HOLLANDE OUVRE DE NOUVELLES PERSPECTIVES ENTRE ALGER ET PARIS


La politique des petits pas

Le premier pas a été franchi le 17 octobre 2011 aux abords de la SeineIl est anormal qu'au pays de la révolution de 1789 et des droits de l'homme, on continue à se voiler la face par rapport à des crimes commis durant 132 ans de colonisation.

Le premier pas a été franchi le 17 octobre 2011 aux abords de la Seine


Les déclarations du président français, par rapport aux événements du 17 Octobre 1961, ne manqueront pas de constituer un tournant décisif pour l'évolution des relations algero-françaises. A moins de deux mois de sa visite officielle en Algérie, François Hollande doit saisir un événement symbolique pour jeter les bases de ce que seront les relations entre les deux pays, au cours des prochaines années. L'actuel locataire de l'Elysée, conscient du poids de l'immigration algérienne sur l'échiquier politique français, sait bien que, aussi bien les Algériens que les Français n'oublieront pas de sitôt les événements sanglants du 17 octobre 1961. D'autant plus que trois mois après la reconnaissance de la rafle du Vél d'Hiv, le président français n'avait d'autre choix que d'assumer une responsabilité que ses prédécesseurs n'osaient pas faire. C'est justement la stratégie adoptée par M.Hollande, qui opte pour la politique des petits pas dans la reconnaissance de la responsabilité de son pays durant la période coloniale.

Cependant, quel est le sens de la reconnaissance des «ratonnades» du 17 octobre, quand ces événements sont détachés de leur cadre général. En effet, des enfumades du Dahra aux événements du 17 Octobre 1961, en passant par la torture, la déportation et les exactions de l'OAS, la France officielle semble opter pour la stratégie des «petits pas» pour reconnaître les crimes commis pendant la période coloniale. Dans ce contexte, la reconnaissance «avec lucidité» par le président François Hollande de la «sanglante répression» des manifestations du 17 octobre, qui a le mérite de rompre un silence vieux de 51 ans, est un acte courageux. D'abord, il n'y a pas mieux pour faire de telles déclarations qu'un membre de la «famille socialiste», dont la responsabilité des actes commis durant la période coloniale, est entière. N'était-ce pas les Robert Lacoste, Guy Mollet et autres Mitterrand qui étaient les plus farouches défenseurs du «projet» de l'Algérie française? Si à l'époque où il était ministre de l'Intérieur Mitterrand considérait que «la seule négociation avec les insurgés était la guerre», il s'opposera au plus fort de la guerre de Libération - alors ministre de la Justice - aux mesures de grâce décrétées en faveur des condamnés à mort, à l'image d'Ahmed Zabana. Aussi, c'était au moment où la question algérienne avait avancé à l'ONU que des Algériens avaient été arrêtés, torturés et jetés, pieds et poings liés à la Seine. En ce jour, le «nazi» Maurice Papon, qui exhalait tout son racisme contre les «indigènes», lâchait ses meutes de policiers contre des manifestants pacifiques, dont le seul tort était d'avoir demandé la liberté. Tués par balle ou morts le crâne fracassé par des manches de pioche ou des crosses de fusil, plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de personnes sont mortes au cours de la répression de la manifestation pacifique. A l'époque, Papon, qui abhorrait tout ce qui était algérien, faisait état de trois morts, «tués en situation de légitime défense». Fallait-il s'attendre à une autre déclaration de celui qui avait été alors le préfet de Constantine de sinistre mémoire.

Aujourd'hui, si la France officielle refuse de reconnaître le meurtre de pas moins de 300 militants nationalistes algériens, qu'en est-il des crimes commis durant les 132 années de colonisation? A noter que des observateurs au fait des relations algéro-françaises affirment que le «geste» de François Hollande ne serait que le début d'une série de déclarations dont l'objectif est de dissiper toutes les tensions issues des relations tumultueuses entre les deux pays. C'est d'ailleurs l'avis de l'historien Gilles Manceron qui affirme que le communiqué de l'Elysée «beaucoup l'attendaient et commençaient à ne plus y croire. C'est très important mais cela ne doit être que le début d'un travail». En somme, la France officielle, qui ne cesse de se faire le porte-voix du génocide arménien, de la déportation des juifs... et de la rafle du Vél d'Hiv, refuse un demi-siècle après l'indépendance de l'Algérie de se regarder en face. A quand la grande «confession»?

L'Expression 

 

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