LES ÉMEUTES SE MULTIPLIENT À TRAVERS LE PAYS


Les dangers d'un brasier mal éteint

LES ÉMEUTES SE MULTIPLIENT À TRAVERS LE PAYS Les dangers d'un brasier mal éteint Au moins 15 wilayas du pays ont connu des protestations dans la rue
Jamais depuis son indépendance, l'Algérie n'a connu un phénomène aussi prolongé. 365 jours d'émeutes!

Grèves, actions de protestation, manifestations, tentatives d'immolation par le feu: c'est ainsi que le tableau est brossé quotidiennement par les Une de la presse nationale. Il ne s'agit pas d'articles à mettre à l'actif du sensationnel bien connu des médias. C'est une sombre réalité qui ne s'estompe pas même avec la nouvelle année 2012.

Les observateurs politiques redoutent au moins deux conséquences qui peuvent être dramatiques aussi bien pour la crédibilité du pouvoir que pour l'avenir d'un pays. La première tient au spectre de l'abstention qui plane sur les prochaines élections législatives. Alors que les autorités promettent d'organiser des élections les plus transparentes possibles, ils risquent de prendre un coup par une abstention massive qui s'apparentera à une forme de protestation sociale.

Le deuxième risque tient à un vote sanction envers ces mêmes autorités. Cette deuxième éventualité ne sera profitable que pour la mouvance islamiste qui raflera ainsi la mise. Et à ce stade, il y aura un sérieux danger sur l'avenir même du caractère républicain de l'Etat. Pourquoi? Tout simplement parce que si les islamistes arrivent à gagner la majorité à la prochaine assemblée, ils vont peser de tout leur poids sur les grands axes de la nouvelle Constitution en préparation. Qui empêchera alors les islamistes, ainsi majoritaires, de façonner à leur guise la nouvelle Constitution et remettre en cause le caractère républicain de l'Etat? Il ne faut surtout pas compter sur l'Armée. Autres temps, autres moeurs. C'est dire que le danger est très grand. En attendant, les autorités demeurent sourdes et aveugles face à une avancée d'un péril certain. Au moins 15 wilayas du pays ont connu des protestations dans la rue depuis ces deux derniers jours, selon un décompte établi par le Conseil national de la Ligue algérienne des droits de l'homme, (Laddh).
L'extraordinaire c'est que ces actions ne sont pas circonscrites. On ne peut plus soutenir qu'il s'agit de telle ou telle autre région «connue pour être frondeuse et qui s'oppose à tout ce qui vient du pouvoir central».

Un cliché qui collait bien à la Kabylie. Non, cette fois-ci la Kabylie ne fait pas l'exception et la fronde touche toutes les régions du pays. De Constantine à Annaba, Guelma, Ouargla, Laghouat, Bouira, Msila, Chlef, Ghardaïa, El Oued, Batna et Tizi Ouzou ont connu des protestations citoyennes. Les demandes sont les mêmes: le logement, le revêtement des routes, de l'eau, du travail, des projets de développement, le transport scolaire ou encore dénoncer les promesses jamais tenues par les autorités locales, en somme une justice sociale et une vie digne.

L'extraordinaire c'est aussi la durée dans le temps de ces protestations. Jamais depuis son indépendance, l'Algérie n'a connu un phénomène aussi prolongé. 365 jours d'émeutes! Quelle est cette force politique qui a pareille capacité de maintenir incandescent le brasier social pendant une année si ce n'est un profond malaise social? On ne peut plus accuser des partis algériens de vouloir «déstabiliser l'Etat», on n'a plus l'argument de «la main de l'étranger» qu'on sert aux populations. De l'avis de tous les observateurs politiques et autres spécialistes des questions sociales, «c'est un problème de gouvernance et gestion». Ce sont en fait des signaux d'une population excédée par des conditions de vie difficiles, terrassée par la bureaucratie et exaspérée par la corruption. Le drame c'est que les autorités n'ont pas encore tiré les leçons de ces messages sociaux qui, à terme, peuvent avoir des conséquences graves si ce n'est déjà fait.

Si à chaque fois pour avoir un droit social, il faut brûler un peu, couper une route, fermer une APC ou prendre en otage des citoyens, les choses n 'en finiront jamais et on aboutira à terme à un Far West algérien. C'est que quelque chose s'est rompu. Il n'y a plus de contact, de communication saine entre la société et les autorités. Aucun président d'APC, chef de daïra, ou wali n'est capable de prétendre aujourd'hui que sa wilaya ou sa circonscription baigne dans la sérénité. Il y a de sérieux problèmes qui interpellent sérieusement les responsables de ce pays.

l'Expression

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