollicité pour quelques effets traditionnels. Elle m’a même acheté tout ce dont j’ai besoin. Alors, avec mes filles, nous nous sommes mises au travail. Au bout d’un mois, notre cliente était satisfaite. Nous avons gagné un peu d’argent. C’est avec cette petite somme que nous avons relancé cette activité. Et puis, ça a marché”.

Rouler le couscous, le nouveau gagne-pain
Nombreuses sont les femmes du village qui sollicitent notre interlocutrice. D’autres femmes, n’ayant aucune ressource travaillent au compte des maisons de couscous. Elle sont rouleuses. “Pour un quintal de semoule roulé, puis séché, nous gagnons de quoi nourrir les enfants”, telle est la réponse d’une mère de famille dont le mari ne travaille pas. Dans notre petite enquête, nous avons même appris que des étudiantes roulent le couscous pour gagner un peu d’argent qu’elles dépenseront à l’université quand on sait que la bourse de deux mille sept cents dinars par trimestre ne leur permet même pas d’assurer leur déplacement à Tizi Ouzou. En recourant à tous ces petits métiers traditionnels, des jeunes filles arrivent même à préparer leurs trousseaux de mariage. Si ces femmes ont opté pour tisser ou rouler le couscous, d’autres se sont lancés dans la préparation des galettes et même des gâteaux. Ces derniers temps, il nous a été donné de constater que même les boulangeries vendent de la galette traditionnelle. “J’ai recruté trois jeunes filles. La préparation se fait ici à l’intérieur de la boulangerie dans des conditions d’hygiène des plus strictes.
Elles font du bon travail. Toute la quantité préparée est écoulée. Parfois, à la fin de la journée, il faut qu’elles en préparent encore”, nous a déclaré un boulanger sous couvert de l’anonymat.

Lorsque les jeunnes filles s’en mêlent
De jeunes filles proposent aussi leur service afin de préparer les gâteaux traditionnels. Autre métier que les femmes de Frikat ont ressuscité : la poterie. Une femme du village des Sbargoud nous a confié que ces objets arrivaient partout. “Petit à petit et avec l’aide de mes filles, j’ai pu quand même redonné à la poterie sa valeur. Il y a des clients qui viennent même des autres wilayas. Même les émigrés me sollicitent pour leur fabriquer des objets qu’ils prennent avec eux. Pour eux, c’est quelque chose qu’on ne peut pas détacher du fonds culturel ancestral”, nous a expliqué cette femme potière.

De nos jours, la contrainte a finalement poussé les femmes à redonner à chaque tradition la place qui lui revient. Nous avons même ouïe dire que certains femmes se proposent comme cuisinières dans les fêtes familiales. Si les hommes cuisiniers sont spécialisés dans la préparation des autres plats, les femmes se chargeaient surtout du couscous. “On ne peut confier à un homme de préparer le couscous. C’est une spécialité régionale de femmes. On ne change pas le cours des choses comme ça”, a expliqué un cuisinier à propos de ce plat.

Maintenant que les femmes rurales ont relancé tous ces petits métiers qui tendent à disparaître, on peut dire que ce n’est pas seulement des gagne-pain, mais nous assistons beaucoup plus à leur revalorisation et à la sauvegarde des marques culturelles qu’ils portent. De l’autre côté, on aimerait que ces métiers gardent leur originalité car il ne sert à rien de les masquer avec des outils modernes, ce qui serait peut-être une déformation d’un tel leg millénaire. Alors, disons à toutes ces femmes bon courage et bonne réussite dans cette œuvre colossale au moment où nos us et coutumes se perdent les uns après les autres.

 

par Amar Ouramdane

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