Elle veut légitimement sa part de développement et de bien-être social


Tizi ouzou : la ville abandonnée

Tizi ouzou : la ville abandonnéeDe mémoire de Tizi- Ouzien, jamais la ville des Genêts n’aura atteint un tel niveau de clochardisation et de dégradation du cadre de vie. Une sorte de fatalité s’abat depuis quelques années sur la ville à un tel point que les années passent et se ressemblent hideusement dans une “ville-dépotoir” qui croupit sous les saletés et les immondices en tous genres et s’arcboute sous le poids des vices, de la délinquance et de l’insécurité.

Cela fait belle lurette que l’on a déjà touché le fond de l’abîme mais voilà que “l’on continue de creuser encore” comme pour reprendre l’humour bien connu de notre Fellag national, digne fils de Tizi Ouzou, lui, l’ancien Gavroche du quartier populeux des Genêts qui a grandi au milieu des jardins fleuris de lilas et de chrysanthèmes, des courts de tennis et du boulodrome du stade tout proche et qui avait bien du mal à reconnaître sa “houma” comme il aime bien le marteler, lui qui a tenu à venir se ressourcer tout récemment parmi les siens, dans son décor juvénile d’autrefois pour se retrouver, l’air hagard et hébété, au milieu d’un bazar à ciel ouvert où le marché informel et le béton anarchique ont tout simplement enlaidi ce qui était considéré jadis comme un quartier résidentiel à Tizi Ouzou. La Grand’rue, jadis colonne vertébrale et centre névralgique du tout-Tizi, a été complètement défigurée. La Vieille-Ville péniblement adossée à Sidi-Belloua  — ou du moins ce qu’il en reste —  a été  complètement défoncée et dénaturée alors qu’elle aurait dû être préservée, restaurée et classée comme site historique avec tout ce qu’elle comprend comme vestiges turcs et berbères du 18e siècle, des écoles indigènes et des mosquées du 19e siècle. Et comble de misère, ce que l’on ose appeler pompeusement la  Nouvelle-Ville est, en fait, une véritable cité-dortoir sans décor ni relief, ni le moindre espace vert ou une quelconque infrastructure sportive ou culturelle, et ce, à la charge de tous les responsables et des décideurs qui ont défilé — depuis trois ou quatre décennies au moins — à tous les niveaux de planification, de décision et de gestion qu’ils relèvent de la wilaya, de la daïra et surtout de la commune. Fatalité, malédiction, démission des élus, incompétence de l’administration ou échec programmé en haut lieu contre une “ville rebelle” et un éternel “bastion de la revendication berbère”, les supputations les plus invraisemblables s’entremêlent ici et là selon les tendances politiques des uns et des autres mais une chose est sûre, c’est que Tizi a perdu de sa superbe et de sa coquetterie d’antan.

Pourquoi Tizi a-t-elle perdu de son lustre d’antan ?
Les cinémas Djurdjura, Algeria, Mondial et Studio qui ont donné tant d’évasion et de rêve aux nombreux cinéphiles de la région sont en ruines depuis des décennies à tel point qu’on les a honteusement emmurés, les jardins publics du centre-ville constituent de véritables repaires pour les délinquants et les receleurs en tous genres, le Café de la jeunesse, le Café de France, le Nadi El-Moudjahid ou encore le Novelty qui servaient eux de repères pour les Tizi-Ouziens appartiennent désormais à un passé lointain et révolu alors que la fameuse rue de la Paix n’a plus rien de paisible tant les vendeurs à la sauvette et les voleurs à la tire sont légion. Certes, un grand chantier de rénovation de la ville a été entamé tout récemment mais les Tizi-Ouziens devraient prendre leur mal en patience car tout est pratiquement à refaire, les trottoirs, la chaussée et surtout les espaces verts. Le plus grand mal de la cité réside dans le ramassage des ordures ménagères et le nettoyage de la voie publique qui sont loin d’être parfaits. Hormis le centre-ville et plus particulièrement autour de la wilaya, de l’APC et du… palais de justice où la toilette est à peu près quotidienne, les quartiers de la vieille-ville, ceux de la Nouvelle-Ville et les différents lotissements de la ville sont carrément mis aux oubliettes en matière de nettoyage et d’embellissement. À défaut de gérer une cité pour laquelle ils ont pourtant prêté serment, les nombreux élus communaux se cherchent encore depuis le verdict des urnes et jouent au “pousse-toi que je m’y mette !” en multipliant les alliances contre nature et les motions de confiance et de défiance selon l’humeur et les intérêts des uns et des autres encore que ce carrousel de mauvais goût n’est pas propre à l’actuelle Assemblée communale du fait qu’elle n’a fait qu’hériter de ses devancières tout ce tournis implacable qui a fait que Tizi aura connu la bagatelle de… quinze maires et autres DEC en l’espace de… quinze ans toutes tendances politiques confondues et à peu près le même nombre de SG communaux, ce qui a toujours privilégié la case départ et la “gestion à la ronde”. Le service de l’état civil est devenu une véritable fourmilière et un vrai supplice pour les citoyens et les administrés car la décentralisation n’a jamais suivi dans une ville qui comptait à peine vingt-mille habitants en 1962 et qui en compte aujourd’hui dix fois plus. Avec sa nouvelle vocation régionale et hospitalo-universitaire, l’hôpital Nédir-Mohamed qui date bien des années 50 étouffe de jour en jour car outre la population de Tizi Ouzou qui a donc décuplé ces dernières années, les malades viennent des quatre coins des wilayas de Tizi Ouzou, Bouira, Boumerdès, Béjaïa voire même de certaines wilayas du sud du pays. N’est-ce pas que la ville de Tizi, tout comme le reste de la wilaya, ont le droit de sortir de leur léthargie et de leur sous-développement pour se mettre au diapason des nombreuses autres wilayas qui ont connu une véritable mue et un tout autre visage ces dernières années.

Un déclic lors du prochain Plan quinquennal ?
La semaine dernière, le wali de Tizi Ouzou et ses différents directeurs exécutifs ont présenté les contours du Plan quinquennal 2010/2014 qui propose un budget colossal de 265 milliards de dinars pour la wilaya sans compter les 110 milliards de DA qui restent des programmes en cours, le tout pour réaliser d’autres barrages hydrauliques, des routes et des autoroutes vers Azazga, Béjaïa, Alger et Draâ El-Mizan avec une pénétrante sur la fameuse autoroute Est-Ouest, des ponts et des échangeurs, un nouveau stade de football de 50 000 places, quatre nouveaux hôpitaux, une université élargie aussi à 50 000 places pédagogiques, des campus universitaires avec une capacité d’accueil de quarante mille lits, une annexe de la bibliothèque nationale et l’extension du réseau de gaz de ville dans les villes et les villages de montagne. De telles esquisses font certainement rêver plus d’un mais encore faut-il espérer que tous ces grands projets puissent être réalisés dans les délais dans une wilaya où le foncier se rétrécit d’année en année, où la bureaucratie d’une part et l’opposition souvent zélée des pseudo-propriétaires terriens d’autre part freinent souvent le développement local ? Par ailleurs, faut-il trouver des outils de réalisation fiables et performants dans une wilaya qui a vu un bon nombre de ses entreprises opter pour une délocalisation massive et fort inquiétante en raison de multiples blocages de l’administration locale, de l’insécurité et des kidnappings des gens fortunés sans oublier l’énorme fardeau de la fiscalité qui pèse comme un véritable couperet sur les entrepreneurs, les industriels et les commerçants de la région visiblement harcelés par les impôts et les redressements en tous genres ?
C’est dire qu’avec toute l’embellie financière que connaît le pays depuis quelques années, la population de Tizi Ouzou a logiquement droit à sa part de développement, d’emploi, d’éducation, de sécurité et de bien-être social. C’est certainement l’occasion ou jamais d’amorcer le décollage tant attendu pour une wilaya qui a réellement besoin d’un véritable “Plan Marshall” pour sortir de son misérabilisme et de cette ghettoïsation dans laquelle on a voulu l’enfermer.

LIBERTÉ

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