Séminaire international en Irak, sur la traduction


Un Kabyle à Baghdad

Un Kabyle à BaghdadBaghdad 1 juillet 2010, salle des conférences du grand hôtel El Mansour et… “Azul fell-awen !” à l’adresse d’un parterre international d’hommes et de femmes de lettres. C’est sans doute la première fois que la salutation amazighe retentit “officiellement” dans cette ancienne forteresse baâthiste devenue meurtrissure et ne désespérant pas de recoller les morceaux sur fond de réconciliation ethnique.

Et c’est d’ailleurs, dans cet esprit que le ministère de la Culture irakien a organisé, du 29 juin au 1 juillet de l’année en cours, le séminaire (la première édition) international sur la traduction. L’on comprend dès lors que le kurde, la langue, est sérieusement ménagée par le gouvernement irakien à l’effet d’intégrer les institutions de l’Etat. Voilà donc ce qui explique l’intitulé du séminaire et le “azul fell-awen !”, invité à travers le Takerbousti, et non moins romancier et poète, Brahim Tazaghart. Ce dernier que nous avons rencontré, quelques jours avant qu’il ne prenne l’avion vers l’Orient, ne cachait pas son inquiétude quant à l’insécurité qui y règne dans la capitale irakienne. Mais, l’attrait intellectuel et l’opportunité scientifique qu’offrent le séminaire, l’emportent sur les appréhensions, d’autant que l’Algérien qu’il est, a, une décennie durant, appris à les surmonter pour aller de l’avant. Et c’est donc mu par “cet aller de l’avant” qu’il se surprend ce 1er juillet à faire de son expérience de traducteur de tamazight aux arabo-kurdo-chiites.
“Je suis issu d’un peuple aussi ancien que cette terre accueillante qui a donné à ses enfants tout ce que l’homme peut souhaiter, un peuple qui se dit Amazigh - nom qui signifie "homme libre"- et qui a occupé un vaste territoire allant des oasis de Siwa en Egypte aux Iles Canaries en Atlantique. Une position entre l’orient et l’occident, entre flux et reflux, souvent payée de sa sécurité et sa liberté, se présente l’auteur de "Akkin  i Tira", avant de donner un bref  aperçu sur ce qu’était tamazight et ce qu’elle est devenue. Il dira entre autres :  "En dehors de l’utilisation domestique de son ancien alphabet "Tifinagh" (l’alphabet amazigh), mon peuple n’a pas utilisé sa langue pour produire une pensée écrite et élaborée ou, si l’on veut, pour la production d’une pensée instituante".

Ses élites intellectuels et politiques ont souvent écrit, des siècles durant, dans d’autres langues à l’image de Saint Augustin, l’auteur de L’Ane d’Or, Apulée de Madaure, le romancier Kateb Yacine et d’autres encore à l’instar de Tahar Djaout. Plus loin, il expliquera comment tamazight a "intégré" l’institution. "30 années après le soulèvement du printemps amazigh du 20 avril 1980, soulèvement qui avait posé le problème de l’identité nationale dans le cadre de l’exigence des libertés démocratiques et des droits de l’homme, Tamazight est reconnue comme langue nationale lors de la révision constitutionnelle de l’année 2002. Elle dispose d’un enseignement universitaire qui remonte à 1990 avec la création des instituts de langue et de culture amazighe. Elle est enseignée dans les écoles primaires, dans les collèges et les lycées, surtout dans les régions amazighophones à leur tête la Kabylie, les Aurès, les Mzabs, Chenoua et les Touareg", dira-t-il.

A propos de la, “enfin” production et, bien entendu traduction, il expliquera que "l’école a produit depuis le passage à la voie démocratique en 1988, des lecteurs et des écrivains qui ont permis à la société, essentiellement d’expression amazigh, de passer de l’étape de la transmission exclusivement orale au monde de l’écriture et de la transcription. Beaucoup d’expériences ont réussi dans ce domaine, essentiellement celle du poète et grand homme du théâtre Mohand U Yehia, dit Mohia, qui a traduit et adapté vers tamazight, les œuvres de Samuel Beckett, Bertolt Brecht, Molière et autres grands écrivains. Aussi, il a été procédé à la publication de la traduction des sens du saint Coran accompli par le docteur Kamal Nait Zerrad, sans oublier les traductions de tamazight vers l’arabe que réalise le docteur Mhemed Djellaoui".
La dimension politique et autre droits de l’homme ont été aussi mis en exergue par Tazaghart l’écrivain et non moins Tazaghart le militant des droits de l’hommes :  "La marginalisation des langues et leur privation de leurs droits institutionnels au développement constitue l’un des piliers des systèmes totalitaires fondés sur l’expropriation et l’exclusion. L’exclusion est en même temps un produit de ces systèmes et, à un certain niveau, un obstacle permanent aussi bien à la circulation saine et pacifique des idées qu’à une coexistence fertile entre les langues et les cultures".

Cette conception est malheureusement encore présente dans quelques écrits et déclarations politiques qui tentent désespérément d’entraver la marche vers une coexistence intelligente entre les humains. Une conception fondée sur une perception imaginative du réel et le refus de considérer la réalité palpable qui se réalise chaque jour sous leurs yeux aveuglés.
Nous avons longtemps souffert, comme usagers de la langue Tamazight, de cette volonté de réduire notre langue jusqu'à disparition, sous prétexte que l’unicité linguistique est seule à même d’exprimer notre personnalité et de permettre la construction d’un Etat fort et cohérent.
Cette situation vécue dans la douleur a créé un fort sentiment de pessimisme, d’injustice et d’exclusion. Nous travaillons aujourd’hui à créer les conditions du dépassement de ce sentiment négatif et destructeur, ainsi qu’à réduire son influence dans un monde où quelques-unes de ses élites culturelles et politiques s’efforcent de pousser vers les confrontations d’ordre ethnique et religieux.

L’humanité fait actuellement face au danger de l’homme renfermé, replié sur soi et refusant l’autre. Le refus de l’autre conduit à chercher son élimination et sa disparition par le moyen de la violence et de la destruction.
C’est là un danger de l’époque à prendre sérieusement en compte. Le pluralisme linguistique dans nos pays réclame une gestion démocratique sincère qui enrichit tout le monde sans appauvrir personne. Il terminera sa communication en faisant part des motivations qui l’ont emmené à traduire de l’arabe vers tamazight des objectifs qu’il s’est assigné.

La dépêche de kabylie

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