Departs et arrivées à l'aeroport international d'alger

 Le Soir d'Algérie 06/08/2008 DÉPARTS ET ARRIVÉES À L’AÉROPORT INTERNATIONAL D’ALGER

Le rush

Aérogare internationale d’Alger. Lundi. Août, franchement moins caniculaire que ce que la terre Algérie a eu à subir par le passé, s’est invité depuis déjà quatre jours. «Les voyageurs à destination de Moscou, embarquement immédiat !», fuse ce qui s’apparente à un ultime rappel aux retardataires. La voix, féminine, est une intrusion furtive au milieu du brouhaha, seul, depuis un moment, à remplir les lieux.

Reportage réalisé par Sofiane Aït Iflis

Deux petites fillettes, accoutrées dans la pure et stricte tradition kabyle, robes et fodhas, jouent à slalomer entre les gens, indifférentes aux regards, sourdes aux mises en garde d’un père qui fait cliqueter nerveusement un trousseau de clefs. Le père fait partie de la brochette de masculins qui a adopté la position verticale, en face du large tableau électronique d’affichage sur lequel défilent les horaires d’arrivées des vols, les halls de sortie des voyageurs mais aussi les retards. Il attend, lui, un frère qui arrive d’Allemagne et qui a normalement embarqué depuis presque une heure de l’aéroport international de Frankfort sur le vol LH 4122 de la Lufthansa. «L’avion a décollé à l’heure, fort heureusement. J’aurais gravement stressé si on m’avait annoncé un retard. Comprenez ! Hormis cet air conditionné qui vous tient au frais, le reste est désespérément agaçant et avec mes deux héritières…», s’empresse- t-il de dire de sa voix grave qu’il hausse sans transition pour héler ses deux petites filles qui ne sont pas encore lassées de leur jeu.

Tout près de nous, Rabah s’ajuste une grosse prise de chique sous la lèvre supérieure, flashe une fois de plus le tableau électronique d’affichage et grommelle quelque chose d’à peine audible, l’air de quelqu’un qui se retient difficilement de vomir une colère. Il n’a pas eu besoin, d’ailleurs, qu’on le sollicite expressément pour qu’il se libère de l’ire qui l’étouffe. Il lâche du haut débit dès qu’il saisit, au regard, notre besoin d’en savoir. «Encore un retard. C’est toujours pareil pour ces vols de la compagnie Air Algérie en provenance de Marseille. Hier, j’ai dû, pour cause de retard, poireauter jusqu’à 22 heures passées pour quitter les lieux», vociféré- t-il. Rabah est chauffeur de taxi. Il est le chauffeur attitré d’une famille établie dans la cité phocéenne. Dimanche, il était là pour accueillir et transporter Saïd qui rejoint ses parents rentrés, eux, quinze jours auparavant. Lundi, c’est Kamel, beau-frère de Saïd, que notre chauffeur de taxi est venu attendre. Kamel devra embarquer avec son épouse et leur petit garçon. «J’espère seulement que le retard ne sera pas aussi long qu’hier», prie Rabah qui voudra repartir à Bouira avant que le soleil ne se couche. Son propos épilogué par cette prière, notre chauffeur de taxi traîne sa maigre carapace et prend place sur un siège dans cette rangée faisant face à la cafétéria. Une cafétéria où deux jeunes filles viennent de prendre place à une table qu’un forcené de la cigarette, la cinquantaine environ, venait juste de quitter. Le serveur, qui pointe avec célérité, sourire aux lèvres, happe le cendrier plein de mégots et, aimable, prend la commande. Ce sera deux rafraîchissants pour nos deux jolies demoiselles : deux limonades. Le reste des tables est presque dégarni. Tout comme le comptoir. Peu, très peu de consommateurs parmi ces gens, clientèle potentielle mais qui juge les prix pratiqués excessivement élevés et donc ne s’attable pas.

Des mains qui poussent et des yeux qui cherchent

Une foule compacte agglutinée aux barrières délimitant un couloir de sortie pour passagers plante ce qui nous est permis d’observer comme décor de ces arrivées. Elle doit éprouver quelques amusements à guetter ainsi, des longs moments durant, les têtes et corpulences qui franchissent la sortie. «Non, ce n’est encore pas lui, ça sera certainement le prochain», doit se dire chacune des personnes à chaque fois qu’une silhouette pointe à la sortie et s’avère n’être pas le parent ou l’ami attendu. En effet, le hall de sortie déverse des «revenus au bled» par petites grappes et dans un mouvement saccadé. Parfois, il s’écoule un long moment entre la ou les dernières personnes sorties avant que n’apparaissent la ou les prochaines. C’est toujours le chariot estampillé Mobilis et chargé de bagages qui pointe le premier de la roue. C’est logique. La personne qui le pousse marche d’un pas lent et a les yeux rivés sur la foule. Le sourire esquissé renseigne vite que la tête familière parmi la foule est repérée. Yacine, frêle silhouette, teint basané, pousse un chariot sur lequel sont posés une valise et un petit sac. Il a la trentaine et il arrive de Rome, la cité éternelle. Il a voyagé avec Alitalia, sur le vol AZ 800. Il ne dit pas ce qu’il fait exactement à Rome mais qu’il travaille et s’y être installé depuis 7 ans. C’était avant que les pirogues de chez nous ne soient autant prisées par les «harraga. Il est algérois et revient passer des vacances parmi sa famille et ses copains. Une vingtaine de jours seulement. «Je viens chaque été, à la même période. L’bled, ça me manque mais l’khobza est ailleurs», dit-il dans un arabe que les sept années de vie romaine n’ont en rien altéré. Il atteste qu’il a plutôt bien voyagé, sans tracas singuliers. Il regrette juste que les compagnies aériennes internationales soient devenues avares et ne servent qu’une maigre pitance à bord. Il estime, en revanche, que les conditions de débarquement à l’aérogare d’Alger sont nettement meilleures que celles d’avant, lorsqu’il fallait faire des heures de queue avant de franchir le poste de la PAF. «C’est mieux qu’avant…», laisse-t-il tomber, avant de réimprimer un mouvement cinétique à son chariot et piquer droit vers l’extérieur. Kamel, que Rabah le chauffeur de taxi attendait, arrive, en compagnie de son épouse et de leur unique enfant, à 17 heures moins le quart. Il aurait dû être là aux environs de 16 heures. Le jeune couple est tout content d’être là. Les retards, ça lui connaît. Ça peut passer quand ce n’est pas excessivement long. Kamel est en France depuis six ans. Il s’est installé grâce au mariage. Sa femme dispose de la nationalité française. Il a changé de pays mais pas de métier. Il était maçon, ici, en Algérie. Il travaille dans le bâtiment à Marseille. C’est la seconde fois qu’il revient passer des vacances à Bouira depuis qu’il s’est installé en France. Kamel ne sait pas que Djamel Ould Abbes est ministre chargé de la Communauté algérienne établie à l’étranger. Il ignore aussi qu’un programme spécial accueil des émigrés qui choisissent le pays comme destination de vacances est mis en place. Peut-être que cette jolie rousse élancée est plus branchée actualité du bled. Elle a voyagé, elle aussi, sur ce vol AH 1023 d’Air Algérie en provenance de Marseille. «Excusez-moi, je suis pressée», nous sert-elle quasi sèchement, reprenant sa démarche altière vers la sortie. Autre époque, autres mœurs ! Elle est loin derrière l’époque où nos émigrés de vieille génération qui, affables, échangeaient volontiers un brin de causette. Elle est bien révolue l’époque des grands sacs Tati traînés comme des baluchons.

Repartir, c’est toujours mourir un peu

Pendant que des vols en provenance de Marseille, Toulouse, Frankfort, Genève, Rome, Barcelone, Tunis et d’autres villes déversent des flots d’émigrés de retour au pays pour des vacances, d’autres vols en partance d’Alger attendent d’embarquer ceux qui doivent repartir. Au hall d’embarquement, ils ne sont cependant pas des milliers à postuler au voyage de retour. Ahmed doit embarquer vers Charles-de- Gaulle. Il voudrait bien prolonger son séjour mais il est bien obligé de repartir. Il doit reprendre le travail dans deux jours. Il travaille dans les assurances, un boulot qu’il a décroché après avoir trimé à faire les petits boulots. Son diplôme d’ingénieur en statistiques obtenu au début des années 90 à Alger lui a servi pour accéder à cet emploi. Il a passé ses vacances entre Alger, où réside sa famille, et Tipasa, où une bande de copains a loué un bungalow. En tout, il est resté 25 jours. Il a profité pour revoir les copains et bronzer. C’est pratiquement le même rituel chaque été : famille, plage et veillées entre copains. «Je passe mes vacances ici en Algérie. Ça me permet de me ressourcer. Il y a des ambiances qui forcent votre nostalgie». Ahmed n’est pas de ceux qui dégainent la complainte aisément. Mais lorsqu’il devait parler des conditions du retour, il ne met pas de bémol. «Il reste toujours que pour se rendre à l’aéroport, il faut s’y prendre suffisamment à l’avance. Si vous n’avez pas un parent qui vous y dépose, vous devez trimer pour trouver un taxi et lorsque vous le dénichez, il vous faudra payer le prix fort, environ 1000 dinars depuis Alger-Centre. C’est excessivement onéreux», dit-il, ajoutant : «Vous savez, j’ai dû patienter pendant 20 minutes dans la file d’automobilistes avant de franchir le poste de police dressé avant l’accès au parking de l’aérodrome. Imaginez ceux qui n’ont pas le privilège de la climatisation et qui doivent frire sous le soleil ou ceux qui viennent de loin et qui doivent vivre mille embouteillages avant d’arriver.» Il est vrai que, avant de parvenir à l’enceinte aéroportuaire, il vous faut subir un bouchon à vous faire rater votre avion. Ce lundi, le soleil lâche des rayons à vous transpercer le crâne. Vous n’êtes soulagé qu’une fois dans le grand hall. Mais pour cela, il faudra cheminer le long du préau qui vous mène du parking aux portes d’accès. Là, une chaîne, pas forcément la dernière, à faire pour devoir enfin humer l’air frais. Après fouille, paperasse, enregistrement avant de glisser dans le ventre de l’avion qui vous transporte loin d’Alger où vous avez abondamment transpiré quelques heures auparavant.  

par S. A. I.

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