Amokrane Ould Belaïd, président de l’association Tiliwa d’Aït Hichem

La Fête du tapis d’Aït Hichem sera grandiose cette année”

La Depeche de Kabylie 07/08/2008 Amokrane Ould Belaïd, président de l’association Tiliwa d’Aït Hichem

A travers cet entretien, Amokrane Ould Belaid, président de l’association “Tiliwa d’Aït Hichem” organisatrice de la fête, évoque l’événement et les objectifs que les organisateurs se sont assignés

La Dépêche de Kabylie : Vous vous apprêtez à donner le coup de starter à la neuvième édition de la Fête du tapis d’Aït Hichem, où en sont les préparatifs ?

Propos recueillis par A. Z.

A. Ould Belaïd : On se prépare comme il se doit même si nous avons eu quelques problèmes sur le plan administratif, des contraintes habituelles pour nous et que nous avons affronter avec un esprit de sérenité et de responsabilité. A deux jours de l’ouverture officielle de la Fête du tapis dans sa neuvième édition (l’entretien a été réalisé avant-hier mardi,) je pense vous affirmer que tout est fin prêt pour réussir l’édition de cette année. Les exposants commencent à arriver et les stands à se former, que la fête soit une réussite !

Quel est le nombre des participants pour cette année ?
Nous avons, pour cette année, reçu les fiches de participation de 14 wilayas dont Tamanrasset, Ouargla, Tipaza, Alger, Blida, Khenchela, Béjaïa, Tizi-Ouzou et Boumerdès. S’agissant des exposants locaux, nous allons recevoir quelque 26 exposants dans les différents domaines de l’artisanat. Pour ce qui est de la tapisserie, il y aura celle d’Aït Hichem, la tapisserie de Ghardaïa, Tlemcen et Khenchela.

Dans quel contexte abordez-vous cette 9e éditions de la Fête du tapis d’Aït Hichem ?
C’est dans un contexte marqué par une grande sérénité que nous l’abordons, pour ce qui est du volet sécuritaire, je ne peux dire que la région de Aïn El Hammam souffre du phénomène de l’insécurité. Je dirais cependant que cette question est intimement liée à la situation générale du pays. je ne veux donc pas faire un abcès de fixation sur ce sujet, cela relève de la compétence des services de sécurité qui sont d’ailleurs présents dans la région.

Vous rassurez donc les futurs visiteurs de la fête...
Absolument, se tiens à rassurer nos visiteurs sur et aspect mais également sur les autres volets, nous leur assurons l’accueil pour lequel la région est d’ailleurs connue.

Justement, vous tablez sur quel nombre de visiteurs pour cette 9e édition ?
Lors de la précédente édition, nous avons enregistré une affluence très nombreuse avec 3 000 à 4 000 visiteurs par jour. Cette année nous tablons sur le même nombre, sinon mieux.

Parlons du volet financier, cette 9e édition a-t-elle eu le soutien voulu de la part des autorités compétentes ?
Je pense sincèrement que l’apport financier dont dispose la Fête du tapis cette année est faible par rapport aux éditions précédentes, nous avons eu une subvention de l’APW de l’ordre de 50 millions de centimes, le ministère de la PME et de l’Artisanat a subventionné avec la somme de 40 millions de centimes, nous attendons également de recevoir 50 millions représentant le cumul de l’année passée sur le fonds de l’APW. Plusieurs autres institutions ont fait des promesses tel le ministère du Tourisme qui nous a promis une subvention qui peut aller jusqu’à 80 millions de centimes. Le ministère de la Culture a fait de même avec une somme de 50 millions de centimes. Pour sa part, le HCA nous a promis une subvention dont le principe est déjà entériné. Il s’agit de financer une initiative visant à écrire l’histoire du tapis d’Aït Hichem. Dans ce sillage, je vous informe que c’est un chercheur et enseignant à l’université de Paris 8, qui sera chargé du projet. L’association Tiliwa lui présentera des supports sur lesquels il pourra s’appuyer pour écrire un livre sur l’histoire du tapis d’Aït Hichem.

Toujours sur le plan financement, avez-vous pu décrocher des contrats de sponsoring ?
Sur la question du sponsoring, vous me donnez là l’opportunité d’exprimer notre déception de constater l’absence de sponsors pour cette 9e édition. Je le dis clairement, pour avoir des contrats de sponsoring, il faut des relations personnelles, nous n’avons pas eu le temps nécessaire pour approfondir cette ligne. Pour l’instant, nous avons eu uniquement l’engagement de votre journal la Dépêche de Kabylie avec lequel nous avons signé une convention, la Chaîne II de la Radio nationale sera également sur place avec pas moins de trois heures de transmission. La Chaîne III, elle, sera présente avec deux journalistes qui auront à envoyer des flashes quotidiennement durant toute la durée de la Fête du tapis d’Aït Hichem.

Revenons sur la question de la recherche scientifique, c’est une nouveauté pour la fête d’autant plus que vous organiserez un séminaire sur l’artisanat, comment est venue cette idée ?
Nous allons tenter cette fois de toucher le fond du problème de l’artisanat, nous allons surtout poser une problématique très sérieuse à savoir celle du statut de la femme tisseuse d’Aït Hichem qui sombre dans l’oubli et la précarité sociale, car malgré le fait que l’état exerce le statut d’artisans à ces femmes, sur le terrain on découvre une réalité très amère. C’est le cas des femmes qui ne peuvent plus vivre de leurs métiers. Je vous donne l’exemple d’une telle désillusion, un tapis se tisse habituellement par deux femmes et son prix atteint au maximum 17 000 DA alors que le gain d’une seule femme n’est que de 7 000 DA.

Combien peut-elle en produire annuellement ?
Six au maximum, cela pour vous dire que le marasme qui touche ce segment important de notre culture, est tellement profond qu’une thérapie sérieuse doit lui être appliqué, je voudrais en effet parler de la législation du travail qui devra se pencher sur le cas de ces femmes tisseuses avec des lois-cadres qui leurs conservera le statut de travailleurs à part entière !

Quel jugement portez-vous sur l’état des lieux du tapis d’Aït Hichem ?
Il est en net recul, le tapis d’Aït Hichem mais surtout l’art de l’artisanat traditionnel patauge, comme je l’ai dit précédemment dans une crise profonde, notre association tire à l’occasion la sonnette d’alarme afin de réagir pour sauver “les meubles” comme ont dit, le problème actuel de la tapisserie est surtout dans la création d’ateliers de production. La Chambre des métiers de Tizi-Ouzou offre des cartes d’artisan pour certaines femmes qui exploitent , et je pèse bien mes mots, d’autres femmes à des prix dérisoires. Le tapis perd sa valeur surtout sur le plan qualitatif. Pour la 9e édition, l’association “Thiliwa” tiendra un stand sur le site d’exposition où nous aurons à mettre la lumière sur les différences entre l’ancien et le nouveau tissage. Nous tendrons également de relancer et renforcer le rôle de l’école de tissage d’Aït Hichem, cette dernière avait un rôle primordial surtout que sa création remonte à l'ère coloniale ( 1882).
A l’époque, la femme apprenait les tâches ménagères, on lui apprenait également à lire et écrire, c’est la raison pour laquelle on trouve aujourd’hui à Ait Hichem des vieilles de 80-90 ans qui savent lire et écrire. On y apprenait également un métier dès son jeune âge à la femme.

Vous avez parlé d’un recul “ qualitatif” du tapis, cela est dû à quoi à votre sens ?
Je pense que cela est dû essentiellement à la mauvaise prise en charge de l’artisanat et le manque d’aide des pouvoirs publics. C’est d’ailleurs sur ce segment que l’association compte peser de tout son poid et énergie afin de sensibiliser toutes les parties pour tenter d’amorcer une réelle relance de la tapisserie, de l’artisanat en général. Dans cet ordre d’idées, je tiens à remercier, et ce n’est guère pour lui jeter des fleurs, le wali de Tizi-Ouzou qui répond favorablement à chaque fois qu’on le sollicite.

Quels sont, selon vous, les contraintes qui handicapent le travail des artisans, ceux d’Ath Hichem ont posé surtout le problème du manque de la matière première, est-ce le cas pour vous ?
Non! Pour nous c’est tout à fait le contraire, le problème sérieux qui nous fait souffrir est inévitablement la commercialisation des produits. On espère qu’avec la Maison de l’artisanat qui est dorénavant gérée par le ministère de la Culture on réussira à trouver les voies et moyens de trouver de nouveaux marchés.

Voyez-vous d’autres solutions à même de relancer le secteur ?
Pour la relance de l’artisanat de la tapisserie à Aït Hichem, nous devons traiter en profondeur la question. Le séminaire que nous organiserons et qui portera sur le rôle de l’artisanat dans la promotion du patrimoine culturel en est justement une bonne opportunité pour dégager des perspectives sérieuses et des solutions concrètes, sur le même registre, nous avons signé une convention avec la direction de la formation professionnelle pour une formation qui portera sur le sujet. Pour la rentrée scolaire, l’association engagera un cycle de cours à l’annexe de l’école d’Aït Hichem qui parlera sur l’historique du tapis dans la région. Par ailleurs, la direction de la culture de Tizi-Ouzou s’est engagée à réhabiliter la Maison du tapis. Ould Ali El Hadi a pu arracher une subvention pour son réaménagement dans la perspective de créer un musée dont la maquette est déjà prête ainsi que la création d’un atelier de solidarité pour les femmes tisseuses à domicile.

Vous avez certainement prévu une animation culturelle spéciale à l’occasion...
Effectivement ! Il y aura à l’occasion des pièces théâtrales, des galas artistiques ainsi que deux journées de cinébus. En marge du séminaire, une conférence aura lieu sous le thème “ L’estampillage et le label”

On vous laisse le soin de conclure...
J’espère qu’à travers la relance de la Fête du tapis d’Ait Hichem, le slogan du tapis va être redoré. Je remercie la Dépêche de Kabylie pour le formidable travail qu’elle accomplit dans le sens de la promotion de notre culture.

 

par A. Z.

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