Chronologie d’une affaire étouffée par deux raisons d’état

EL WATAN 17/08/2008

Le 7 avril 1987, à 22h 35, Maître Ali André Mecili est assassiné devant l’entrée de son domicile à Paris, à l’âge de 47 ans.

Avocat au barreau de Paris, ce fervent opposant au pouvoir algérien depuis l’indépendance reçoit trois balles dans la tête. Trois jours après le crime, la justice française ouvre une information judiciaire confiée au juge d’instruction Françoise Canivet-Beuzit. L’enquête avance en titubant.

Deux mois plus tard, la police française arrête deux suspects, un algérien qui s’appelle Abdelmalek Amellou et sa concubine, une certaine Fatna Beliali. Le principal suspect nie tout rapport avec le crime. En l’absence de preuves accablantes, le juge chargé de l’affaire refuse de l’inculper. Abdelmalek Amellou est renvoyé en Algérie en compagnie de Fatna Beliali en vertu d’un arrêté d’expulsion pris le 12 juin par Robert Pandraud, ministre de la Sécurité de l’époque. La décision est motivée par des affaires remontant, pour les plus récentes, à 1983. L’enquête sur l’assassinat de Ali Mecili n’aboutit jusque-là à rien. Mais sa famille et ses proches refusent la fatalité et décident de se battre pour faire éclater la vérité sur son assassinat. Ils constituent ainsi un comité de défense qui dénonce l’immobilisme de l’instruction dont les secrets sont impénétrables. Près de quatre mois après les faits, l’affaire rebondit par le biais de la presse française qui publie les témoignages de l’entourage d’Ali Mecili sur les menaces qu’il avait reçu et les détails des auditions menées à partir du 11 juin qui mentionnaient les liens d’Amellou avec les services spéciaux algériens.

Le scandale éclate et les avocats d’Annie Mecili, veuve de la victime, demandent au juge d’instruction de délivrer une commission rogatoire internationale en vue de l’audition du suspect renvoyé en Algérie. Les langues allaient commencer à se délier. En novembre, l’une des sœurs de Fatna Beliali révèle effectivement à un inspecteur que celle-ci lui aurait avoué la culpabilité d’Amellou. Mais elle finit par se rétracter quelques jours plus tard, en pleine audition. Neuf mois après l’expulsion du suspect, soit en mars 1988, le juge d’instruction délivre une commission rogatoire internationale à destination des autorités algériennes. Celles-ci mettent trente-trois mois pour répondre à la commission rogatoire en disant que les investigations multiples et réitérées sont demeurées vaines et infructueuses. La veuve de la victime refuse de se taire devant les anomalies et les incohérences de l’instruction. Elle porte plainte pour « forfaiture et attentat aux libertés publiques ». Plainte qui aura une fin de non-recevoir en octobre 1992. En novembre de la même année, le juge Rivière, qui a remplacé Françoise Canivet-Beuzit, prononce le non-lieu. Cinq mois après, le parquet général de Paris se déclare pour la poursuite de l’enquête. La chambre d’accusation de la Cour d’appel de Paris ordonne ainsi la continuation de l’instruction, confiée cette fois au juge parisien Chantal Perdrix. Une nouvelle commission rogatoire internationale est adressée en 1998 aux autorités algériennes. Mais celle-ci restera sans réponse. La justice française tente à maintes reprises d’obtenir des éclaircissements sans y parvenir. Silence radio du côté algérien. En 2001, Hichem Aboud, ancien chef de cabinet du directeur central des services spéciaux algériens, monte au créneau et affirme, dans un entretien à l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur, l’implication du suspect Amellou dans l’affaire. Mais ses déclarations ne changent guère le cours des choses. En 2003, un déserteur de l’armée algérienne réfugié en Allemagne, le colonnel Mohamed Samraoui en l’occurrence, révèle les liens existant entre un agent des services de renseignement algériens et le suspect Amellou. Il passe en tant que témoin devant le juge d’instruction Baudoin Thouvenot, qui a repris le dossier. Un mois plus tard, le juge Thouvenot lance un double mandat d’arrêt international contre Abdelmalek Amellou et Mohamed Ziane (Rachid) Hassani, présumé commanditaire de l’assassinat de Ali Mecili.

Moahmed Ziane Hassani, devenu responsable du protocole au ministère des Affaires étrangères, est arrêté puis inculpé depuis le 15 du mois courant. L’affaire prend ainsi un nouveau cours. Ali Mecili a passé sa vie à militer pour la démocratie et les droits de l’homme en Algérie. Membre fondateur du FFS et proche de Hocine Aït Ahmed, il a fait partie des farouches opposants au pouvoir algérien jusqu’à son assassinat. Il a grandement contribué au rapprochement des différents courants de l’opposition dans les années 1980. Il a réussi d’ailleurs, en décembre 1985, à convaincre le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA) d’Ahmed Ben Bella et le FFS de Hocine Aït Ahmed de signer un accord à Londres. Ali Mecili a lancé, en août 1986, le journal partisan Libre Algérie, auquel ont collaboré des militants des deux partis (non agréés). Il a défendu jusqu’à sa mort la liberté d’expression et d’opinion, tentant au nom de la liberté de la presse d’obtenir le report des mesures d’interdiction prises en décembre 1986 et mars 1987 contre les revues du MDA. Ali Mecili s’est battu pour ses convictions politiques et les idéaux démocratiques jusqu’à son dernier souffle. Moudjahid pendant la guerre de Libération, il meurt assassiné pour les causes justes, vingt-cinq après l’indépendance.

(Sources : le livre de Michel Naudy, Un Crime d’Etat : l’Affaire Mecili et celui de Hocine Aït Ahmed, L’Affaire Mecili).

  par M. A. O.

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