Commémoration du 4e anniversaire de la disparition de Ali Zamoum

La Dépêche de Kabylie 28/08/2008 Commémoration du 4e anniversaire de la disparition de Ali Zamoum

 

Un combat, un homme, un héritage

Quel est le plus bel hommage qu’on puisse rendre au révolutionnaire de la première heure et à l’humaniste hors pair que fut Ali Zamoum appelé affectueusement Dda Ali ?

La population de Kabylie et les enfants du Djurdjura ont su perpétuer la mémoire de leur homme en héritant de ses plus beaux idéaux et en continuant le travail qu’il a amorcé avec tant d’amour et de dévouement. Consacrant sa jeunesse à combattre pour l’indépendance du pays et sa retraite au service des plus démunis, Ali Zamoum, qui demeure un repère pour de nombreux militants, a fondé le 5 septembre 1996, dans une période des plus sombres de l’histoire de l’Algérie indépendante, l’association socio-caritative "Tagmats", un mot lourd de sens dans un pays livré aux déchirements les plus atroces. Fidèles au serment qu’ils ont prêté à Ali Zamoum comme l’a fait lui-même un certain 1er Novembre devant la déclaration éponyme, les membres de l’association Tagmats, auxquels se sont jointes des figures emblématiques de la région, ont relevé le défi d’apaiser les souffrances des malades et de leur rendre le sourire, faisant ainsi de ce groupe l’un des plus actifs au niveau national.


Tagmats, 12 ans de dur labeur et beaucoup de larmes séchées
Célébrant le 12e anniversaire de la création de Tagmats commémorant le 4e anniversaire de son président fondateur Ali Zamoum, une cérémonie rassemblant les membres de l’association, les médecins et les pharmaciens apportant une grande assistance en matière de prise en charge des malades sans ressources et l’ensemble des bienfaiteurs, sans lesquels l’association n’aurait pu réaliser de tels exploits. Cette rencontre qui instituera à coup sûr une dynamique d’action sociale digne des valeurs et principes de nos aînés et créera un cadre d’expression de la fraternité et de la solidarité permettra d’initier des opérations d’aide et d’entraide envers ceux défavorisés et qui se trouvent dans le besoin. S’étalant sur deux journées, les 28 et 29 août, plusieurs activités marqueront cette célébration, à commencer par un recueillement au carré des martyrs de Tizi n’Tleta avec le dépôt d’une gerbe de fleurs sur la tombe où repose Dda Ali. Une action de solidarité sera menée à l’hôpital de Draa El Mizan qui, rappelons-le, a eu droit à plusieurs dons de l’association et un prix de mérite institué il y a deux années, pour récompenser une personnalité qui a marqué l’année par sa générosité. Le prix Ali Zamoum 2008 sera décerné à un bienfaiteur de l’Algérois qui a ouvert son cœur et les portes de sa maison aux démunis. Il est à signaler que l’association Tagmats se bat au quotidien et a entrepris plusieurs actions au profit des pauvres et des malades telles la réception de plusieurs centaines de lunettes de vue en provenance de France par l’intermédiaire de Tagmats Europe Algérie avec une priorité pour les écoliers, circoncision collectives et individuelles d’enfants, collecte d’argent pour les femmes nécessiteuses de la région et distribution de médicaments et de matériels médicaux et transport de malades par ambulance offerte par le CHU de Grenoble par l’intermédiaire des Médecins du Monde. Un projet cher à Dda Ali qui s’est démené pour sa réalisation et a pu enfin voir le jour à travers la construction d’un dispensaire à Helouane, un hameau reculé au pied du Djurdjura. Le coup de starter des travaux donné en 2006 par la veuve Zamoum a été fort en émotion et a constitué une très belle preuve de fidélité de ses enfants qui ont mené à bien son projet.

De l’action militaire
Né le 29 octobre à Boghni, Ali Zamoum a été dès son jeune âge en contact très étroit avec les militants du mouvement national, dont son frère aîné Mohamed alias le colonel Si Salah. Doté d’un patriotisme inégalable, il est passé de simple sympathisant à militant, chef de cellule, chef de groupe puis chef de kasma de la région au sein du PPA MTLD. Responsable d’une des six régions que comptait la Kabylie, Ali Zamoum homme de confiance de Krim Belkacem, reçoit de ce dernier la déclaration du 1er Novembre dont il a eu la charge de la reproduire en plusieurs exemplaires. Alors âgé de 21 ans seulement, Ali Zamoum s’acquitta de sa tâche et assura comme prévu le tirage et l’expédition du document vers les destinations indiquées. Arrêté au maquis et condamné à trois reprises par le tribunal militaire d’Alger et incarcéré dans plusieurs prisons d’Algérie et de France il partagea la cellule de nombreux condamnés à mort à l’instar de Ahmed Zahana auquel il était très lié et qui fut guillotiné le 9 juin 1956 à la prison de Serkadji. Occupant après l’Indépendance le poste de responsable militaire à Bordj Ménaiel, il ne tarda pas à le quitter pour se consacrer à des actions civiles.

à l’action civile et sociale
Estimant que le serment du 1er Novembre est accompli et mettant les armes de côté après la libération du pays du joug colonial, Ali Zamoum, le militant à l’énergie débordante ne se mettra pas au repos et servira encore son pays en assurant plusieurs fonctions au sein de l’administration centrale. Il a été nommé directeur du centre d’éducation surveillée de Birkhadem puis a pris de la première maison d’enfants "le château Holden." Il fut désigné également préfet de Tizi Ouzou, directeur du complexe textile de Draâ Ben Khedda, directeur de l’Institut des hydrocarbures de Boumerdes et enfin directeur de la formation au ministère du Travail et des Affaires sociales. A la retraite, Dda Ali fera son retour au village natal, et demeurer proche du petit peuple et à l’écoute de ses semblables. Il tentera de rendre hommage à ses frères de combat en préservant leur mémoire de l’oubli. Dans cette optique, il a alors entrepris des recherches et a rédigé des biographies plus ou moins approfondies pour certains d’entre eux, a effectué des démarches administratives auprès des autorités afin de rétablir les vrais moudjahidine dans leurs droits et il est même allé jusqu’à solliciter les services concernés de baptiser les infrastructures au nom de ces maquisards. Toujours dans cette volonté de dépoussiérer l’histoire de la Guerre d’Algérie, Ali Zamoum a initié et contribué à la réalisation de monuments et stèles d’anciens compagnons d’armes et animé des conférences traitant du mouvement national à la demande de plusieurs associations culturelles ou de jeunes. Encouragé par Kateb Yacine, il a écrit un livre intitulé Tamurt Imazighen. Mémoires d’un survivant 1940-1962. Ne pouvant s’empêcher de répondre au cri du cœur et à l’appel de détresse des démunis et des malades,il s’inscrira dans l’action sociale et créera en 1996 avec un groupe d’amis une association à vocation sociale et humanitaire et contactera plusieurs de ses connaissances installées en France en leur proposant de créer également une association caritative à Paris. Ce qui se réalisera en février 1998 sous l’appellation Tagmats Solidarité Europe. Quatre ans après sa disparition, l’âme de Dda Ali plane toujours sur Tagmats et étend ses ailes protectrices pour guider ses enfants à redonner le sourire aux milliers de malades. L’image du fondateur de Tagmats, au volant de sa fourgonnette, sillonnant les ruelles des villages les plus reculés de la Kabylie , demeure encore vivace dans les esprits, désormais marqués à jamais. En dépit de son absence physique, la seule évocation de Ali Zamoum, témoignent les membres de l’association, agit tel un passe-partout qui réussit à attendrir les cœurs les plus endurcis et à ouvrir les porte-monnaies des plus réticents… merci Dda Ali !

H. Hayet


Contribution

Ali Zamoum militant-citoyen

De son vivant Ali Zamoum faisait ce constat.
“ A l’époque, nous nous étions totalement engagés dans la lutte, guidés par les idées de militantisme, motivés et impliqués dans le processus de la lutte pour la libération du pays.

Aujourd’hui, alors que les responsables ne s’intéressent qu’à amasser des milliards, nous ne nous sentons pas concernés et ne participons pas à ce qui se trame.” Un jour, alors que nous prenions un café à la maison à Ighil Imoula, il me dit : “Tu sais, j’ai rencontré Boudiaf, président du HCE. Depuis son retour au pays, il voulait me voir. Après m’avoir exposé la situation, il m’a demandé de travailler avec lui dans l’intérêt du pays comme nous l’avions fait par le passé à la veille du déclenchement armé le Premier Novembre 54. ”

Comme j’attendais d’en apprendre plus, il poursuivit :
“Avec toi, il n’y a pas de problème, lui ai-je répondu mais pas avec les autres.” Tout est dit, je comprenais bien la position et la vision de mon oncle, bien que je m’étais réjoui que Boudiaf l’ait sollicité, comme lui avait été ravi et content d’être allé le voir. Bien avant cette période déjà, Ali a été sollicité par Boumediene juste après le coup d’Etat de 1965. Nana Ouiza, sa veuve, se rappelle de cet épisode. Ali n’appréciait pas tellement la convocation émanant de la présidence mais avait tout de même accepté de s’y rendre. De l’entretien qu’il a eu, il lui a rapporté ceci:
“J’ai alors retiré de la poche la carte de moudjahid et l’ai déchirée sous ses yeux. “Ne m’appelez plus” lui ai-je dit. “Si vous voulez me mettre en prison, je n’ai pas peur car je viens d’en sortir ; si vous voulez me tuer, vous êtes habitués à cela. ”

Les militants de la cause nationale étaient de bonne foi, mai depuis l’indépendance du pays, et pour beaucoup d’entre eux, désabusés, meurtris de voir les dérives multiples engendrées par la gestion des affaires de l’Etat, ils se sont attachés à respecter les valeurs humaines enracinées en eux, affirmant leur conviction de rester fidèles aux principes de leur engagements originel, afin de toujours agir dans l’intérêt du pays, aider les citoyennes et les citoyens à retrouver leur dignité, leur statut, leur liberté et leur indépendance. Beaucoup ont effectivement agi selon la conviction qu’il faut toujours rester mobilisé, engagé et impliqué dans / pour les causes justes.

Dans cet esprit et selon cette logique, Ali Zamoum notait en août 1992 :
“À présent, je suis convaincu de ce que j’ai toujours dit : au moment de partir, on a toujours l’impression de laisser quelque chose d’inachevé en chantier... C’est vrai que j’ai consacré toute ma vie à ce pays. C’est étrange de penser ça, de le constater et de le dire sans pudeur. J’ose à peine y croire. Et pourtant. Aujourd’hui, à 59 ans, j’assiste impuissant en spectateur à un affrontement meurtrier entre Algériens qui se disputent le pouvoir en Algérie... Le devenir de ce pays n’est plus entre nos mains. Il ne me reste qu’à en souffrir.” Ali a, pour ceux qui le connaissent, de tous temps, été préoccupé par la souffrance des autres. Jamais guidé par un intérêt individuel, personnel, il a toujours prêté attention à ceux qui souffrent, cherchant à leur apporter soulagement, réconfort, aide assistance dans la solidarité affirmée et la fraternité retrouvée et réaffirmée.
C’est ainsi que tout naturellement l’association qu’il créa en 1996 avec un groupe d’amis fut dénommée Tagmats-solidarité-fraternité en tamazight.
Mais avant cela déjà il s’est en permanence consacré à soulager la souffrance des autres sans rien attendre en retour, recueillant un orphelin par ici, accueillant une famille par là.
Foncièrement homme de bien, il n’a jamais recherché l’enrichissement ni poursuivi la notoriété.

Au moment de la rédaction de ce texte me revient à l’esprit le proverbe chinois qui dit : “ On ne juge pas un homme sur ce qu’il dit ou pense de lui-même mais sur ses actes. ”

La commémoration de son décès survenu le 28 août 2004 et la célébration du 12ème anniversaire de la création de Tagmats le 5 septembre 1996 symbolisent au mieux l’homme de son action. “Tagmats? d afus deg fus! La fraternité?- C’est la main dans la main! ”

Tout un programme mais aussi, et surtout, un engagement, pour :
venir en aide aux personnes économiquement faible ;
aider les malades nécessiteux par la mise à disposition, sous contrôle médical compétent, de produits pharmaceutiques et de matériel médicaux ; assister moralement et matériellement les personnes en détresse et dépourvues de soutien.

C’est par delà ces objectifs fixés que s’affirme l’engagement des membres fondateurs de Tagmats, leur dévouement et leur abnégation. Depuis sa création, l’association dénommée après le décès de son président fondateur Tagmats Ali Zamoum n’a céssé de poursuivre les objectifs qu’elle s’était fixés, tels que :
Collecte et distribution aux nécessiteux de médicaments (grâce à la gestion d’une petite pharmacie), de glucomètres à des enfants diabétiques, de lunettes, vêtements, produits alimentaires et articles vestimentaires ;
Collecte et distribution de livres aux association, bibliothèques, écoles et lycées ;
Secours aux personnes âgées abandonnées et prise en charge de malades nécessiteux ( consultations médicales, traitement, hospitalisation...etc), transport par ambulance (don du CHU de Grenoble), aujourd’hui vétuste (datant de 1987) ;
Mise à disposition de fauteuils roulants, matelas anti escarres ;
Assistance au Centre psychopédagogique de Boghni ;
Développement d’un partenariat avec “ Espoir pour un Enfant - Montpellier” qui a abouti à la prise en charge en 2005 et 2006 de deux enfants malades ;
Assistance aux populations touchées par les séismes de Boumerdès (2003) et Laâlam (2006) ;
Engagement d’actions de solidarités pour l’hôpital de Boghni (2005), du centre d’accueil de Yakouren (2006), d’une famille de handicapés à Draâ El Mizan (2007) ;
Lancement du Centre de santé à Hallouane, aujourd’hui en attente de fonctionnement. C’est en reconnaissance à l’engagement de son président que l’association Tagmats a institué depuis 2005 le Prix du méritée Ali-Zamoum qu’elle attribue chaque année à des personnes ou groupes de personnes qui se distinguent par des actions de solidarité envers les plus démunis, les nécessiteux.. Ali-Zamoum repose au carré des martyrs de Tizi n’ Tléta et son œuvre se poursuit à travers toutes celles et tous ceux qui restent engagés par des principes militants pour des valeurs nationales.

Rabah Zammoum, neveu de Ali zammoum, août 2008

  par H. Hayet

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