INAS : Win ivghan Tamazight a-d-y-aru

Écrivez votre langue maternelle!

INAS : Win ivghan Tamazight a-d-y-aru Écrivez votre langue maternelle! L'association culturelle amazighe de Montréal INAS vient de clore son année scolaire en organisant une cérémonie pour récompenser ses élèves méritants en présence de leurs parents et des membres de la communauté qui se sentent toujours interpellés par la promotion  de la langue amazighe.

 

En ce 16 juin 2012, INAS a choisi le Centre Notre Dame Des Victoire, rue Pierre de Coubertin, à l'Est de Montréal, pour marquer la fin de sa troisième année d'enseignement de Tamazight.

Assurer la pérennité de la langue même au-delà de l'Atlantique

La communauté amazighe ne cesse de grandir au Canada et surtout au Québec. Concentrés en majorité à Montréal, les Imazighen en général et les Kabyles en particulier ont toujours manifesté leur désir d'enseigner leur langue maternelle à leurs enfants. Il y a eu des tentatives dans le passé qui n'avaient pas duré longtemps. Ramdane Achab, linguiste et militant de la cause amazighe a donné quelques cours dans les années 90. Il avait même conçu en 2002 un projet pédagogique à la demande de  l'association culturelle Tirrugza pour qu'elle le soumette au ministère de l'Éducation du Québec dans le cadre du programme PELO (Programme d'Enseignement des Langues d'Origine). Un rêve qui s'est évaporé à cause des critères un peu  drastiques du dit programme. En effet, il fallait avoir 15 élèves déclarés berbérophones au sein d'une école pour que la demande soit acceptée par la commission scolaire. Il se trouve que certains parents ne déclarent pas la langue maternelle de leurs enfants. Pis encore, selon certaines sources, ce sont ceux-là qui ont renforcé la langue arabe. Celle-ci serait en deuxième position après l'Italien au sein du PELO.

Inas, conviction et ambition

Une équipe de Kabyles, animée par la volonté d'enseigner Tamazight aux enfants notamment, a décidé de créer l'association INAS. Tout un projet à gérer et surtout à entretenir dans la durée, car quand il est question de contenu, les volontaires se compte sur les bouts des doigts.  Donc, Inas a su trouver les enseignements convaincus et convaincants pour mener à bien sa noble mission, loin de toute connotation folklorique ou populiste. Parallèlement aux ressources humaines, Inas a trouvé résidence au Centre des Loisirs Lajeunesse de Montréal chaque samedi matin. Aussi, pour alléger le fardeau des dépenses aux parents, elle a organisé deux galas bénéfice ces dernières années. Ajouter à cela, les dons qu'elle reçoit des âmes sensibles à cette question.

Apprentissage, cérémonie et reconnaissance

Depuis plus de trois ans que INAS s'applique avec abnégation dans l'enseignement de la langue amazighe aux enfants, mais également aux adultes. Ces derniers, même s'ils maîtrisent la langue oralement, ils ne l'écrivent pas- s'ils l'écrivent- selon les normes grammaticales. Donc, selon le président de INAS Merzouk Yacine, deux sessions accélérées pourraient leur suffire pour  s'habituer  à la grammaire standard. Aussi, lors du colloque organisé par le Centre Amazigh de Montréal sur la Kabylie et son avenir au centre Saint Roch le mois de mai dernier, l'enseignante Zahia Belaid rappelle l'importance d'inculquer la langue maternelle aux petits dans un contexte de diversité linguistique accrue. En effet, Madame Belaid, après avoir expliqué le processus pédagogique qu'a adopté INAS pour assurer l'apprentissage de la langue, insiste sur l'urgence d'aider l'association que ce soit sur le plan pédagogique (Outils d'enseignement) ou sur le plan financier pour que les enseignants puissent exercer leur metier comme il se doit.

INAS : Win ivghan Tamazight a-d-y-aru Écrivez votre langue maternelle!


Comme l'année scolaire tire à sa fin, INAS a organisé une soirée bon enfants d'abord pour encourager ses élèves qui se sont démarqués. Certains par leur rendement académique. D'autres par leur assiduité et leur comportement exemplaire. Ensuite, pour remercier les enseignants et les enseignantes qui ont donné leur meilleur durant l'année. Vient enfin le moment de mettre en évidence le rôle des parents qu'il ne faut pas omettre dans ce processus. Le fait qu'ils aient inscrit leurs enfants est en soi un signe d'implication dans la sauvegarde de l'identité de leurs ancêtres.

Tirer des leçons du passé : un peu d'histoire

Les ancêtres des Imazighen (Berbères) ont laissé un héritage saturé de génie, mais aussi d'échecs qui sont très souvent insurmontables. Ces échecs ont bousillé l'existence de leurs descendants et par la même occasion  hypothéqué leur avenir en tant que peuple et en tant que patrie. Donc, pour se faire plaisir et contrer leurs détracteurs,  les Imazighen de notre ère se réfèrent au passé lointain de Jugurtha, de Dyhia, de Saint-Augustin et même de Appulée pour prouver au monde qu'ils ont une civilisation. Pis encore, ils voyagent dans la mémoire des autres peuples ou du désert pour retrouver les traces glorieuses de leur culture, de leur identité et de leur langue. Ce qui n'est pas mauvais en soi. Cependant, avaient-ils vraiment besoin de prouver à qui que ce soit ce qu'ils ont été et ce qu'ils sont ? Le drame du peuple amazigh est qu'il s'est trouvé sur un territoire convoité depuis la nuit des temps. Et chaque envahisseur qui débarque, il devient par la force des choses une référence d'émancipation pour eux. Certains diraient que l'ouverture sur les autres est une bonne chose. C'est possible que ce soit vrai, mais pas au point de renier sa propre langue et sa propre identité. Des Romains jusqu'au Français en passant par les Arabes, la civilisation amazighe a eu des coups fatals. L'élite berbère se colle tellement à la culture dominante que Nietzsche a été poussé à traiter Saint Augustin d'esclave affranchi. Quant au reste de la population, il s'est renfermé sur lui-même tout en continuant à se méfier de tous les intrus. D'ailleurs, c'est grâce à cette partie du peuple que Tamazight est encore vivante. Elle a été sauvée par la transmission orale, par le mode de vie des villages, les chants et la poésie de nos artistes.

De l'oralité à l'écriture

Depuis le 19ème siècle notamment, des personnes éveillées comme Boulifa et Mouloud Mammeri ont décidé de prendre en charge l'écriture de Tamazight et son enseignement. Désormais, Tamazight commence à occuper l'imprimerie et les bancs des écoles et des universités. Même si c'est un peu timide, c'est  déjà un pas géant vers l'immortalisation de notre langue, notre culture et notre mémoire. Pour finir, on paraphrase un grand militant et  un fervent admirateur de Mammeri : "  Tous les Imazighen qui pensent être instruits parce qu'ils ont appris les langues des autres, ils sont en réalité des analphabètes puisqu'ils ne savent pas encore écrire leur propre langue ". À méditer !

Tanemirt INAS/ Merci !

Ce qui fait avancer les causes ou les gestes nobles est la reconnaissance des gens envers les acteurs et actrices qui les servent ou les posent. Toute l'équipe de INAS mérite tous les respects et toutes les aides. Il y a des hommes et des femmes qui ont donné leur vie, leur sang et leur jeunesse pour Tamazight. Les vivants, même s'ils ne peuvent pas activer, ils peuvent aider autrement. Tamazight est une affaire de tout un peuple.


Djamila Addar

Association INAS cloture  sa troisième année d'enseignement de Tamazight à Montréal, reportage photos.

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