Tassaft n’a pas oublié son fils

Evocation / 14e anniversaire de la disparition de Mustapha Bacha

La Depeche de Kabylie 07/08/2008

 

Tassaft n’a pas oublié son filsLe village natal de Mustapha Bacha s’apprête; demain, à commémorer le 14e anniversaire de la disparition de Mustapha Bacha, rappelé à Dieu le 8 août 1994, terrassé par une crise cardiaque en son domicile à la Nouvelle-Ville.

Les citoyens du village de Tassaft, sa famille, ses amis et tous les militants des idéaux que défendait feu Mustapha Bacha, se donnent rendez-vous demain pour un hommage grandiose à la mémoire de celui qui fut le symbole du courage et de la lutte permanente pour l’idéal démocratique et les valeurs de la République.

Symbolique rencontre que veut initier la famille, en donnant l’occasion à tous ceux épris du combat que menait Mastapha Bacha, de se retrouver à Tassaft, pour un recueillement. Une waâda et une soirée animée par les troupes religieuses traditionnelles seront au menu du programme de jeudi soir, suivi d’un recueillement le vendredi matin à partir de 10h sur la tombe de l’enfant de Tassaft où une gerbe de fleurs sera déposée à sa mémoire. Il est attendu pour l’événement, le déplacement de plusieurs personnalités de la classe politique démocratique, du mouvement associatif, du mouvement culturel berbère, des citoyens anonymes, des amis de lutte de feu Mustapha Bacha.

Depuis sa disparition le 8 août 1994, ses amis politiques selon les témoignages de sa famille n'ont jamais procédé au devoir de mémoire à l’adresse de feu Mustapha Bacha. Par contre, les différentes commémorations, qui se tiennent tous les ans, sont par des anonymes et initiées certaines personnalités politiques, au sens très humain, restées non seulement fidèles au combat politique partagé mais aussi une reconnaissance sans faille est exprimée à la mémoire du défunt.
Pour cette fois, la famille Bacha entend faire de cette commémoration une halte afin de séparer le bon grain de l’ivraie et travailler nettement les démarcations nécessaires au service des causes que défendait Mustapha et suffisamment perverties par ceux censés être les promoteurs et les colimateurs du noble combat pour la modernité, les valeurs de la République et l’Algérie qui avance.



Portrait du militant

Qui est Mustapha Bacha ?



L’enfant de Tassaft Ouguemoun, un village de la commune d’Iboudrarene, située à 35 kilomètres de Tizi-Ouzou, est né en 1956. Il suit ses études primaires à l’école de son village, pour rejoindre le collège des Pères blancs en 1968/69 à Beni Yenni. En 1972, Mustapha Bacha rejoint le lycée Polyvalent (Amirouche) à Tizi-Ouzou.
Les premiers rudiments politiques commencent à bourgeonner chez Mustapha durant cette période qui connaissait une rude répression du pouvoir de l’époque contre ce qui est communément appelé les berbéristes. Il obtient son bac série scientifique en 1976, il avait 20 ans. Il s’inscrit à Alger, université de Ben Aknoun, c’était comme mettre un poisson dans l’eau : Mustapha a su donner un sens à sa vie d’étudiant, en se consacrant d’abord à ses études en sciences économiques et surtout au combat politique. Feu Mustapha n’a pu mener à terme ses études en sciences économiques.

A l’explosion d’Avril 80, lui et ses camarades dont Arezki Ait Larbi, Amara Benyounes, Titif et d’autres créérent le collectif culturel, qui s’occupait de la coordination du combat entre Alger et Tizi-Ouzou. Il fut arrêté en avril 80 et faisait partie des 24 détenus. Libéré en aout 80 après être passé devant la cour de sûreté de l’Etat. Très actif dans les luttes estudiantines, Mustapha Bacha est de nouveau arrêté en 1981 à Alger. Chemin faisant, syndicaliste avéré, il participe aussi au séminaire de Yakouren sur la question identitaire et culturelle. De la lutte au combat, il est gagné par les idées de gauche et se structure dans des organisations d’extrême gauche GCR (Groupe communiste révolutionnaire) puis après une scission il devient cadre dirigeant de l’ORT (Organisation révolutionaire des travailleurs). A l’ouverture politique en 1989, il est approché par les cadres du MCB de l’époque, pour enfin donner des assises au MCB, transformé de façon controversée en parti politique, traité de tous les noms d’oiseaux. Mustapha Bacha devient membre fondateur du RCD et membre de la direction politique, secrétaire national à l’organique.

En fin orateur et en dialecticien hors pair, Mustapha Bacha suscite peur et appréhension, y compris parmi ses camarades du RCD. Presque isolé, il meurt terrassé par une crise cardiaque, laissant une veuve, un orphelin et une famille qui n’arrive pas à faire son deuil.
 

par Khaled Zahem

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