CINQ JOURS APRÈS LE DÉBUT DES INTEMPÉRIES Les villageois crient leur détresse


Aux conditions climatiques très dures s'ajoute un sentiment d'abandon.

En haute montagne, les villageois n'arrivent pas à s'approvisionner.La situation devient de plus en plus inquiétante. Cinq jours après le début des intempéries, plusieurs localités sont toujours isolées, les vivres commencent à manquer, le gaz se raréfie et l'électricité n'est que partiellement rétablie. Se sentant abandonnées par les autorités, les populations crient au secours: «On est en train d'utiliser du bois pour nous chauffer. On économise le gaz butane et on coupe des madriers pour nous chauffer.» «On est abandonnés. Les villages sont complètement enclavés. Il n'y a ni gaz, ni pain ni autres produits alimentaires», s'est écrié Mohand, un villageois joint par téléphone. «Les populations sont livrées à elles-mêmes. Où sont les pouvoirs publics? On ne sait plus quoi faire si cette situation dure encore», dit-il affolé. Aux conditions climatiques très dures s'ajoute un sentiment d'abandon qui exaspère la détresse des villageois. H'cene, du village de Boumessaoud à 6 kilomètres de la commune d'Aghribs, ne contient plus sa rage: «Où sont ces autorités locales, où est ce chef de daïra qui n'a pas daigné se montrer. Il n'a même pas eu le courage de se rendre au moins dans un seul village pour lui témoigner sa solidarité. Nous sommes abandonnés par nos autorités.»

En haute montagne, les commerçants n'arrivent pas à s'approvisionner. «Nous ouvrons les routes à chaque fois pour permettre l'évacuation avec tous les moyens possibles des malades vers les hôpitaux», a indiqué Djafar, un citoyen de la commune d'Aghribs, dans la wilaya de Tizi Ouzou. La situation est d'autant plus grave pour les malades qui nécessitent une évacuation urgente: «Pour évacuer un enfant de 6 ans à l'hôpital d'Azazga, il a fallu recourir à un âne», témoigne Farid. «C'est dans le godet d'une pelleteuse qu'on a évacué une femmes enceinte sur le point d'accoucher», raconte Bachir du village d'Imsouhal. De nombreux villages en haute Kabylie sont presque «portés disparus» tant il est impossible de les joindre aussi bien par téléphone que par route. On cite l'exemple du village de Trirourda, Takhlidjt Ath Atsu, Ath Adellah, Zouvga, Tikilsa, etc., c'est l'apocalypse. En effet, à Iferhoune, Aït, Aïn El Hammam, Aït Ouacif, Ait Yanni, Aït Bouadou, Ouadhias, Aït Zikki, Bouzguène, Azazga, Ifigha, Yakourène, Aghribs dans la willaya de Tizi Ouzou, les habitants tentent les miracles avec tous les moyens pour «s'en sortir vivant». A Aghribs, dans la daïra d'Azzefoun, des villages entiers sont privés d'électricité, à l'image d'Ait Ouchène, Ibskriène, Imekhlef. Jusqu'à hier, les citoyens des montagnes de Kabylie demeurent coupés du monde. Même les communications téléphoniques ne passent plus. Des dizaines de routes nationales sont encore fermées à la circulation, compliquant l'accès à quelque vingt-six wilayas. Les routes nationales en question sont la RN15 et la RN30 reliant Tizi Ouzou à Bouira, la RN25 reliant Tizi Ouzou à Béjaïa, la RN68 reliant Tizi Ouzou à Boumerdès, la RN01 reliant la ville d'El Hamdania à Berrouaghia, la RN46 reliant Djelfa à Charef ou encore la RN65 reliant Tissemessilt à Aïn Defla. Comment expliquer cette situation quand on sait que les services de la météorologie n'ont cessé d'alerter depuis une semaine l'arrivée d'une vague de froid et de chutes de neige, comment expliquer que les plans Orsec des communes n'ont pas fonctionné? Il doit bien y avoir des responsables en charge de ces problèmes? Ce n'est pas la première fois que ce genre de défaillances est enregistré en raison du laisser-aller.

A la moindre chute de pluie, à la moindre rafale de vent, à la moindre secousse tellurique, c'est la catastrophe! Il faut bien un jour que ce lot de malheurs causés par le laisser-aller et l'irresponsabilité cesse! Le pire est à craindre car la situation risque de s'aggraver, l'Office national de météorologie (ONM) a diffusé un nouveau Bulletin météorologique spécial annonçant de fortes chutes de neige sur le centre et l'est du pays jusqu'à aujourd'hui.

La Protection civile qui a mobilisé près de 40.000 hommes, a procédé à près de 2000 interventions ces cinq derniers jours. «Nous avons sauvé 54 personnes d'une mort certaine. Vingt-huit wilayas sont sous la neige. La Protection civile a mobilisé 40.000 hommes depuis 4 jours. Nous avons procédé à une réquisition générale à travers le territoire national», a indiqué hier, le colonel Mohamed Khelaf, directeur de la coordination et de l'organisation des secours à la Protection civile, regrettant que 25 personnes ont perdu la vie à cause de ces intempéries. Parlant des dialysés bloqués chez eux par les fortes chutes de neige, le colonel Khelaf a dit qu'ils font tout pour aller les chercher même à dos de mulets parce qu'il s'agit de personnes en danger de mort, sans dialyse. «Il y a des priorités pour les secours. Malheureusement, nous ne pouvons pas répondre à toutes les sollicitations parce que la neige est sur des milliers de kilomètres», a-t-il regretté. A ce titre, il cite qu'«il y a 1500 villages dans les montagnes. Même la plus grande armée du monde ne peut satisfaire tous les besoins. Les fonctionnaires n'ont pas retrouvé leurs foyers depuis quatre jours.»

Deux hélicoptères seront reçus à la fin du mois et les quatre autres seront réceptionnés graduellement jusqu'à la fin de l'année. «Des appareils qui peuvent être déployés sur Annaba, Oran, Constantine ou ailleurs», a-t-il fait savoir.

l'Expression

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