Le ministre de l’habitat, Abdelmadjid Tebboune, à “Liberté”


“J’espère qu’on ne parlera plus de crise de logement”

Le ministre de l’habitat, Abdelmadjid Tebboune, à “Liberté”
“J’espère qu’on ne parlera plus de crise de logement” Dans cet entretien, le ministre revient sur la relance du programme location-vente et affirme que la priorité sera donnée aux souscripteurs de 2001 et 2002 avant d’aborder les autres formules du logement ainsi que les partenariats avec les groupes étrangers spécialisés dans le bâtiment.

Liberté : Abandonnée il y a une décennie par le gouvernement, la formule de la location-vente de logement est désormais réinscrite dans le programme d’habitat. Pourriez-vous nous indiquer quelles sont les nouveautés introduites dans la nouvelle version de cette formule ?
Abdelmadjid Tebboune : Ce qui est à la fois nouveau et intéressant, c’est que le programme dégagé pour la location-vente n’est plus limitatif. En termes plus clairs, le nombre n’est pas limité à 150 000 logements uniquement tel que prévu auparavant. Mieux, quelques quotas de logements promotionnels aidés (LPA) seront convertis en ceux de la location-vente. Ce qui donne un total de 230 000 logements selon ce mode de la location-vente.

Un tel quota va permettre de prendre en charge un nombre plus important de demandeurs. Allez-vous commencer par traiter les anciennes demandes qui datent d’août 2001 d’abord ?
Je le confirme. Nous traiterons les anciennes demandes avant les plus récentes, d’autant plus que ces postulants disposent d’un reçu qui prouve le dépôt d’un dossier auprès de l’AADL en 2001, 2002 et même 2003. Nous sommes en train de mettre à jour ces dossiers car en dix ans, il y a eu sûrement des changements. Ceux qui ont, entre-temps, bénéficié d’un logement ou une quelconque aide de l’État seront éliminés définitivement de cette formule. Nous allons éplucher d’abord ces dossiers 2001 et 2002 avant d’ouvrir de nouvelles souscriptions.  Celles-ci seront toutefois ouvertes au début de l’année 2013. Lors du traitement de ces demandes, nous avons constaté une importante falsification de certificats de résidence.  Le chiffre avancé avoisine les 5 000 dossiers…
Ce chiffre a été dépassé largement.

Quel serait le sort réservé à ces demandes ?
Elles seront tout simplement rejetées et transmises éventuellement à la justice.  

De telles infractions seront détectées grâce au fichier national, un instrument primordial pour le succès de votre démarche ?
Effectivement. Le fichier national sera prêt au plus tard dès la fin de l’année. Cet outil permettra plus de sécurité vis-à-vis des demandeurs et définira le nombre exact de demandes recevables et de demandeurs éligibles à travers le territoire national.   

La capitale enregistre une forte demande estimée à plus de 140 000 personnes. Comment comptez-vous satisfaire un nombre aussi important de demandeurs ?
Il est clair que nous ne pouvons pas loger tout le monde dans la capitale. C’est pour cela que les attributions se feront dans la wilaya de résidence où nous avons ouvert des programmes AADL. Chacun va déposer sa demande dans sa wilaya de résidence. Maintenant, s’il veut résider à Alger, il est libre d’acheter un logement par d’autres moyens que ceux aidés par l’État. La capitale appartient à tous les Algériens.

Alger souffre également d’un déficit énorme en matière de foncier…
Tout à fait. Néanmoins, la wilaya a pu nous dégager quelque 600 hectares (ha) qui regroupent trois pôles de développement. Ce qui peut contenir près de 60 000 logements. Un tel quota reste énorme pour Alger. Nous allons également lancer des programmes de la capitale dans des communes comme Sidi-Abdallah où il est prévu 10 000 logements et Bouinan qui bénéficiera de 30 000 autres unités.
Une chose est certaine, les grands centres tels que Tipasa, Boumerdès, Blida et Alger seront exploités dans ce sens. Nous sommes en train de repérer les assiettes où seront édifiées les cités. Oran et Annaba ont, en revanche, dégagé suffisamment de terrains pour ces programmes. Elles ont réservé respectivement 1 500 ha à Tlélat et 1 400 ha à Draâ Errich. Ce qui équivaut à 150 000 logements et 140 000 logements dans chaque wilaya. Mais il ne faut pas oublier que tous ces programmes sont inscrits uniquement dans le quinquennat 2009-2014. D’autres programmes sont prévus dans le prochain quinquennat. L’objectif est d’arriver à satisfaire la demande une bonne fois pour toutes. Même si la tension persistera dans certaines villes, j’espère cependant qu’on ne parlera plus de crise de logement.

Peut-on connaître le coût du mètre carré avec lequel seront construites ces cités AADL ?
Il se situera entre 41 000 et 42 000 DA/m2.

Avec un tel niveau, le logement AADL coûterait combien ?
Multipliez la surface du logement par le prix du mètre carré. Il faut cependant préciser que l’État prend sur son compte le prix des VRD, la bonification des terrains et celle des prêts ainsi que l’aide frontale de la CNL évaluée à 700 000 DA. Sans cette contribution des pouvoirs publics, le mètre carré serait trop élevé pour le souscripteur et atteindrait 60 000 DA. L’État paye jusqu’à 50% du prix du logement pour que le coût soit abordable pour les postulants.

Et la procédure de paiement du logement sera-t-elle la même que celle des deux programmes initiaux ?
Oui. Mieux encore, pour le paiement de l’apport initial fixé à 25% du prix total du logement, le souscripteur pourra même l’effectuer en 4 versements. Nous avons eu l’accord du président de la République et du Premier ministre pour alléger au maximum les procédures aux bénéficiaires.

Les critères d’éligibilité sont-elles les mêmes ?
Oui.

Le financement de ces opérations sera assuré par quel organisme ?
Le Trésor public. Celui-ci avance de l’argent que nous remboursons par le biais des premiers versements et les loyers des locataires. Il existe une forme de remboursement entre l’AADL et le Trésor public.  

À travers vos déclarations, l’on relève que la formule location-vente aura des jours meilleurs devant elle...
Absolument. Elle va s’inscrire dans la durée et touchera un maximum de bénéficiaires qui remplissent les conditions requises.

Quelles solutions envisageriez-vous pour faire face aux problèmes réels évoqués par les locataires des cités AADL, notamment les ascenseurs qui tombent souvent en panne, le manque d’hygiène, l’entretien…
C’est un problème réel ! Je viens à ce propos d’ordonner le DG de l’AADL de mettre à niveau tous les ascenseurs dans l’ensemble des cités. Nous avons décidé de signer des contrats de maintenance avec les meilleures sociétés et de renommée mondiale après le lancement d’un appel d’offres. La gestion et l’entretien des sites seront désormais confiés et sous-traités à des entreprises spécialisées à travers des appels d’offres. Les charges habituelles que paye le locataire ne seront pas indexées sur le coût de ces activités qui seront sous-traitées.

Nous souhaiterions aborder avec vous, Monsieur le ministre, les autres formules. Quel est l’état des lieux que vous avez établi quant au logement promotionnel aidé (LPA) et le logement social participatif (LSP) ?
Le programme LSP a été arrêté au niveau des opérations en cours de réalisation. Le reste sera reversé dans le programme du LPA qui, à son tour, sera réalisé à concurrence de ce qui est lancé ou engagé contractuellement avec des promoteurs. Le reste, qui n’a été ni lancé ni contractualisé, sera reconverti en LPP (Logement promotionnel public).

Peut-on connaître les raisons à l’origine d’une telle décision ?
Le LPA s’appuie sur un montage financier qui ne permet pas de faire appel à de grosses entreprises. Nous sommes obligés, par conséquent, une fois les listes arrêtées par les wilayas, de trouver des promoteurs qui acceptent de prendre le projet avec les prêts que doivent contracter les souscripteurs auprès des banques. Or, parmi ces promoteurs, rares sont ceux qui ont les capacités de réaliser 5 000 ou 10 000 logements. La plupart arrivent à peine à construire 500 ou 1 000 unités tout au plus. Le montage financier crée en outre une dispersion à travers les banques. L’on ajoute aussi l’aide frontale octroyée par la CNL. Résultats des courses : ce sont des programmes que nous maîtrisions difficilement au souscripteur et nous risquions d’avoir énormément de retard compte tenu du mode de lancement et du mode de financement de tous ces programmes. C’est pour toutes ces raisons que ces opérations avançaient très lentement. Maintenant, tout a changé. Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, en accord avec le ministre des Finances, sur demande du ministère de l’Habitat, a décidé de désigner le Crédit populaire d’Algérie (CPA) en guichet unique de l’habitat. Le CPA sera la seule banque qui s’occupera de l’habitat, accordera des crédits aux souscripteurs et financera les projets. Nous pouvons ainsi domicilier tout le marché du LPP au sein du CPA. Ce qui, par voie de conséquence, donnera la chance aux grosses entreprises de faire de la promotion immobilière. Le quota réservé au mode LPP est actuellement évalué à 200 000 unités, mais il pourra augmenter pour atteindre 400 000 unités, si la demande l’exige.

Et le rôle de la Cnep dans toutes ces opérations ?
La Cnep continuera à réaliser et à octroyer des prêts à ses épargnants.

Vous avez multiplié les contacts avec des opérateurs étrangers, notamment les Espagnols, les Italiens et les Portugais. Votre stratégie, dans ce cadre, consiste en la création de joint-ventures entre les entreprises algériennes et ces étrangers selon le mode 51/49. Quels sont les motifs qui vous ont convaincu de recourir à des sociétés d’outre-mer pour concrétiser de tels partenariats ?
Trois raisons essentielles ont motivé mon choix. La première : rattraper les retards qu’accusent nos programmes. Nous voulons donc augmenter nos capacités de réalisation à plus de 200 000/an pour pouvoir respecter nos engagements et terminer ainsi le programme du président de la République estimé à plus de 1,25 million de logements tous segments confondus. La deuxième raison, c’est de faire entrer le pays dans la modernité. Je me rappelle de la déclaration de l’un des membres d’une délégation américaine qui a visité récemment nos sites. Commentant les méthodes de construction pratiquées sur chantiers, il a dit : “Excusez-moi, mais vous êtes au Moyen-Âge. Avec de telles méthodes, vous n’arriverez jamais à réaliser un million de logements.” Maintenant, le logement est devenu une industrie ailleurs. Nous sommes actuellement à une moyenne approximative de réalisation de quatre ans pour un logement ! Dans les pays industrialisés, en revanche, le logement est réceptionné complet en 6 mois. La troisième raison, c’est d’arriver à tirer nos entreprises vers le haut. Elles n’ont pas le niveau des sociétés italiennes ou espagnoles. L’encadrement y est certes, mais l’environnement juridique et réglementaire, le mode de gestion font toujours défaut. Elles sont gérées de manière administrative. Une chose est sûre, la loi algérienne permet de donner le management à des étrangers. Ainsi, si les entreprises de la SGP Indjab et celles de l’ENPI (ex-EPLF) n’ont pas les capacités pour gérer les futures joint-ventures qui seront créées, la gestion sera confiée aux partenaires étrangers. Outre le transfert de leur savoir-faire, ces entreprises assureront des formations de moyenne et de longue durée aux ouvriers algériens sur les chantiers.

Vous êtes à quelle étape de réalisation de ce projet d’envergure ?
Sept entreprises sont déjà créées entre Indjab et les Espagnols et les Portugais. Ceux-ci ramènent leurs usines pour les installer à l’est, l’ouest et au centre du pays. Avec leur encadrement, des groupements et autres sociétés mixtes seront créées. Nous avons arrêté avec les Portugais la réalisation d’un programme minimum de 50 000 à 75 000 logements. Les Italiens réaliseront un minimum de 100 000 unités. Nous nous sommes mis d’accord avec ces partenaires pour qu’ils nous livrent des cités intégrées avec tous les équipements y afférents (lycée, supermarché, salle de soins, Cem, écoles, espaces verts, commissariat…). Une opération-pilote est prévue à Annaba, Oran et Blida (Bouinan).

Il y a du nouveau pour les wilayas du Sud...
En effet, sur ordre du Premier ministre, nous avons ouvert des lotissements à des prix très symboliques pour les citoyens qui veulent construire leurs logements dans les wilayas du Sud. Cette initiative va certainement faire baisser la crise dans cette région. Ce sont des superficies minimales de 250 m2/lot. Parallèlement et pour les plus démunis, l’État attribuera l’aide prévue pour la réalisation des logements ruraux.

Liberté 

 

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