Benelhadj Mohand-Ouamar, président de la Fondation de la mémoire de la wilaya III, à “Liberté”


“La célébration, c’est aussi l’écriture de l’Histoire”

Benelhadj Mohand-Ouamar, président de la Fondation de la mémoire de la wilaya III, à “Liberté”
“La célébration, c’est aussi l’écriture de l’Histoire”À 24 ans, et dès les premières heures du déclenchement de la Révolution, il rejoint les rangs de l’ALN. Il a côtoyé les grands héros de la Révolution tels que Amirouche, Krim Belkacem, Ouamrane, Chikh Qmar et Baâbouche Saïd. Blessé le 11 août 1956 pendant les dernières retouches de la préparation du Congrès de la Soummam, il sera arrêté et détenu jusqu'à 1962. Il porte toujours dans son corps 35 impacts de balle.

À l’Indépendance,  il occupera plusieurs fonctions supérieures jusqu’à 1987 où il a pris sa retraite. À 81 ans, il est encore au service de son pays et s’assigne de transmettre la vraie histoire de la Révolution aux futures générations.

Liberté : Vous venez de créer la Fondation de la Wilaya III dont le siège a été inauguré il y a quelques jours à Bouira. Quel est l’objectif de cette fondation ?
Benelhadj Mohand-Ouamar : Recueillir l’histoire. Nous voulons réunir tout ce que les combattants et les militants ont dans leur mémoire, ce qu’ils ont subi de la part de l’ennemi et les différents combats menés, puis transcrire tout cela. Nous avons perdu cinquante ans à dormir sur nos lauriers. Nous avons gagné la guerre   et eu l’Indépendance. Puis, nous avons fermé la parenthèse. Cependant, nos anciens ennemis sans scrupule parlent de ce qu’ils ont perdu en Algérie, de leurs maisons perdues à Alger ou ailleurs. Nous ne disons rien sur nos frères qui ont eu des cervelles éclatées ou brûlées au napalm. Des enfants morts de faim, des populations regroupées dans des hameaux   stratégiques appelés camps de regroupement comme ceux d’Indochine. Ce sont des camps qui ressemblent à Auschwitz, entourés de barbelés. C’était la famine, les maladies. Nous aussi, nous voulons parler de cela aux historiens et aux générations futures pour qu’elles apprennent et sachent ce qu’ont enduré leurs aïeux et relever la tête et aller à l’université pour qu’ils deviennent des cadres de la nation et servent leur pays indépendant. Dans notre génération, le plus lettré avait un certificat d’études primaires. En 1946, après l’ordonnance de Charles de Gaulle, la France avait recensé 4 000 Algériens qui avaient droit au vote du 1er collège (avec un niveau de certificat d’études).

Vous êtes président de la Fondation de la mémoire de la Wilaya III historique, cette Wilaya III dont on dit qu’elle se distinguait par son excellente organisation. Pouvez-vous nous parler de cette organisation et de son rôle durant la Révolution ?
L’ennemi reconnaissait son organisation. D’ailleurs, il l’avait surnommé wilaya-pilote. Les autres wilayas s’initiaient et copiaient ce que faisait la Wilaya III. Cela est dû au nombre de lettrés. Au déclenchement de la Révolution, la wilaya, appelée alors la Zone III, couvrait Tizi Ouzou, Béjaïa, une partie des wilayas de Sétif,   Bordj Bou-Arréridj, Bouira, M’sila et Boumerdès. En effectifs, elle regroupait le plus de combattants. En nombre de martyrs, elle représente le tiers des combattants de l’ALN tombés au champ d’honneur dans toute l’Algérie, sans compter les membres de l’OCFLN et les victimes civiles.

Nous entendons, de temps à autre, des témoignages contradictoires. Est-ce que votre fondation est en mesure de contribuer à clarifier certains épisodes de la guerre de Libération afin d’aider à une écriture objective de l’histoire ?
Nous venons d’inaugurer notre siège et avoir un pied-à-terre. Une écriture objective de l’histoire, c’est notre objectif principal. Nous allons faire de notre mieux pour recueillir tous les témoignages et faire des recoupements pour être le plus proche possible de la vérité. Nous félicitons ceux qui ont écrit. Même s’il y a des erreurs, l’essentiel c’est la bonne intention. L’écriture de l’histoire n’est pas une science exacte. Un événement, chacun le voit sous un angle différent. Ce qui est blâmable, c’est lorsque quelqu’un écrit un mensonge pour faire valoir sa propre personne ou ses proches, son clan. La chronologie des événements peut changer par oubli. Nous allons tout faire pour mettre les données à la disposition de ceux qui veulent écrire et connaître la vraie histoire.

Est-ce que la Wilaya III a ses propres archives ?
Il était difficile d’avoir des archives. Le GPRA était installé aux frontières. Pour nous, les archives sont dans la tête des combattants. Il y a des correspondances chez certains responsables. Mais on n’avait pas de salles d’archives bien organisées. Pour ceux qui appellent à l’ouverture des archives de l’armée française pour écrire l’histoire de l’Algérie ; moi je ne suis pas d’accord. La France a ses propres archives et selon sa conduite et les renseignements qu’elle a pu recueillir. La France ne sortira jamais de son caisson, car cela risquerait de nuire à son image. Elle ne dira pas que telle unité de l’armé française a massacré une population. Ceux qui iront à Aix-en-Provence   ou ailleurs ne trouveront jamais ce genre d’informations.

Il y a polémique sur la mort de Amirouche et El-Haouès, sur la fin de Abane Ramdane et d’autres encore. La Fondation de la Wilaya III avec sa mémoire apportera-t-elle des éclaircissements sur les assassinats politiques et autres liquidations durant la guerre de Libération ?
Notre association ne prendra pas position comme ceux qui l’ont fait en ce qui concerne Abane Ramdane, Amirouche, Lotfi ou Ben Boulaïd. Nous parlons de ce qui s’est passé à l’échelle nationale non sur ce qui s’est passé au niveau de la Wilaya III. Après la parution du livre de Saïd Sadi sur Amirouche, certains parmi ceux qui étaient à l’extérieur ont répondu au contenu de ce livre. Nous, nous n’entrons pas dans ces joutes. Nous allons nous renseigner sur les pertes des héros comme Amirouche et El-Haouès car ils sont morts au champ d’honneur. C’est le rôle de notre association de dire ce qui est bon et ce qui est mauvais. Nous parlerons aussi des conflits entre l’intérieur et l’extérieur engendrés par la plate-forme de la Soummam qui stipule que le politique prime sur le militaire et que l’intérieur doit primer sur l’extérieur.
Il y a ceux qui collent tout à Abane. La plate-forme de la Soummam, c’était un travail collectif mené par tous les cadres de la Révolution dont Krim, Ben M’hidi, Zirout Youcef. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que Abane, Amirouche, El-Haouès sont au panthéon.

Disposez-vous de moyens pour mettre en œuvre votre programme ?
Pour avoir notre agrément, il a fallu deux années, mais nous n’avons toujours pas de subventions. Nous avons sollicité le ministre des Moudjahidine qui nous a rétorqué qu’“il y a beaucoup d’associations et nous devons les revoir”, ce qui fait que notre fondation risque de disparaître. Nous avons demandé une audience à la ministre de la Culture depuis quatre mois. Nous n’avons toujours pas de réponse.
À l’occasion du Cinquantenaire, l’État a mobilisé beaucoup de moyens. Sauf que la célébration, ce n’est pas du folklore. L’écriture de l’histoire aurait dû avoir sa place dans le Cinquantenaire. Pour le moment, seul le wali de Bouira nous a aidés en nous octroyant un siège pour notre fondation. Nous saluons son patriotisme et le quotidien Liberté pour son accompagnement.

Liberté  

 

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