Les specialistes accordent un surcis de 15 ans

 L’Algérie risque de perdre toutes ses compétences

L'Expression 02/08/2008 LES SPÉCIALISTES ACCORDENT UN SURSIS DE 15 ANS

Malgré les conditions alléchantes qu’offre la confortable situation financière de l’économie algérienne, les investisseurs ne se bousculent guère au portillon.

C’est ce qu’a déclaré, hier, le président de l’Agence algérienne des ressources humaines. D’ici une génération, un quart de siècle, l’Algérie sera vidée de ce qu’elle a de plus précieux: sa matière grise, sa jeunesse. Deux éléments qui constituent la sève indispensable à son développement. A sa croissance. Celle qui doit la sortir de cette éternelle «
adolescence» et la conduire à la maturité.

L’Algérie est-elle condamnée à faire sans cesse appel au savoir-faire étranger? A se draper dans cette lancinante stratégie de transfert des technologies. L’absence d’une économie créatrice de richesses a mis à nu l’inefficacité d’un projet d’industrialisation à peine balbutiant. Malgré les conditions alléchantes qu’offre la confortable situation financière de l’économie algérienne, les investisseurs ne se bousculent guère au portillon.
Et les quelques investissements qui ont pu se concrétiser ne lui ont guère profité. Le président de la République l’a fait remarquer sévèrement lors de sa rencontre avec les présidents d’APC, le 26 juillet. Les 125 milliards de dollars de réserves de change ne constituent donc pas l’arme redoutable tant espérée pour propulser vers la modernité et le développement. Pire, cela n’arrive plus à convaincre les jeunes Algériens d’un avenir dans leur propre pays. La fuite s’organise. Le phénomène «harraga» s’amplifie. Plus de 60 jeunes ont été encore interceptés à Annaba sur des embarcations artisanales d’infortune, ce week-end. Partir, partir à tout prix.

Le phénomène touche toutes les couches de la société, pas uniquement celles dont les horizons sont bouchés. Celles qui estiment que leur avenir est ailleurs. Le malaise est partout. Il est au coeur même de la société algérienne. «D’ici à 25 ans, l’Algérie aura perdu toutes ses compétences», a déclaré sur les ondes de la Radio nationale, le président de l’Agence algérienne des ressources humaines, M.Ahmed Mena, qui s’exprimait sur la Chaîne III, a fait ce constat pour le moins alarmant, sinon annonciateur de conséquences dramatiques sans aucun détour. Il a, pour la circonstance, avancé des arguments qui tiennent la route.

L’état de déliquescence dans lequel se trouve aujourd’hui l’université algérienne, l’absence de laboratoires de pointe qui puissent permettre aux scientifiques de mener à bien leurs travaux et à la recherche de connaître un véritable essor, expliqueraient cet exode à venir, selon le président de l’Agence algérienne des ressources humaines. L’Algérie aura-t-elle donc échoué dans le projet qu’elle s’est fixée de retenir ses compétences? Le chef de l’Etat avait pourtant attiré l’attention sur ce point si important. «Le plus grand défi que nous devons relever aujourd’hui est la bonne gestion des ressources humaines, qui reste un acquis stratégique, à travers l’orientation et la formation du capital humain», avait déclaré Abdelaziz Bouteflika, le 19 mai 2008, à l’occasion de l’ouverture des Assises nationales sur l’enseignement supérieur et la recherche scientifique. Est-ce déjà l’échec avancé?
Alors que nos ministres redoublent de déclarations et de promesses pour tenter de faire revenir les compétences algériennes établies à l’étranger, force est de constater que plus de 80.000 diplômés ont quitté le territoire national depuis 1979. Les universitaires et chercheurs, toutes spécialités confondues, qui s’exilent tous les ans à destination du Canada uniquement, sont estimés à 5000. Si l’on rajoute à tout cela le manque de considération et de valorisation nécessaires à l’épanouissement de la «matière grise» algérienne de la part des pouvoirs publics, l’affaire semble entendue. L’hémorragie n’est pas près de s’arrêter. A moins qu’on n’opte pour la criminilisation de la fuite des cerveaux comme c’est devenu le cas des harragas.

 

par Mohamed TOUATI

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