Carnet de voyage Alger-Adrar

20 heures de route

LIBERTÉ 02/08/2008

CARNET DE VOYAGE ALGER-ADRAR Après 20h de route, d’Alger à Adrar, nous avons traversé notre pays, mais la diversité de son climat et de ses reliefs nous indique comme si nous avons sillonné tout un continent.
Il est midi et demi, et Alger suffoque encore sous l’effet de la chaleur armée d’humidité et des bruits assourdissants des moteurs. Nous nous trouvons sur le quai de la gare routière des Caroubiers attendant le bus qui nous prendra en destination de la capitale du Touat.

C’est à 13h que ammi Achour, le chauffeur, a engagé sa première vitesse pour regagner l’autoroute. Le bus qui traversera le pays du nord au sud sur une distance exacte de 1 543 km est neuf et climatisé. Les voyageurs, dont la majorité fait ce trajet en moins 2 fois par an, sont tous  munis d’eau minérale, de limonades et de nourriture pour le voyage.  Nous empruntons la route, direction la ville des Roses, Blida. Après c’est aux gorges de la Chiffa de nous accueillir par  ses beaux sites et ses chutes d’eau. L’endroit nous a éblouis. En quittant la Chiffa à travers ses tunnels où les transporteurs s’amusent à donner de longs coups de klaxon, nous entrons  les limites de Médéa qui ouvre les portes des Hauts-Plateaux. Par Berrouaghia, ville plus connue par sa prison, nous avons effleuré le chef-lieu de wilaya. Puis la commune de Ksar Boukhari par laquelle nous avons quitté la wilaya distrayante au milieu des vergers. Dans le bus, l’ambiance commence à prendre forme, fini ces comportements d’inconnu à inconnu, l’esprit algérien retrouve ses racines et la familiarité entre les passagers prend naissance. Quelqu’un demande à son voisin s’il veut prendre de l’eau fraîche : “Merci, j’ai en ma possession.” Et lui rétorque : “Viens prendre un peu de cette eau tant qu’elle est fraîche !” C’est ainsi que l’Algérien retrouve sa véritable nature. Alors qu’un jeune couple avec leur petit bébé ne trouve plus les mots pour remercier la bonhomie des voyageurs qui dorlotaient leur petit enfant.  La musique n’est qu’approximative par respect aux familles.
C’est par la ville du bon rôti, Aïn Oussera, que nous pénétrons la capitale des Ouled Naïel. Djelfa apparaît comme une malheureuse en voyant ses collines et ses plaines taries par la sécheresse. Elle ne sait que faire en voyant ses colonies de moutons “Enaïli” revues à la baisse à cause du manque flagrant de pâturages. Djelfa est rarement connue comme la première porte du désert. Mais avec l’avancement du désert, elle se trouvera dans les prochaines années aux premières loges. En quittant la capitale des Hauts-Plateaux du Centre, c’est au tour de Laghouat de nous accueillir. La ville, qui est bâti sur les rives de Oued Mzi, est en perpétuelle mutation. Elle est la ville des intellectuels et des poètes. C’est à 20h précises que nous avons atteint le chef-lieu de wilaya, et le bus n’a pas tardé pour s’enfoncer dans la gare routière afin de prendre de nouveaux prétendants au voyage vers le désert. Une halte de 10 minutes, des besoins rapidement assouvis et quelques taffes de cigarettes et le voyage reprend son cours. Le calme est maître des lieux à l’intérieur du bus, la lumière du jour cède devant l’obscurité de la nuit, la route s’embellit, avec les va-et-vient des phares des véhicules, ça ressemble à des perles de lumières. À quelques kilomètres avant d’atteindre  Hassi R’mel, la lumière des torches des champs de gaz illumine le ciel tel un crépuscule annonçant le beau temps du lendemain. 

Il est près de 22h et le poids du voyage commence à se faire sentir. Ami Achour, tel un aigle en haut de sa crête, scrutant la route dans ses moindres détails et mouvements.  Une demi-heure plus tard nous arrivons à la première ville de la wilaya de Ghardaïa.  Le bus continue sa route vers le relais routiers où les voyageurs prendront une bonne pause et dégusteront un bon plat chaud de nourriture. Le mouvement est particulier avec la gaieté du gérant et la bousculade des voyageurs. Le klaxon du bus retentit, annonçant  le départ. Les voyageurs sans trop tarder rejoignent leur place et le bus poursuit son petit bonhomme de chemin. En un quart d’heure, la ville des M’zab nous offre un paysage d'une beauté inouïe, une oasis épaisse où s'élèvent fièrement des palmiers centenaires. L’architecture de Ghardaïa est exceptionnelle, elle éblouit à l’œil de l’amateur et du profane. Et Beni Yezguène garde encore ses traditions séculaires qui ont permis à Ghardaïa de garder son visage pittoresque et spécifique. Le bus continue sa route pendant quatre longues heures pour arriver à Ménéâ (ex-El-Goléa).
Il est 2h du matin et la ville de Ménéa enfonce dans un long sommeil. Notre unique halte s’est faite au niveau de la station de services. Le bus fait son plein de gasoil et les voyageurs se dégourdissent les jambes et profitent pour griller une cigarette. Encore un coup de klaxon pour retrouver son siège et continuer les 360 km qui nous séparent de l’oasis Rouge. Dans un peu plus de 4h de route, nous atteindrons la ville de Timimoun. Dans le bus, on entend  quelques bribes de paroles partagées entre les passagers. Et le chauffeur écoutait la musique d’une manière approximative puisque le volume des baffles est baissé pour ne pas perturber le sommeil des voyageurs. L’aurore pointe à l’horizon et la ville érigée près de l’erg occidental nous accueille.
Il est un peu plus de 6h du matin et les rues de Timimoun vivent déjà au rythme du nouveau jour. Des fonctionnaires qui attendaient le bus pour rejoindre leur lieu de travail au chef-lieu de la wilaya. Des commerçants étalent leurs marchandises et des cafetiers attendent l’arrivée des voyageurs. Nous avons siroté nos cafés tout en profitant des derniers instants de fraîcheur matinale. La journée s’annonce chaude puisque le voile de brume blanchâtre couvre le ciel, c’est ainsi qu’une journée torride s’annonce dans le désert. Sans trop tarder, le bus reprend la route pour atteindre notre destination.
À 9h tapantes, la ville d’Adrar apparaît avec ses demeures rouge ocre, son chapelet d’oasis et son ensemble de ksour. Rien qu’en la voyant, Adrar charme plus d’un. Malgré l’ardeur de son climat, la capitale de Touat vous enserre avec le  calme qu’elle sait si bien offrir.

Après tout juste 20 heures de route, d’Alger à Adrar, nous avons traversé un pays, mais la diversité de son climat et de ses reliefs nous indique comme si nous avons sillonné tout un continent. Malgré toute sa distance parcourue et des villes découvertes, il reste encore 16 heures de route vers Bordj-Badji-Mokhtar et 18 heures vers Tamanrasset pour atteindre la limite des frontières du pays.
 

par L. Ammour

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