L’Algérie de demain pourrait-elle briser les tabous?


31ème anniversaire du printemps berbère

À  l’instar des autres régions du monde et  d’Afrique du Nord en particulier, les Berbères  de Montréal ont célébré le double anniversaire du printemps berbère de 80 et du printemps noir de 2001 par des fêtes, mais aussi par des conférences et rassemblement. Cependant, la célébration ne doit pas se limiter à ce genre de manifestations puisque Tamazight n’est pas encore décrétée officielle dans son propre pays. Au début des années 2000, le pouvoir de Boutflika a enchâssé Tamazight en tant que langue nationale dans la constituions algérienne. Enfin, l’État central réalise qu’il y a des Berbères au pays des Berbères! Le pouvoir l’a également intégrée dans le système éducatif, mais d’une façon optionnelle, alors que la langue arabe est obligatoire dans toutes les écoles à côté du français et de l’anglais Ce qui n’a pas  vraiment aidé Tamazight à s’épanouir ou à se propager. Pis encore, même les enseignants de cette langue ont un statut précaire. Ce qui est révélateur en soi.  Cette situation, au lieu de faire plaisir aux militants de la cause comme l’auraient souhaité ses instigateurs, a provoqué d’autres tsunamis dont la création du MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie et récemment le GPK (Gouvernement provisoire kabyle) présidé par le célèbre chanteur Ferhat Mhenni.  

C’est  dans ce cadre que Aissa Lamri, animateur de Montréal Labès à Radio-Centre-Ville, a invité ce samedi 23 avril certains membres de la communauté kabyle de Montréal pour donner leur avis sur la situation politique algérienne et essayer d’expliquer le projet de l’autonomie et le pourquoi de sa pertinence dans une Algérie rongée par une dictature des temps révolus. Après avoir résumé l’actualité qui sévit en Afrique du Nord et au Moyen Orient, Aissa questionne ses invités sur la situation algérienne et l’autonomie de la Kabylie sans aucune complaisance.  

L’état jacobin d’Alger a atteint ses limites, dira M. Lhacène, poète, écrivain, militant de la cause amazighe et ministre de l’Éducation au sein du  GPK. M. Ziani ainsi que d’autres membres de la communauté kabyle de Montréal se sont exprimés sur la commémoration du 20 avril 80, du printemps noir sur  et sur la question de l’autonomie de la Kabylie au sein d’une Algérie nouvelle.

Tout le monde sait que l’Algérie va mal. Le peuple algérien ne supporte plus de continuer à faire semblant de vivre et surtout ne veut plus continuer à vivoter dans une impasse au nom de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale ou encore des piliers de la pensée unique arrêtés par un groupe de  putschistes  depuis l’indépendance du pays. Cependant, les moyens de faire changer les choses en Algérie ne font pas l’unanimité au sein même de la classe politique et encore moins au sein de la population. Certains ont peur des Kabyles, d’autres du retour des  islamistes, pendant que certains milieux préfèrent le statu quo pour continuer à faire des affaires. Dans ce genre d’ambiance, le pouvoir algérien ne peut que se réjoui puisque tous les facteurs lui assurent encore d’autres années à la tête d’un pays riche qui appauvrit son peuple.

Les intervenants insistaient sur le fait qu’ils n’ont rien contre les autres régions d’Algérie ou les Arabophones algériens. Samir Harhad dira sur ce point : «Nos parents sont morts pour cette Algérie, jamais je ne la renierai. L’avenir de ma Kabylie est prioritaire pour moi. Il faut que je la construise à ma manière. L’Algérie m’appartient, mais en tant que kabyle et algérois, j’ai constaté qu’il y a trop de racisme entre nous. C’est pour ça, j’ai remis en cause tout ce que j’ai vécu avant. Maintenant, je suis militant acharné de l’autonomie de la Kabylie qui apportera beaucoup de positif pour nous. Ce pouvoir casse tous les mouvements démocratiques. Donc, le combat doit continuer. Les Kabyles doivent prendre en charge leur avenir.»  Kamal Serbouh, président du CAM (Centre Amazigh de Montréal), de rajouter : «Ce n’est pas une attaque contre les Arabophones algériens, du moins, pas pour moi. Le 20 avril est un symbole de notre culture et de notre identité. Nous, en tant que Kabyles, nous ne baisserons pas les bras tant que les criminels qui ont assassiné nos frères en 2001 ne soient pas jugés.»  Lyazid Laliam de son côté met en évidence l’apport du printemps berbère dans le processus des luttes algériennes : «Le printemps de 80 a  cassé le carcan de la peur.  Le Kabyle qui parlait sa langue maternelle dans l’espace public était passible de poursuites judiciaires, voire de la prison  avant 1980»  Ce que Aziz Fares a confirmé puisqu’il a vécu ces évènements de l’intérieur : «j’ai vécu ces événements comme tout algérien et tout kabyle.  Le printemps berbère était un déclic et le verrou de la peur a sauté.  Je ne suis pas membre d’un mouvement politique ou partisan,  mais je suis sympathisant de toutes ces actions, je suis kabyle. Je suis de tout coeur avec vous.»

Les interventions des auditeurs tournaient autour de l’autonomie, ce spectre qui diviserait, selon certains, l’Algérie pour laquelle tant de sang a coulé. Certains n’ont rien compris ou font semblant de ne rien comprendre. D’autres, même kabyles, refusent de se séparer de l’Algérie. M Ziani dira qu’il est temps de dépasser ce paternalisme politique. Chaque génération doit faire sa part : «Si nos parents avaient combattu pour une Algérie libre. Moi, je veux lutter pour une Kabylie autonome. La cause berbère ne date pas d’hier. Il y a eu  la crise dite berbériste de 49 au sein du MTLD. En 80 l’identité a conquis l’espace public, en 88, on a eu le multipartisme et on croyait que Tamazight allait s’inscrire dans le processus démocratique en perspective. Malheureusement, on a constaté que le RCD et le FFS n’ont jamais eu un député en dehors de la Kabylie. Et puis, l’autonomie ne signifie pas indépendance. Dans notre projet, il est question de l’autonomie de gestion du quotidien. On veut être dirigé par des élus locaux, pas par les parachutés du pouvoir. L’armée, la monnaie et les Affaires Étrangères vont demeurer, quant à elles, nationales.» Aissa pose enfin la fameuse question sur la carte d’identité kabyle. Ziani  confirme d’abord son existence avant de préciser : « Ses attributs sont ordinaires. C’est une identification à cette région pour voter un jour.» L’identité kabyle, ajoute Samir, est : «un berceau de naissance, une langue, une culture que ni l’arabe, ni l’Islam n’ont réussi à assimiler. La Kabylie est restée elle-même. Cette région demande l’autonomie pour son existence.»

Enfin d’émission Aziz Farès a annoncé la publication par les Éditions Le  Terroir d’un recueil de poésie  de Ziad Meddour, un enseignant de français palestinien qui vit l’enfer à Gaza. Une belle pensée arabe en français dira-t-il avant de rajouter : «Les Kabyles veulent parler en kabyle, ils ont un mode de pensée algérien.»

Le débat s’est déroulé dans une ambiance agréable et parfois drôle, ce qui fait souvent défaut aux Algérien quand il est questions de sujets aussi sensibles. Ce qui est ressorti de l’échange et des interventions des auditeurs est bel et bien un sérieux problème de communication et un terrible manque d’informations. Et ces lacunes doivent être comblées par un travail de proximité réfléchi de la par des partisans de l’autonomie. Un travail drastique sur le plan pédagogique les attend. Mais, quelle est notre mission aujourd’hui en tant que Kabyles?  Chaque Kabyle doit se regarder dans une glace  et y répondre.

Djamila Addar

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