Salon national du bijou traditionnel

Une soixantaine d’artisans s’invitent à Béjaïa

La Depeche de Kabylie 09/08/2008

Les bijoux constituent un pan de l’héritage d’une vieille civilisation, plus particulièrement un support de signes mystiques, lesquels reflètent une certaine philosophie de l’existence. Depuis jeudi dernier, la Maison de la culture de Béjaïa abrite, pour la première fois, et ce jusqu’au 12 du mois en cours, le Salon national du bijou traditionnel, lequel est organisé par la Chambre de l’artisanat et des métiers (CAM) Béjaïa-Bouira.

 

Une soixantaine d’artisans venus des quatre coins de l’Algérie et représentant 23 CAM ont pris part à ce salon placé sous le signe “Pour une dimension économique et culturelle du bijou.” Ainsi, le secteur de l’artisanat et surtout du bijou constitue aux yeux des organisateurs une ressource génératrice de valeur ajoutée et un support pour sauvegarder l’héritage culturel des différentes régions du pays. “ Le secteur de l’artisanat constituera dans l’avenir la ressource principale des nations”, estime Nour Zoultime, directeur de la CAM Béjaïa-Bouira. Pour lui, les artisans de l’orfèvrerie, du tissage, de la poterie et autres sont les seuls capables de perpétuer un mythe dont la symbolique a, de nos jours, perdu de sa signification originelle. En plus, leurs gestes renouvelés, déplore-il, ne perpètuent aujourd’hui que des formes dépourvues de sens, mais leur langage est toujours là clair comme l’eau de roche dans sa beauté dépouillée.

La Chambre de l’artisanat et des métiers, explique-t-il est là pour aider, orienter et accompagner les artisans pour retrouver le statut qu’on leur accordait dans le passé. Celui, précise-t-il, d’un homme magique, d’un homme au statut particulier. En Kabylie, poursuit-il dans le même contexte, le forgeron par le passé confinait pratiquement au “sorcier” à l’époque où les bijoux n’étaient pas seulement des objets de décoration, mais accomplissaient des fonctions prophylatiques. Le forgeron était un homme auréolé de pouvoirs surnaturels. Il maîtrise le feu, l’air et le minéral dont il fabrique le bijou. Il transmet par ailleurs une partie de ses pouvoirs à l’objet. A ce propos, N. Zoulime cite la précieuse bijouterie d’Ath-Yenni avec ses attributs sacrés. Elle constitue, selon lui une majestueuse orfèvrerie dont l’originalité est avérée. Elle était dans le passé une parure lourde d’argent et d’émaux, mais également lourde de sens. Elle met en avant grâce à son élégance, sa beauté et sa solidité, le bijou d’argent et émail cloisonné. Qu’en est-il aujourd’hui ? Pourrait-elle reprendre ses lettres de noblesse? Où est l’époque où dans les montagnes de Kabylie, les femmes avaient de si belles gandouras (ksiwa) chamarrées aux couleurs sombres ou de fottas vives, alourdies par des bijoux jamais étincelants mais d’une beauté sans pareille à l’image des fibules, des kholkhals, s’interroge-il. Qu’elle qu’en soient l’origines : chaouia, mzab, targuie.... l’attrait que suscite le caractère et la beauté du bijou kabyle est toujours constant. C’est là toute la différence. Un véritable art.

Témoignage

Une ethnographe, Germaine Laoust-Chantreaux, a effectué une étude entre 1937-1939, à Ath Hichem à Tizi-Ouzou, sur la vie féminine, où elle a relevé que “ certains bijoux, tout en étant une parure recherchée, ont un caractère magique très net : leurs formes (ronde ou pointue) leur décoration (cinq cabochons de corail), la matière dont-il sont faits ( l’argent) expliquent sans doute leur emploi dans certains rites apparemment obscurs? L’auteur cite, par exemple, l’agrafage de la “tabzimt” sur la tête de la mère à la naissance d’un garçon, l’attachement d’un “lhalkhal” à son foulard de tête pendant la circoncision, des agrafes rondes “tafzimt” sont mises dans le plat de bois où la mariée prend un bain rituel, elles sont ensuite trempées dans le henné qu’on lui mettra, l’argent d’une “tawsa” est déposé dans un “khalkhal” placé au sommet d’un tas de blé....” Une époque bien révolue, hélas !

Demain, plus qu’aujourd’hui, cette richesse ancestrale et millénaire risque de disparaître si rien n’est fait.
 

par D.S.

Vous devez être connecté pour poster des commentaires

Identification

Agenda

November 2017
M T W T F S S
30 31 1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 1 2 3