Affaire Mecili et rétention du diplomate algérien

Rahabi : “La crédibilité de l’état est engagée”

LIBERTÉ 20/08/2008  

Un diplomate algérien de haut rang est retenu à Paris depuis une semaine sans susciter la moindre réaction officielle, jetant ainsi l’opprobre sur un serviteur de l’État et entretenant le doute sur sa personne dans l’affaire de l’assassinat d’un patriote algérien, Maître Ali Mecili, dans laquelle il n’est concerné ni de près ni de loin.

 

Averti de cette confusion, Mohamed Ziane Hasni n’avait pas cessé, ces dernières années, d’apporter aux autorités françaises une série de preuves matérielles destinées à lever toute équivoque ou méprise sur son état civil. Considérant suffisantes les assurances données par des représentants officiels français, il s’est librement rendu en France pour un séjour privé. Interpellé, il a subi d’insupportables pressions psychologiques, a été humilié pendant son interrogatoire, avant d’être transféré à Paris comme un vulgaire délinquant et y être soumis à résidence surveillée dans les locaux de l’ambassade d’Algérie. Comment cela a-t-il pu être possible ?
La réponse est simple et complexe à la fois : simple dans la mesure où nous n’avons pas, comme la France, des traditions de protection des nationaux à l’étranger qui transcendent les considérations personnelles, l’homme n’étant pas encore chez nous au centre de tout. Les choses sont un peu moins simples dès qu’il s’agit de la France avec laquelle la surcharge émotionnelle n’a pas pu être atténuée et l’on convoque à chaque fois le passé pour ne pas affronter le présent.

La France officielle tétanise d’ailleurs beaucoup de nos dirigeants ; elle doit — on peut le supposer — avoir des raisons de le faire. La situation devient un peu plus complexe quand on sait — il n’est un secret pour personne — que depuis presque dix ans, l’opérateur exclusif de la politique étrangère en Algérie est la présidence de la République qui adopte en la matière des méthodes anachroniques en ce qu’elles privilégient les réseaux et les arrangements équivoques ou le spectacle au détriment de la mobilisation de l’appareil diplomatique, qui maîtrise les imbrications des relations internationales et les synergies possibles avec la situation interne. Il a dignement géré par le passé des crises diplomatiques bien plus délicates et pour ce faire, puisé dans la doctrine algérienne sur la souveraineté, rendu coup pour coup en tenant son opinion publique informée et mobilisée pour défendre ce qu’elle a de plus cher, sa dignité.

Aujourd’hui, les calculs internes animent la politique étrangère qui subit le contre-coup d’un usage excessif de la diplomatie dans le jeu des rapports de force dans une conjoncture préélectorale qui a fait, pour l’exemple, que le ministre des Moudjahidine s’absente d’Alger, comme pour se repentir de ses malheureuses déclarations chaque fois que Kouchner nous rend visite ou que l’Algérie n’a plus de positions claires et affirmées sur les dossiers d’actualité internationale.

Mon collègue Hasni est plus l’otage des calculs internes que victime d’un dysfonctionnement français qui ne tardera pas — sans doute — à être levé pour le rétablir irrévocablement dans ses droits, faute de quoi la crédibilité de l’État algérien sera entachée et la confiance que devraient légitimement lui porter ses serviteurs n’en sera pas épargnée. Très peu s’en soucient en ces temps de destins individuels.

abdelaziz rahabi
Ancien ambassadeur
Alger, le 19 août 2008  

par Adelaziz Rahabi

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