Second père de «La Coline Oubliée», le cinéaste Bouguermouh est mort



Second père de «La Coline Oubliée», le cinéaste Bouguermouh est mortIl était le premier cinéaste algérien à réaliser un film entièrement en kabyle, « La Coline Oubliée », adaptation éponyme du roman de l’écrivain Mouloud Mammeri sorti en 1952. Abderahmane Bouguermouh, 77 ans, est décédé dimanche 3 février dans un hôpital de la banlieue d’Alger où il a été récemment admis dans un état critique.

Victime d’un accident de la route en 2007, Bouguermouh ne s’est jamais vraiment remis de ses blessures tant et si bien qu’il sera hospitalisé à maintes reprises en Algérie et en France.


Né en 1936 à Ouzelaguene (Ighzer Amokrane, dans la wilaya de Bejaia), M. Bouguermouh est davantage connu pour « La Coline Oubliée », sorti en 1997 après un combat épique avec la bureaucratie et la censure.

Ce roman de Mouloud Mammeri, chronique de la jeunesse dans un village des montagnes de Kabylie durant les années 1930, Bouguermouh voulait l’adapter dès le début des années 1960 sans pouvoir obtenir l’aval des autorités algériennes réfractaires à l’idée de voir un film en langue berbère sortir dans les salles de cinéma.

A l'époque, l'Algérie vivait sous le régime du parti unique et langue et la culture berbères n'avaient pas droit de cité.

Opiniâtre, l’homme ne s’avouera jamais vaincu. Son projet remisé dans les tiroirs, Abderrahmane Bouguermouh réalisera plusieurs documentaires et courts-métrages, sera assistant de Mohamed Lakhadar Hamina pour le film « Chronique des années de braise » (Palme d’or du festival de Cannes en 1975), réalisera plusieurs films, notamment « Les Oiseaux de l’été » en 1980, avant de s’attaquer à l’œuvre de sa vie.


Second père de «La Coline Oubliée», le cinéaste Bouguermouh est mortCette opiniâtreté, cette volonté de porter à l'écran cette oeuvre majeure de Mouloud Mammeri, Abderahmane Bouguermouh l'expliquait en ces termes au cours d'un entretien accordé à un journal : « Des scénarios sur la Kabylie, il y en a eu beaucoup. J’ai choisi  ‘La colline oubliée’ parce qu’entre l’auteur, Mouloud Mammeri, et moi il y avait un serment : si l’honneur nous revenait un jour de faire le premier film en berbère ce serait ‘La colline oubliée’. C’est sa première œuvre romanesque et pour le naïf bouquiniste que j’étais alors, mon monde à moi pénétrait enfin dans ce premier roman kabyle, après avoir avalé bien des classiques de la littérature universelle où je nous cherchais en vain. Il y a aussi ce contrat passé avec la Kabylie : œuvrer pour la renaissance de sa culture. ‘La Colline oubliée’ est aussi un beau roman qui décrit les années terribles de la deuxième guerre mondiale. Le malheur était partout et quelques éclats ont brûlé ma toute jeune mémoire. Il est tout à fait normal qu’un premier film remonte à ces premiers souvenirs, ceux qui vous laissent des stigmates pour la vie. »

Si le scénario de ce long métrage a été déposé en 1968, il faudra pourtant attendre 1989, presque 21 ans plus tard, pour que le ministère de la Culture lève le sceau de la censure qui le frappait. Là encore, il faudrait aussi batailler pour obtenir les financements nécessaires. Pour boucler le budget du film, l'équipe sollicitera la contribution des bénévoles.

Sorti en 1997, « La Coline Oubliée » sera un succès autant qu'il constituera une sorte de revanche pour Abderahmane Bouguermouh.

DNA  

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