LES TEXTES TRADUITS DU FRANÇAIS SONT LA RÈGLE


La culture amazighe occultée à l’école

La traduction des oeuvres universelles pour rattrapper le retardLes concepteurs des manuels scolaires amazighs recourent à la facilité. Les auteurs français accaparent 20% des textes.

Les Berbères veulent traduire davantage d’ouvrages. C’est le secrétaire général du Haut Commissariat à l’Amazighité, Youcef Merahi qui a plaidé en faveur de ce procédé lundi dernier à Mostaganem en appelant à traduire la littérature algérienne et universelle vers la langue amazighe, pour contribuer à son développement et son ouverture sur les autres langues.

Or, cet objectif est loin d’être atteint si l’on se réfère à une étude publiée dans Timmuzgha, la revue du même Haut Commissariat à l’Amazighité dont Youcef Merahi est membre du comité de rédaction. L’article signé par Habib-Allah Mansouri, intitulé «A propos des textes de lecture dans les manuels scolaires amazighs du cycle moyen», fait ressortir que cette traduction conduit à le représentation de la culture amazighe par des auteurs français.
«Comme nous pourrons le constater, la culture amazighe est représentée par un Français», écrit-il, car les textes de Prosper Mérimée dominent à 20,93% les textes du cycle moyen. Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri et Taos Amrouche ne représentant ensemble qu’à peine 25%.

L’auteur de l’étude constate que cette situation dure depuis 2003. Il regrette aussi l’absence de plusieurs auteurs «dont l’apport à notre langue et culture est plus qu’important». A ce titre, il cite Bélaïd At-Ali, Salem Zénia et Bensdira.
D’autres auteurs d’une importance primordiale, même s’ils sont cités leurs oeuvres restent sous-exploitées à l’instar de Brahim Zellal, Amer Mezdad, Rachid Alliche et Saïd Boulifa, est-il ajouté.
«Les concepteurs des manuels ont opté pour la facilité en recourant systématiquement à la traduction des textes français», ajoute l’article. Ce n’est qu’en utilisant des textes authentiques que l’amazigh pourra devenir l’égale des grandes langues écrites et reconquérir toutes ses fonctions sociales perdues à cause «de sa marginalisation et de sa stigmatisation qui n’ont pas encore disparu en Algérie», poursuit l’auteur. Le témoignage de l’ancien président algérien illustre ce constat.
Cette carence est maintenue malgré le fait que la spécificité de tamazight soit soulignée dans les textes accompagnant les programmes pour le cycle moyen. Il se trouve que les objectifs qu’on lui a assignés (la langue) versent tous dans l’objectif global de l’enseignement des langues en Algérie (l’arabe et le français), est-il poursuivi.

«Les concepteurs des programmes ont une vision monolithique de l’enseignement des trois langues, malgré les assertions que nous retrouvons dans l’introduction générale qui octroie à chacune d’elles un objectif global spécifique», assène Habib-Allah Mansouri, lui-même enseignant. Il élabore un tableau mettant en exergue la dominance de la traduction et le recours à la confection de textes. Sur l’ensemble des textes proposés, 47,91% ont fait l’objet de traduction. A cela s’ajoutent 32,81% de textes qui sont créés ou fabriqués, ce qui fait que 80,72% ne sont pas authentiques.
«Lorsque nous constatons que le genre littéraire le plus dominant dans notre langue, à savoir les contes et les fables, n’apparaît presque pas dans les textes enseignés, alors que nous trouvons dans le premier projet du manuel de la deuxième année que quatre contes sur six sont des traductions et qu’un des contes, Tiwkilin, existe dans le manuel de la première année de langue française sous le titre de La fée, là nous devons nous poser des questions sur les raisons d’une telle démarche», s’insurge-t-il.

Sans omettre d’ajouter que l’enseignement de tamazight est pensé de la même manière que celui des autres langues enseignées en Algérie, notamment le français. Conduisant à penser que les Berbères sont considérés comme des indigènes. Ce sont les méthodes d’enseignement des langues étrangères qui leur sont appliquées.
C’est la même méthode appliquée en faveur des Noirs américains pour apprendre l’anglais. «Pourrions-nous oser le terme de facilité?», s’interroge l’auteur. «Ces concepteurs des manuels cherchaient-ils la facilité en recourant à la traduction?»
La réponse est aisée à trouver. Cette approche reste selon nous nuisible car toutes les compétences installées chez nos apprenants, c’est-à-dire cet ensemble de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être acquis par les apprenants et que ces derniers devraient être capables de mobiliser dans des situations scolaires et non scolaires, vont être mises au profit du français et de l’arabe étant donné que tamazight a subi une régression presque totale de ses fonctions sociales, est-il ajouté.

L'Expression

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