MAIRIE DE TIZI OUZOU


l’Etat civil saccagé par les citoyens

l’Etat civil saccagé par les citoyensPlusieurs tentatives d’améliorer les conditions d’accueil ont échoué pour des raisons obscures.

Les événements se précipitent à la mairie de Tizi Ouzou. Hier, c’était une atmosphère de guerre qui régnait devant les guichets de l’état civil. Les citoyens, doit-on préciser, ne se comptent pas par dizaines mais par centaines, voire par milliers. Durant toute la journée d’hier, la présence policière était très visible. Ils étaient là pour préserver l’ordre. Car, durant la matinée, des événements graves ont eu lieu. Les guichets de l’état civil ainsi que les bancs en acier faisant office de chaises ont été saccagés par des foules de citoyens en colère. Les heurts ont fait trois blessés avant l’intervention des policiers dépêchés sur les lieux. Le chef de daïra de Tizi Ouzou, de son côté, s’est rendu sur les lieux pour discuter avec la population et les employés. Le travail n’a repris que peu avant midi.

Dans le hall d’attente, le climat était très tendu. Les agents de sécurité circulaient parmi les foules lassées d’une attente qui durent, pour certains, des mois et des mois pour un seul document. La présence policière était également fort remarquable. «Je viens ici depuis le début du mois de Ramadhan, je reçois la même réponse qu’il n’y a pas de formulaires. Ce n’est pas à moi de les imprimer, nom de Dieu!», s’écria un citoyen. Toutes les discussions convergeaient vers le même constat. «Ce n’est plus de la bureaucratie, c’est maintenant clair, c’est du mépris vis-à-vis des citoyens. Il y a ici des gens qui veulent délibérément faire souffrir les populations», constatait tristement un autre, la soixantaine. Les avis sont unanimes à travers toute la ville. La colère est grande. Les dérapages se feront certainement plus nombreux dans un futur proche. On est au bord de l’explosion.

En effet, la situation est calamiteuse à la mairie de Tizi-Ouzou. Un ancien maire en cavale pour des affaires de détournement de foncier et faux et usage de faux. Des assemblées élues qui ne parviennent jamais au terme d’un mandat. Un état civil légendaire par sa bureaucratie. Une seule mairie pour plus d’un million d’habitants. Une urbanisation anarchique de la nouvelle ville qui a nécessité la construction d’une autre ville nouvelle à Oued Fali. Des trottoirs squattés par des commerces illicites dans toute la vieille ville. Un transport urbain chaotique. Des ordures dans chaque recoin de rue. Et la liste est longue...
Pourtant, selon certaines sources, plusieurs tentatives pour améliorer les conditions d’accueil des citoyens ont échoué pour des raisons obscures. Deux essais pour l’informatisation des services de l’état civil ont buté sur des pratiques louches. Par deux fois, deux lots de micro-ordinateurs ont disparu avant d’être utilisés pour le même objectif. Ces échecs de modernisation ont fatalement conduit à la situation d’hier et de celles, plus graves, à venir...

Certains juristes, qui ont préféré gardé l’anonymat, imputent cet état de fait à certaines dispositions de lois en vigueur dans notre pays. Le cas de la mairie de Tizi Ouzou illustre, selon eux, parfaitement cette lacune. Recevant quotidiennement, pour inscription, les naissances de la clinique régionale Sbihi- Tassadit, les services d’état civil sont contraints à délivrer des actes pour des citoyens de plusieurs wilayas. Nés dans cet établissement sanitaire, des citoyens venant de Béjaïa, de Boumerdès, de Bouira, voire d’Alger, sont obligés de se faire délivrer un acte de naissance n°12 à la mairie de Tizi Ouzou. Un état de fait qui accable ce service qui fait déjà face, seul, aux demandes de un million de citoyens. Cette même situation a engendré des pratiques de favoritisme et de corruption qui alimentent la colère des populations. «C’est devenu aujourd’hui une mode de chercher une personne qui a une connaissance à la mairie de Tizi Ouzou. C’est même l’unique voie de salut pour se faire délivrer un document administratif», ironise un jeune rencontré devant le portail.

Enfin, la situation qui prévaut ces derniers jours est d’autant plus inquiétante avec les rentrées, sociale et scolaire, qui pointent à l’horizon. La demande des écoliers et étudiants de ces documents est plus importante en cette période. Et ce n’est pas un état civil qui fonctionne avec une vingtaine d’employés et 316 agents de sécurité qui fera l’affaire. Les autorités n’ont plus aucun argument à faire valoir.

L'Expression

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