Les Algériens indépendants, mais pas libres

Les Algériens indépendants, mais pas libresNombreux étaient les Algériens et Algériennes de Montréal venus écouter la conférence donnée par Omar Aktouf et Fodil Boumala au restaurant Riadh de Montréal. Le thème  de la table ronde, organisée par Médias Maghreb à l'occasion de son cinquième anniversaire, n'est autre que :

'' L'Algérie entre statu quo et changement démocratique''.

Les deux panélistes ont dressé un tableau noir de la situation qui sévit actuellement en Algérie. Leurs constats étaient alarmants. La ligne rouge, selon eux, a été franchie depuis longtemps.  La solution dépendra de plusieurs facteurs dont l'implication de l'intelligence, la démocratisation effective du champ politique, la gestion fructueuse du temps et l'exploitation réfléchie des moyens modernes de notre époque.

Le chaos

Venu spécialement d'Algérie pour cet évènement, Foudi Boumala, journaliste, conférencier, écrivain et fondateur et administrateur sur Facebook de Res Publica II ( espace de réflexion, de débat intellectuel, politique et culturel sur l'Algérie),  n'a pas été par quatre chemins pour résumer la situation du pays : " L'Algérie n'exploite ni les moyens modernes et ni le facteur temps pour avancer. Elle fonctionne sans une constitution crédible. Pis encore, le régime viole même celle qu'il a lui-même concoctée dans les coulisses. C'est un pays qui reporte perpétuellement ses problèmes ou à la limite qui suggère des solutions éphémères à l'essentiel. Nous avons un président invisible et tout le pays se repose sur la rente pétrolière ". Boumala insiste sur le fait qu'il n y a pas que le pouvoir qui est responsable de la dégradation de la vie en Algérie. La société algérienne dans sa globalité a aussi sa part de responsabilité dans le chaos. Un chaos qui a paralysé un pays qui aurait pu être parmi les plus développés de la région : " Nous sommes une société qui vit dans le passé, ce qui constitue un poids et un obstacle pour toute perspective d'avenir. Nous avons fait du passé une demeure. Notre crise est profondément structurelle et non pas conjoncturelle. La mentalité de la rente est devenue une pathologie collective ".

Le ''Je'' doit se transformer en ''Nous'' bâtisseur

Boumala souligne à l'assistance que la solution doit être impérativement collective et c'est le grand défi, voire le véritable enjeu pour l'Algérie d'aujourd'hui et de demain. Par ailleurs, il admet qu'il y a des réussites extraordinaires chez les Algériens, mais elles   demeurent individuelles. Selon lui, le miracle ne viendrait pas de l'extérieur : " Il est temps pour les Algériens de penser par eux-mêmes et de tenter de trouver eux-mêmes des solutions à leurs problèmes. Je suis comme vous. J'ai une opinion, mais je n'ai pas forcément de solutions. Il faut que les Algériens se parlent, débattent des questions sérieuses et se remettent en cause. L'absence de débat de fond a laminé les esprits. Quant à l'apport de l'État face à la crise, il dira tout simplement : " Je ne crois pas au changement qui proviendrait du pouvoir ". Le mode de fonctionnement de ce dernier remonte aux années 1960. Il est archaïque. Il est urgent de rompre avec ce régime et avec la mentalité de la rente. Il est primordial aussi de conjuguer les intelligences  individuelles pour asseoir un projet de société porteur basé sur un État de droit. La réalité est plus que flagrante : "  Nous sommes indépendants, mais nous ne sommes pas libres "

Les Algériens indépendants, mais pas libres

Omar Aktouf : un terroriste athée ?

Omar Aktouf, intellectuel québécois d'origine algérienne, professeur titulaire à HEC  Montréal, a été plus que tranchant : "  Le pouvoir algérien a fait de son peuple son propre ennemi ". Selon lui, le régime a joué avec le néolibéralisme sauvage à un point qu'il ne peut plus le contrôler ".Le dinar algérien ne vaut plus rien. L'économie de bazar a achevé le peu de productivité qu'avait le pays avant. Bref, l'Algérie a une économie sans valeur ajoutée.  Pis encore, ce régime a réussi à créer une société à son image en démocratisant la corruption, la violence, le vol et le clientélisme. Toute sa force est basée sur la ruse et le rejet systématique de l'intelligence. Tous les coups sont permis pour assurer sa pérennité au pouvoir. De la manipulation aux divisions parfois surréalistes, il a fini par dresser les Algériens, les uns contre les autres pour devenir par la suite, l'arbitre voire le sauveur. En un mot, il a mis son peuple hors jeu. Aussi, son expérience personnelle en Algérie en dit long. Intellectuel consciencieux, il n'avait pas supporté la dégradation qui rongeait son pays : "  On m'a foutu dehors, dira t-il. Si j'étais resté là-bas, a-t-il ajouté, je serais devenu un terroriste athée".

Deuxième République ?

Y'aurait-il un moyen pour l'Algérie de renaître de ses cendres? Serait-il possible d'aboutir à un changement radical et intelligent dans ce pays? Omar Aktouf pense que ce serait possible si l'Algérie optait pour le modèle allemand en terme économique. Elle évitera ainsi le point de non retour et surtout les bains de sang. Les Algériens ont assez souffert de toutes ces expériences hasardeuses voire non réfléchies. Pour ce faire, il est temps de céder la place à l'intelligence et à combattre les germes de la médiocrité et de la corruption.

Aucun citoyen ne doit vivre dans la non dignité.

Tous les Algériens qui se démarquent du schéma ou modèle imposé par  le  pouvoir sont condamnés à des pires sévices d'ordre moral ou physique. Les droits de la personne sont systématiquement bafoués et violés au vu et au su de la communauté internationale. Le peuple algérien continue de subir les conséquences d'une révolution confisquée, d'un terrorisme sanglant et surtout d'une corruption ''démocratisée''.

Les intellectuels algériens et le chaos

Ce qui définit les intellectuels, selon Gramsci, n'est pas tant le travail qu'ils font que le rôle qu'ils jouent au sein de la société. D'où la question quant au rôle des intellectuels algériens dans toute cette dynamique machiavélique qui a détruit le pays. Les deux intervenants parlaient des intellectuels organiques. Ils ont toujours été au service du régime que certains qualifient d'archaïque. Grâce à eux, les dictatures survivent comme dirait Ferdinand Mayega, journaliste et écrivain d'origine camerounaise, résident au Canada: " En un mot, ils sont devenus des ''intellectuels organiques'' (Antonio Gramsci) régressifs, qui se sont 'défroqués', ont mis leur raison en veilleuse, ont obscurci leur intelligence, ont rejoint la minorité des dominants, aux fins d´avaliser et de cautionner certaines turpitudes et tendances obscurantistes de ces groupuscules qui, pour survivre, torpillent la démocratisation et la démocratie; combattent, manipulent, oppressent et appauvrissent systématiquement, physiquement et structurellement les populations, les peuples et les masses ". De son côté, Omar Aktouf les qualifie ''d'idiots utiles'' pour reprendre les propos de Lénine. En fait, les vrais intellectuels sont soit partis ou marginalisés.  En somme, pour avoir une idée de cette élite, Omar Aktouf a repris la classification qu'a faite  Ferdinand Mayega de la diaspora africaine.  Il y a donc, des intellectuels complices avec les pouvoirs totalitaires, des indifférents et des rebelles.

En attendant le miracle…

C'est pour cela que l'avènement d'une deuxième République saura rompre avec les méthodes de l'actuelle qui a ruiné le pays et a écrasé le citoyen. Le respect de l'intégrité des Algériens est plus qu'urgent. Il doit être la trame de fond d'un projet de société orienté vers l'avenir, le progrès et la modernité. Qu'attentent les Algériens pour bâtir leur pays? Un homme providence peut-être?

 

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