Hip-Hop, Levi’s serré, gel…

La Depeche de Kabylie 18/08/2008 Hip-Hop, Levi’s serré, gel…

La jeunesse à la recherche de repères venus d’ailleurs


La Kabylie est en passe de subir les affres de la mondialisation et la transformation du monde en un grand village planétaire La tendance vers une globalisation des cultures condamne-t-elle les traditions et cultures locales à la décadence et par de là, leur disparition.

Les réponses à cette problématique qui suscite l’intérêt des sociologues qui se sont penchés dans plusieurs études et analyses puisque la revue Naqd a même consacré un dossier complet sur le thème pour son importance et la nécessaire intervention afin de sauver les meubles doit à cet effet prendre en considération les facteurs exogènes et endogènes qui ont influencé le processus de changement et de mutation ayant causé un profond bouleversement des valeurs dans la société kabyle. Bien évidement les jeunes sont une donnée importante dans cette matrice, puisque la majorité des points névralgiques de cette nouvelle situation y sont liés directement ou indirectement. Dans cet ordre d’idées l’on pourra dire rapidement que la jeunesse a provoqué une réelle révolution dans les mentalités. Certains mettraient ça dans la balance du positif pour soutenir les bienfaits de la modernité qu’ils disent épouser, le reste y voit une dislocation des valeurs, un éloignement des traditions, une trahison envers les ancêtres. Pour surprendre les mutations, qui sont apparentes d’ailleurs, nous avons pris à titre illustratif, l’habillement

Les jeunes tentés par le made-in
Une petite virée dans les artères de la ville des Genêts nous donne une idée parfaite du changement radical qui s’y est installé. Les jeunes Tizi-Ouzéens ont troqué les vieux et “démodés” habits pour embrasser la culture du made in. “Ce n’est plus l’ère du monopole, le marché est envahi par plusieurs marques et les jeunes choisissent selon leurs coûts et préférences. “Abstraction faite des prix,” nous-dit le jeune Hamid, propriétaire d’un magasin d’habillement au centre-ville de Tizi-Ouzou. Ce dernier nous dira que certains jeunes qui épousent une tendance occidentale peuvent s’offrir un Jeans “gommé” à plus de 12 000 DA. Il faut dire dans ce sillage que la culture hip-hop, qui est un mouvement culturel et artistique apparu aux états-Unis d’Amérique durant les années 70, trouve facilement sa place au milieu de la masse juvénile à Tizi-Ouzou, “chacun est libre de porter ce qu’il veut,” nous dit Mourad à peine 19 ans rencontré à l’interieur d’une boutique d’habillement. C’est justement cet esprit “libertin”, le besoin de marquer sa différence mais surtout une volonté du rupture avec tout ce qui est ancien qui pousse les jeunes Tizi-Ouzéens à bouder les traditions vestimentaires kabyles, burnous et robe kabyle entre autres. Ces derniers se sont effacés, non sans amertume pour laisser place aux prouesses des marques universelles Levi’s, Lacoste et autres Nike.

“Qui veut changer, trouve toujours une bonne raison pour le faire.” Cette citation d’André Maurois rime incontestablement avec la nouvelle tendance de la vie des jeunes à Tizi-Ouzou. Ces derniers expliquent les mutations par une volonté de s’inscrire dans la ligne de la modernité. Les mutations touchent des segment importants du quotidien des jeunes Tizi-Ouzéens. C’est le cas de le dire pour la musique qui est considérée à juste titre comme le plus touché par ce vent de “modernisme.”

La techno, le Hip-Hop, le Raï...
Les Aït Mengulet, Matoub, Idir et tant d’autres chanteurs qui ont bercé des générations entières voient le pont qui les relie à la jeunesse d’aujourd’hui s’écrouler graduellement. les anciens tubes laissent désormais place à des styles modernes qui font vibrer la masse juvénile. La techno, le Hip-hop, le rock, le blues, la pop, des styles étrangers à notre culture mais qui trouvent, cependant, une bonne place au milieu de nos jeunes. Ces derniers qui ont envoyé à la morgue le chant kabyle ancien, original, adoptent des styles, le raï entre autres, qui ont fini par déformer leur personnalité et dévaster l’échelle des valeurs dans une Kabylie, jadis, fière de ses traditions... de sa culture “je pense sincèrement qu’écouter les nouvelles chansons du rap ou les nouveaux chanteurs tel que Allaoua, Makhlouf et les autres nous donne de l’énergie, ce sont des chansons d’ambiance qu’on cherche, pour bouger et oublier les tracas de notre quotidien,” nous dit Sihem, accostée à la sortie d’un disquaire au centre-ville de Tizi-Ouzou. Le remède à cette situation de crise identitaire doit venir des jeunes eux-mêmes. Ces derniers devront certes se mettre au diapason de la modernité et du développement sans toutefois “divorcer” d’avec la culture locale, l’identité kabyle appelée à être sauvegardé pour les générations futures.
 

par A. Z.

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