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Un journaliste talentueux et sage nous quitte

Mohand aghma

 Mohand Saou était un grand journaliste de la radio algérienne. L'annonce de son ce décès est tombée comme un couperet. Il n'avait que 53 ans et il a laissé derrière lui deux enfants et une femme meurtrie. Mohand n'était pas seulement un collègue que je croise au Boulevards des Martyrs, siège de la radio algérienne avec ses différentes expressions.

Il était un ami, un frère, un complice d'un rêve que toutes ces personnes algériennes et surtout kabyles chérissaient au plus profond d'elles-mêmes. Un rêve de voir un jour ce pays tant malmené sortir de ce cauchemar et s'orienter vers un avenir radieux pour tout le monde.

Les années noires (1990) nous ont dispersés à travers le monde. Chacun ses rasions ou ses contraintes. Donc, on se voyait rarement, mais lui, la distance ne l'empêchait jamais d'appeler pour s'enquérir des nouvelles de ses amis ou les inciter à s'impliquer davantage dans le combat pour la liberté de la presse. Une presse libre à laquelle il croyait de toute son âme et ce, malgré les embûches qui viennent certes du pouvoir, mais aussi de certains clans qui pourrissaient le climat de la profession au sein de la radio algérienne. Il aimait la chaîne III, mais il adorait aussi la chaîne II. Il adorait nous rendre visite ne serait-ce que pour quelques minutes pour parler de l'actualité et surtout de nous, de notre identité berbère. Il avait ce don de parler des choses sérieuses avec beaucoup de sérénité, ce qui force son adversaire ou interlocuteur à le respecter davantage.

Ce qui est extraordinaire -et l'histoire doit le retenir- est que Mohand n'avait pas de mur dans sa tête. Il avait un esprit ouvert. Il traversait les étages de la tour sans préjugés. Contrairement à pas mal qui ont créé des États au sein du Boulevards des Martyrs. En effet, chaque chaîne avait son monde, ce qui séparait de facto le personnel payé par des contribuables algériens pour les servir. On a l'impression qu'on servait plusieurs peuples. Et certains se croyaient même plus algériens que d'autres ou plus intellectuels que d'autres. Wow ! C'était horrible de côtoyer ces gens-là chaque matin. On n'avait rien en commun, absolument rien. Pendant des années, on tentait de complexer le personnel de la chaîne II en le privant de ses droits les plus élémentaires, juste parce qu'il travaillait dans une langue que le pouvoir ne portait pas dans son cœur. Mohand, ne faisait pas partie de ce monde ignorant et complexé d'être lui-même. Il n'avait jamais caché ses origines kabyles. D'ailleurs, il suffit d'échanger quelques mots avec lui pour déceler cet accent mignon de la Kabylie. Et quand on se parlait en Kabyle, c'était tout simplement génial.

Dans les années 2000, il avait accepté d'être directeur de la chaîne II, mais les assoiffés du pouvoir et les arrivistes ne l'avaient pas laissé faire ses preuves. Il voulait vraiment asseoir de nouvelles façons de travailler à la II. Il a vite désenchanté. Encore une fois, la II rate une chance de s'en sortir et tombe de nouveau entre les mains de ceux qui l'ont étouffée maintes fois pour plaire au système.

Dur, dur de te voir partir…

Que c'est dur d'apprécier sa journée et même sa vie après une nouvelle aussi dévastatrice. Sincèrement, la nouvelle de ta mort m'a complètement ébranlée. Tu faisais partie de notre parcours de journalistes rêvant d'une Algérie libre, moderne, intelligente, démocratique et juste. Il est très difficile de te dissocier de ce parcours, de la bibliothèque des Sciences politiques à Alger. Il est très difficile de revoir le Boulevards des martyrs sans revoir ta silhouette d'un homme très simple et respectueux. Tu avais ce côté hautement humain qu'on apprécie au premier contact avec toi. Tu travaillais à la chaîne III et moi à la II, mais tu mais nous rendre visite. La II était pour toi une sorte de voyage en Kabylie, ta Kabylie. C'était ton chez toi. Tu ne parlais pas trop de certaines choses, mais tu as toujours été fier de tes origines berbères. J'ai eu la chance de te revoir à Draria en août 2006. Je n'avais pas imaginé un seul instant que c'était la dernière fois que je te voie.

Tu viens de rejoindre d'autres amis qu'on a perdus brutalement. Que Dieu ait ton âme. Du courage à ta famille et à tes amis.

Désormais, tu fais partie de ces personnes qu'on n'oublie pas de si tôt.

Repose en paix cher collègue. Repose en paix cher ami. Repose en paix cher frère.

 

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