La ville de Tébessa

La Tribune 17/08/2008 La ville de Tébessa

Un musée à ciel ouvert

Située à quelques kilomètres de la frontière tunisienne, Tébessa, l’antique Théveste, est une ville qui offre aux yeux des badauds une nature vaste et variée, tantôt des plaines vertes, tantôt des terres arides. Le visiteur de la ville qui a vu naître cheikh El Arbi Tebessi gardera à jamais le souvenir indélébile de ses beaux paysages et l’hospitalité de ses habitants.

 

«Notre ville est très riche en mosaïque, et elle recèle d’importants monuments et vestiges datant de l’époque romaine», dira d’emblée M. Sahar Mohamed Rebai, intérimaire du directeur du palais de la culture Mohamed Chebouki. De son côté, le responsable de la culture parlera longuement des vestiges de la région. A ce propos, il dira : «Tébessa ‘‘baigne’’ dans des monuments datant de la période romaine et s’étalant jusqu’à la civilisation musulmane, en passant par plusieurs autres civilisations, dont la byzantine. Les vestiges les plus célèbres dans notre wilaya sont le temple de Minerve, construit au 3ème siècle et classé en tant que musée depuis 1920, la basilique romaine, l’arc de Caracalla, la muraille byzantine, Tébessa El Khalia, l’amphithéâtre de Tébessa, le village du Youks et la basilique de Sainte-Crispine». Mme Amel Zenadi, guide touristique de la région, nous fera les honneurs de ces lieux mythiques et mystiques qui ceinturent la vieille ville. «Ces vestiges sont l’attrait majeur des gens vers notre wilaya», souligne notre guide en cours de route. Une fois à la basilique romaine, en restauration depuis plusieurs mois, on est en face d’un édifice qui remonte à une date incertaine, nous dit-elle. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’on est vite attiré par la touche particulière et architecture bien romaine, dont des courbures, des pleins cintres ou des chapiteaux ornés.
Avant d’entrer dans ce lieu saint, musée depuis 1972, un petit jardin archéologique s’ouvre aux visiteurs, amoureux de pièces antiques. Ce dernier comporte des statuettes anonymes, des inscriptions et d’autres objets. A l’intérieur de l’église, en levant les yeux, Vénus ou Aphrodite, déesses de l’Amour et de la Beauté, semblent recevoir avec élégance leurs «amoureux». Ainsi, le visiteur est vite impressionné par la grandeur, les couleurs et l’importante collection de lampes funéraires que renferment ces lieux. En ce sens, Mme Zenadi affirme : «La collection de lampes funéraires est inédites.»

Au fond de l’église, un grand sarcophage impérial aux muses, en marbre sculpté, où chacune des muses est représentée avec un symbole qui la distingue. Au milieu du musée, une vitrine qui comporte des ustensiles et du verre phénicien, et aussi des lampes à huile. Sur ces dernières, faites d’argile, on peut apercevoir plusieurs dessins. Comme on y trouve différentes inscriptions. Parmi les pièces qu’on a vues, une ne pouvait pas passer inaperçue car elle porte le symbole d’Hitler. Notre guide a expliqué que «ce symbole, utilisé par les bouddhistes, était synonyme de porte bonheur».
Une grande horloge solaire fait partie des objets rares que contient cette église, actuellement en restauration, l’a déjà été entre 1885 et 1905.
A côté de l’église se dresse une muraille très haute et épaisse, entourant tout le centre de la vieille ville. Il s’agit, en fait, du mur byzantin, qu’on appelle également la muraille de Solomon. «Ce mur, datant de 593, s’ouvre sur quatre portes : une sur le nord, la porte de Caracala, sur l’est, la porte de Solomon, sur l’ouest, la porte de Constantine, et une autre sur le sud», précisera Mme Zenadi. Notons que la porte de Caracala, actuellement en restauration, est la seconde plus grande porte romaine. Sur l’arc de la porte, on peut lire une dédicace faite pour Caracala. Il convient de signaler que les colonnes de la porte ont été bétonnées, ce qui leur enlève de leur esthétique, en plus des affiches qui y sont collées.

La basilique Sainte-Crispine, une ville dans une autre
«C’est la plus grande basilique d’Afrique du Nord», dira notre guide à propos de la basilique Sainte-Crispine, qui se trouve à quelques mètres de la porte de Caracala. «Ce monument basilical et ‘‘dédié’’ à Sainte-Crispine, tué devant ses deux enfants», dit-on.
A l’entrée de cet immense musée à ciel ouvert, une porte majestueuse s’ouvre pour accueillir les visiteurs. Une fois à l’intérieur, on est en face d’une grande cour, qui pouvait servir de promenoir. Un peu plus loin, on peut apercevoir l’entrée d’une catacombe, «consacrée à la pratique du christianisme clandestin, vers 385». Pour accéder à la basilique, dont la grandeur et l’épaisseur des colonnes ne laissent pas indifférent, on emprunte des marches en pierres. Toute la basilique est entourée de colonnes, dont deux doubles très hautes et posés sur des socles, en marbre. La hauteur des colonnes ne traduit que l’immensité de cette église. A droite des escaliers, un baptistère adossé à l’ancienne église. Au milieu de ce lieu saint, les restes d’un grand bassin, qui servait de vasque pour ablutions. On y remarque également une ouverture souterraine. «On dit que celle-ci s’ouvre sur une galerie souterraine, à travers laquelle on peut se rendre en Tunisie, ce qui reste à vérifier. On avance aussi l’hypothèse de la présence de tombes chrétiennes», explique Mme Zenadi.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la basilique servait de campement aux militaires. En effet, sur nombre de colonnes ou murs du musée, on peut lire les noms de plusieurs soldats.
Le parquet de l’église est en mosaïque. Elle est parfois visible, et parfois couverte de terre, «une manière de la sauvegarder», précise la guide touristique, qui connaît pierre par pierre ce monument. Et d’enchaîner : «Tébessa est classée la deuxième après Carthage pour les vestiges et monuments archéologiques qu’elle renferme.» Notons que la basilique a été découverte en 1880. Et, depuis, les protestants en route sur les traces de saint Augustin, qui officia dans cette église, viennent chaque année pour le pèlerinage.
A côté de la basilique, s’ouvre un espace, suivie d’un escalier par lequel on accède à plusieurs petits espaces, qui ont dû servir d’habitations aux moines et religieux. «C’est un hôtel de 19 chambres», précise-t-on. A proximité, de nombreux vestiges et tombes païennes et chrétiennes.
En sortant de «l’hôtel», une allée s’ouvre sur un grand jardin, donnant sur de nombreuses petites cellules. Il s’agit en fait des écuries, pouvant contenir 80 chevaux.
L’ensemble basilical ou ruines de la basilique Sainte-Crispine est entouré de chapelles, baptistères, catacombes et jardins. Il contient des allées, des écuries, de gigantesques escaliers, des chemins souterrains et beaucoup d’édifices. romains. Pour conclure, Mme Zenadi souligne : «Tous les vestiges et monuments de Tébessa sont mis en valeur et inscrits comme patrimoine archéologique.». C’est sur ces propos que prend fin notre «évasion archéologique».

T. L.

Les autorités ont dégagé une enveloppe budgétaire spéciale pour financer cinq grands chantiers. Il s’agit de l’inventaire des biens culturels immobiliers et immatériels et d’une banque de données des biens culturels immatériels de la wilaya, de la conservation de la muraille byzantine, de l’étude pour la préservation et la mise en valeur de l’église Sainte-Crispine, de la réalisation d’une clôture à Tébessa El Khalia et, enfin, de l’étude du plan permanant de sauvegarde et de mise en valeur du village de Youkous. T. L.  

par Tassadit Lazili

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