Tradition, évolution, conservation...

La Depeche de Kabylie 18/08/2008 Tradition, évolution, conservation...

La Kabylie va-t-elle plus vite que la musique ?


Où va la Kabylie ? C’est là une question qui mérite d’être posée car au rythme où sont les choses, la Kabylie, qui subit des transformations sociologiques incessants, va finir par perdre tout ce qui est sien.

“Le Kabyle se sait plus où donner de la tête et où se situer” diront plus d’un. Entre évolution à l’occidentale et conservatisme “oriental” frôlant l’excessif, la Kabylie a déjà égaré certaines des valeurs ancestrales qui faisaient sa fierté dans un passé pas si lointain, que ce soit sur le plan de comportement individuel ou encore collectif, la région se reconnaît à peine. Le chanteur Zedek Mouloud, dans son dernier album sorti cet été, illustre parfaitement les changements qu’a connu une partie de la société kabyle à travers la chanson Eker A mussareoual. Où sont la robe et le bijou kabyles dans les tenues vestimentaires de la femme kabyle ? Ces habits que portaient fièrement les Aldjia, Drifa, Fadhna, Taous... ne sont plus du goût des Lina, Sabrina, Souad et autre Melissa, parmi les prénoms de femmes en vogue ces quelques dernières années. Twiza “le volontariat”, on en entend plus parler. Cela alors que la célébration des différentes fêtes a pris une toute autre tournure. Même la procédure de l’alliance conjugale n’est plus ce qu’elle était autrefois. Aujourd’hui, il n’est plus question pour un couple de se marier avant de se connaître au préalable. Pourtant, les divorces sont plus courants qu’auparavant, c’est que la femme kabyle connaît désormais “pleinement ses droits” devant l’homme qui malgré un semblant “d’évolution” continue à maintenir son désir d’exercer sa domination quand il s’agit d’une relation conjugale. “Avec ces choses on ne badine pas” dira-t-on. Pour certains, l’homme kabyle ne s’est occidentalisé “que de forme”, au fond, un Kabyle reste un Kabyle dans toutes les acceptions du mot. Pour certains, c’est seulement à l’âge de l’adolescence que le Kabyle embrasse ce qui lui vient d’ailleurs. Une fois adulte, un Ath Djemad, Ath Aïssi, Ath Irathen, un Ath Ouaguenoun, l’Azazgui, le Bejaoui, le Bouiri... a tendance à retrouver sa nature première dans sa manière de penser et de faire. Il est vrai, en effet que la dignité n’est nullement affectée encore moins infectée par la transformation que connaît la société kabyle. Une société qui reste la proie, toutefois, de plusieurs phénomènes sociaux étrangers à la Kabylie. La consommation d’alcool, drogues, la prolifération des lieux de débauche, les viols, le gain facile sont autant de phénomènes qui se sont infiltrés en Kabylie par la force des choses.

Le poid de la parabole...
Bien entendu le chômage auquel est soumise la jeunesse en particulier, est une des causes principales pour l’infiltration de ces phénomènes, mais certains autres paramètres ont grandement contribué à ce que certains qualifient “d’invasion socioculturelle.” D’aucuns estiment, en effet, que l’évolution technologique, se traduisant pour l’abondance des voies de communication, est pour beaucoup dans cette transformation. L’Internet et l’accès aux chaines de télévision étrangères notamment, ont introduit un mode de vie totalement étranger à toute une génération de jeunes qui se voient séduits par “la belle vie” menée outre-mer, à tel point qu’ils ont adopté un mode de vie à l’américaine ou à l’européenne, pis encore, des jeunes Kabyles pourtant aisés et ne manquant de rien dans leur pays ne s’empêchent pas de rêver d’aller vivre sous d’autres lieux en abandonnant tout derrière eux. En fait, ce n’est pas forcément pour fuir une quelconque misère que l’on tente l’évasion à l’étranger, mais c’est aussi afin de rejoindre ce que les différents séries et films diffusés sur les chaînes satellitaires montrent comme un véritable éden. Un éden où tout est permis... absolument tout. D’ailleurs force est de remarquer que le nombre d’émigrés a considérablement augmenté ces quelques dernières années. “Je connais des gens qui vivaient comme des rois ici et qui ont tout abandonné pour aller vivre misérablement en France...” fait remarquer un citoyen.
Bien sûr ce n’est pas tout le monde qui réussit à rejoindre l’autre rive de la Grande Bleue.

Evolution ou clochardisation ?
Ceux qui n’ont pas eu “cette chance” tentent ainsi de vivre à la manière que la parabole et autres font désirer. Une manière qui n’est pas faite pour plaire à tous les Kabyles rejetant dans la forme et dans le fond ce mode de vie “made in”, une frange de la société kabyle ne se retient pas pour afficher clairement à travers un autre comportement pas du tout kabyle, son refus par le port du Jeans, du tee-shirt, ou encore décolleté par exemple. Une situation qui a engendré une sorte de conflit dans la société, lequel conflit ne s’est pas généralisé car en Kabylie, malgré tout, les gens se respectent et respectent la vie d’autrui. En d’autres termes la moralité kabyle n’est pas atteinte. Celle-ci reste d’ailleurs une des valeurs que la région kabyle garde intacte en dépit de l’invasion d’un autre genre : celle des islamistes intégristes, du moins certains d’entre eux, qui continuent d’essayer d’imposer un autre système de vie tout aussi étranger à la région. Le Kabyle lui, soutient toujours que dans la vie chacun est libre de mener l’existence qui lui semble la meilleure. Mais au milieu de ce mouvement de société qui va vraiment dans tous les sens, la Kabylie continue à perdre une à une ses traditions. Certains parlent même de la clochardisation de la société laquelle vit au gré des transformations des grandes nations qui mènent le bal dans l’un ou l’autre sens au sein d’un nouvel ordre mondial tout aussi conflictuel.
 

par M. O. B.

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