Sit-in hier des enseignants contractuels

EL WATAN 31/07/2008

Sit-in hier des enseignants contractuelsLes manifestants matraqués


Sale temps pour les enseignants ! », s’est exclamé hier un citoyen qui venait d’assister à une scène des plus révoltantes et rebutantes. Oui, le spectacle n’était pas digne d’une Algérie qui se dit respectueuse de son élite.

Hier, les enseignants contractuels ont été malmenés et brutalisés, des représentants de partis politiques, d’organisations syndicales et des photographes maltraités, bousculés et empêchés de travailler par des policiers déchaînés, venus en force disperser la foule. Une foule composée de représentants de syndicats autonomes tels que le Satef, le Cla, le Snapap, le Cnapest, des représentants du FFS, du MDS et du CCDR, et également des représentants de la société civile. Un dispositif de sécurité impressionnant a été déployé pour quadriller toute l’avenue menant au ministère de l’Education nationale.

« dégagez d’ici ! »

Les manifestants se sont donné rendez-vous à hauteur du lycée Descartes et n’ont pu malheureusement bouger de cet endroit, vu l’acharnement des policiers qui ont reçu pour ordre d’empêcher quiconque de rejoindre le département du doyen des ministres. Des casques bleus et des policiers en civil ont usé de tous les moyens pour remballer les contestataires. « Dégagez d’ici, ou alors je vous embarque tous au commissariat », a lancé à l’égard des manifestants un policier en colère. Ce dernier a donné ordre à ses éléments de disperser tout le monde. « La donne et les instructions ont changé maintenant, je ne ménage personne, renvoyez ces gens chez eux, je ne veux plus d’attroupement », a lancé l’officier à ses agents. Ces derniers exécutent. Des syndicalistes ont alors tenté d’expliquer aux policiers que leur manifestation était pacifique et qu’il s’agit là d’une ultime tentative de renouer le dialogue entre les grévistes et la tutelle. « Nous ne voulons pas d’affrontement, nous aimerions juste nous rendre au ministère pour demander à M. Benbouzid d’ouvrir des négociations avec les enseignants contractuels », expliquent les membres de la délégation. Mais, imperturbables, les policiers repoussent les manifestants et leur demandent avec insistance de vaquer à leurs occupations. « Vous, les femmes, rentrez chez vous. Ne nous rendez pas la tâche difficile. Vous seriez mieux dans vos cuisines », a suggéré un policier aux enseignantes.

« LÂCHEZ-MOI, JE NE SUIS PAS UN TERRORISTE »

Le ton monte des deux côtés et les policiers décident de passer à l’acte en arrêtant de manière honteuse deux enseignants affiliés au CLA. « Lâchez- moi, je ne suis pas un terroriste », crie l’un d’entre eux. Conduits au commissariat, les deux syndicalistes ont été relâchés. Cette situation a laissé perplexes les personnes qui ont fait le déplacement pour apporter leur soutien aux manifestants. « Les policiers ont fait dans l’excès de zèle », fait remarquer un enseignant. M. Brerhi, du CCDR, a tenu à dénoncer ces agissements. « Il y a danger de mort, est-ce que les hauts responsables ne se rendent pas compte de cette situation. Il faut donc engager un dialogue avec les concernés pour trouver une solution. On ne cherche pas d’affrontement, c’est une action pacifique. Les policiers ont reçu des instructions, veut-on le pourrissement ? », s’est interrogé Brerhi qui ne comprend pas « comment un ministre qui veut introduire la démocratie dans l’école algérienne autorise le passage à tabac des enseignants qui ne revendiquent qu’une entrevue avec lui ? », regrette-t-il.

Le représentant du MDS qualifie d’incorrect le comportement des pouvoirs publics qui, d’un côté, permettent aux familles de disparus de manifester dans la rue et, de l’autre, empêchent les enseignants d’observer un sit-in. Addad du FFS n’est nullement surpris par l’attitude des autorités, qui veulent « achever » les grévistes. Ces derniers estiment qu’après cette tentative de médiation, tous les recours seront permis, y compris celui de saisir les instances internationales pour trouver une solution. « Nous n’avons rien à perdre. Lorsque vous ne percevez pas votre salaire pendant trois ans, vous êtes déjà mort. Lorsque vous travaillez pendant quatorze ans et qu’on vous met à la porte sans aucune argumentation valable, il y a un problème et un problème sérieux. C’est de l’ingratitude ! », lance avec rage un enseignant contractuel.
Le combat des enseignants contractuels « est une étincelle qui risque rapidement de devenir un brasier », a averti M. Saadali du Satef. Les grévistes ne comptent pas baisser les bras : « Nous irons jusqu’au bout d’autant plus que nous sommes déjà morts. » Cette phrase nous renseigne sur l’état d’esprit des grévistes.
 

par Nabila Amir

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