la manifestation de la CNCD sera-t-elle réprimée ou tolérée ?


19 février : une marche décisive

19 février : une marche décisiveÀ voir le dispositif de sécurité déployé, depuis hier, à Alger, et les rumeurs colportées quant à d’éventuels affrontements, il est à craindre que les pouvoirs publics soient, encore une fois, tentés de recourir à des procédés dangereux. À moins d’un sursaut de responsabilité.

C’est une marche pacifique décisive que compte organiser, aujourd’hui à 11 heures dans la capitale, la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), regroupant syndicats, organisations de la société civile et partis d’opposition. Décisive, parce qu’après avoir été empêchés le 12 février par la police de battre le pavé à Alger, même si le mur de la peur a été brisé, les partisans de la Coordination veulent, cette fois-ci, réussir leur pari pour prouver à la face du monde qu’ils peuvent mobiliser des foules – pour peu, bien sûr, qu’on ne leur mette pas les bâtons dans les roues – mais surtout pour crier leur soif de changement.

Au lendemain de la condamnation par les grandes puissances de la répression de la marche pacifique de samedi dernier et du rappel des autorités algériennes au respect du droit des Algériens à manifester, la Coordination a lancé un appel aux citoyens de tous les segments sociaux à rejoindre massivement la manifestation. En même temps, plusieurs mouvements de protestation menés par des chômeurs, des étudiants et même des greffiers, se sont déclenchés dans plusieurs régions du pays, alors que le Cnapest a appelé à une grève pour le 2 mars dans les lycées. C’est dire que la position des grandes puissances occidentales sur la situation algérienne a quelque peu requinqué les forces du changement qui semblent décidées à faire aboutir leurs revendications. A contrario, les autorités algériennes, elles, ont paniqué après cette sortie “inattendue” des plus importants partenaires étrangers du pays qui les ont habitués à plus de complaisance. Une réunion de l’Alliance présidentielle a été provoquée dare-dare mercredi 16 février pour crier en chœur à l’ingérence étrangère dans les affaires internes du pays.
“Je dirai aux partis qui nous donnent des conseils de l’étranger que nous n’entendions pas leurs voix quand notre peuple se faisait égorger”, assène Ahmed Ouyahia, avant de s’écrier que l’Algérie “ne se soumettra pas aux ordres venus de l’étranger”. Et tout en chargeant “les tenants de la fitna, de l'anarchie, du pourrissement et du désespoir” à qui ils reconnaissent, en même temps, la liberté de “s’exprimer” , les trois partis composant le gouvernement admettent toutefois “la justesse et la légitimité des revendications des citoyens”. Mieux, plusieurs annonces ont été faites : levée de l’état d’urgence avant la fin du mois en cours, la prise de décisions en vue d’enrayer le chômage, la crise du logement, etc.
Et pendant toute la semaine, des attaques en règle, appuyées notamment par certains journaux qui brillent par leur “vulgarité”, pour reprendre une expression du RCD, ont été menées contre ce parti, un animateur de la Coordination parmi d’autres, le but d’une telle campagne étant, à l’évidence, de provoquer des fissures au sein de cette structure.

Cette levée de boucliers contre l’ennemi extérieur, conjuguée à des gestes en faveur de la population, est, à ne pas s’y tromper, le signe d’une grande panique qui s’est emparée du régime appelé à se soumettre à une dure épreuve ce samedi. C’est pourquoi tous les regards sont tournés vers lui et d’aucuns s’interrogent sur l’attitude qu’il va adopter face aux manifestants. Laissera-il les animateurs de la Coordination organiser normalement leur action de protestation ? Réprimera-t-il la marche comme il l’a fait la dernière fois avec le coût politique que l’on sait ? La riposte du pouvoir s’appuiera-t-elle sur le recrutement de jeunes désœuvrés des quartiers et leur conditionnement contre les manifestants ?
À voir le dispositif de sécurité déployé depuis hier dans la capitale, et les rumeurs colportées quant à d’éventuels affrontements suscités, il est à craindre que les pouvoirs publics soient, encore une fois, tentés de recourir à des procédés dangereux. À moins d’un sursaut de lucidité et de responsabilité.

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