Amirouche : un homme d'État trahi par les siens


Le prix de la libération et de la dignité

Amirouche : un homme d'État trahi par les siens Le prix de la libération et de la dignité Hamou Amirouche, un historique de la révolution algérienne, qui est venu des États-unis, a donné une conférence émouvante au centre Saint-Pierre de Montréal sur les moments privilégiés qu'il avait passés avec le colonel Amirouche, chef de la Wilaya III, la Kabylie. Cette Kabylie qui a dérouté la quatrième république française et même l'Algérie indépendante.

 

 

 

Se positionner en temps de guerre

Hamou Amirouche a déchiré sa carte de Français musulman pour monter au maquis et lutter auprès des siens. Il n'avait que 19 ans. « Ce qui m'a incité à trancher était le fait d'être voisin de mon père emprisonné et torturé cruellement ». Da Hamou suivait une formation juste à côté de la prison. Son père, militant de la première heure du nationalisme algérien et nord-africain, était incarcéré dans une pitoyable prison coloniale. Pis encore, Hamou et sa famille ont été forcés par l'armée française à regarder le spectacle de la torture et de l'humiliation dont a été victime son père au sein même de leur maison. C'en était trop pour un jeune kabyle de Tazmalt. Donc, il ne pouvait pas être différent de son père. Cependant, pour rejoindre l'ALN, il fallait commettre des attentats et voler des armes aux Français. Une mission compréhensible en temps de guerre contre l'une des plus grandes puissances coloniales de l'époque, mais qui pesait lourd sur la conscience d'un jeune homme plein d'humanisme malgré tout. Sa rencontre avec le colonel Amirouche lui a épargné ce lourd fardeau : « Amirouche m'a évité cette terrible épreuve ». Le colonel l'avait recruté en tant que secrétaire particulier, car il avait détecté en lui un potentiel dont il avait besoin. Aussi, ce colonel qui s'est doté d'une carapace de glace, ne s'empêchait pas de poser parfois des gestes tendres et affectueux comme le souligne son secrétaire : «Je faisais partie des rares personnes qui ont eu ce privilège. Il a posé sa main sur mon épaule. Il me considérait comme son fils. Et pourtant, il n'y avait de 11 ans d'écart d'âge entre lui et moi ».

Une collaboration mémorable

Hamou avait ce privilège d'être apprécié dès le premier contact par le chef militaire de la wilaya III, la Kabylie. Il avait donc entamé l'une des plus belles aventures de l'histoire de la révolution algérienne. En effet, travailler à côté d'un colonel rude, rigoureux et intransigeant et surtout avoir son entière confiance n'était pas donné à n'importe qui durant cette période de guerre sans merci. Une fois rendu au maquis, Hamou a été impressionné par la simplicité d'un leader et un peu choqué par une sorte d'inconscience collective de tout le groupe dont Amirouche. Ces derniers, visiblement exténués par les responsabilités de la journée et les nombreux déplacements clandestins, se sont endormis sans se soucier des normes de sécurité. Et pourtant, le jeune Hamou a vite saisi que Amirouche était bel et bien protégé par des civils et surtout par sa notoriété et sa popularité. Arrivent alors les choses sérieuses pour Hamou. Amirouche lui confia une mallette pleine d'argent et de documents secrets. Sa mission était donc claire : « Il y avait beaucoup d'argent et des documents ultra confidentiels, mais très minces, côté volume », souligna-t-il. Donc, Hamou rédigeait tous les ordres et les messages des stratégies du chef de la wilaya III. Cependant, les moments qui l'avaient le plus ému lors de ses échanges avec Amirouche sont les cris du cœur d'un chef militaire qui avait écrasé tout signe d'émotion humaine : « Aruyes I temghert iwaken ur-teghilif ara (Écris pour ma mère pour la rassurer) », lui murmura-t-il à l'oreille. Aussi, ce moment décisif d'annuler l'ordre d'exécution d'un médecin qui avait refusé de servir l'ALN : « Quand Amirouche m'a ordonné de déchirer l'ordre d'exécution de ce médecin, j'ai senti un agréable soulagement. Il était le médecin de notre famille. Je le connaissais bien. D'ailleurs, après la guerre, il est devenu député au parlement. Enfin, c'est le destin qui l'a sauvé». Il y a surtout le souci que se faisait Amirouche pour son peuple. Ayant arrêté une circulaire limitant la consommation des viandes à deux jours par semaine, Amirouche était en colère contre un compatriote qui n'a pas respecté les consignes juste pour faire plaisir au chef. Tout le festin a été donné aux sentinelles. Amirouche pensait aussi aux femmes enceintes et aux enfants. Il les aidait du mieux qu'il pouvait pour qu'ils aient du lait et du manger.

La route vers la Tunisie

La saga entre l'intérieur et l'extérieur commençait à peser lourd sur les reins et les nerfs de Amirouche. Les armes et les munitions commençaient à manquer et ceux qui avaient la charge d'approvisionner les maquis avaient failli. Donc, les responsables de l'intérieur envoyaient des soldats à Tunis pour y remédier. Le voyage durait une quarantaine de jours. Ce n'était pas évident d'accéder au pays voisin et encore moins de revenir en Algérie. Un jour, Hamou Amirouche faisait partie du convoi. La survie de celui-ci relevait du miracle : « Nous avions effleuré la mort plusieurs fois . Par miracle, nous avions survécu, peut être grâce au fait que les appelés français parfois faisaient semblant de ne pas nous voir. Ils ne voulaient pas mourir eux non plus ». Une fois arrivé à Tunis, Hamou était outré par le mode de vie des membres du FLN : « Ils menaient une vie de bourgeois alors que les maquis manquaient de tout et crevaient la dalle ».

Amirouche, Si El Haouès et l'embuscade de la trahison

Les gens de l'intérieur avaient un seul objectif : débarrasser l'Algérie et le peuple algérien du joug colonial. Point de retour en arrière. Selon le témoignage de Hamou, Amirouche disait : « Nous n'avons pas d'autre choix. Nous luttons pour la liberté ou nous mourrons les armes à la main ». Il se trouve que les gens de l'extérieur valsaient dans des symphonies hors champs. Amirouche et Si El Haouès avaient décidé de partir à Tunis pour régler les comptes avec ces inconscients ou ces traîtres. Malheureusement, la France a eu vent du déplacement de ces deux révolutionnaires qui la déroutaient et que des traîtres lui avaient offerts sur un plateau de diamant pas d'argent : « la Kabylie était le cauchemar des Français. D'ailleurs, la proposition de son autonomie a été catégoriquement rejetée par Amirocuhe », précisa le conférencier. Grâce aux informations précises qu'elle a eues, la France a mobilisé son arsenal militaire et elle a réussi à neutraliser Amirocuche et son compagnon. Ils n'avaient pas atteint leur destination et encore moins leur objectif. C'est-à-dire, assainir les rangs du FLN des frontières et renforcer les maquis. Da Hamou, sans révéler les noms des traîtres, insistait sur le fait que : « Amirouche ne révélait jamais son itinéraire ». Donc, on pourrait déduire que l'information a été donnée par le groupe restreint qui l'attendait à Tunis. Tarwi!

Questions légitimes et poignantes des présents

À l'issue de la conférence, l'assistance a questionné le témoin d'une partie de la révolution. Mohand Sebti, fils de martyrs outré par la gestion de l'Algérie indépendante, se questionne sur la pertinence de cette révolution: « Je me retrouve à l'étranger alors que mon père est mort à 39 ans pour mon pays. Même ma mère n'avait pas le droit de se faire soigner à l'hôpital militaire le plus sophistiqué d'Algérie ». Tout en comprenant la douleur de Mohand, Da Hamou dira : « Heureux les survivants qui ont vu la fin des ténèbres » D'autres intervenants ont voulu savoir un peu plus sur les tendances idéologiques de Amirouche. Hamou dira : « Il avait flirté un peu avec les Oulémas, mais il n'était pas islamiste. D'ailleurs, au maquis, certains faisaient la prière régulièrement, d'autres préféraient monter la garde que de la faire. C'est ça notre histoire ».

Pourquoi avoir attendu plus de 40 ans pour dire certaines vérités?

Hamou Amirouche n'a pas répondu à cette question lors de la conférence, mais la veille, lors du cocktail à Holiday Inn, il a expliqué ses raisons : « L'assassinat de Amirouche m'a ébranlé. La tournure qu'a prise la révolution m'a scandalisé. Le déclic était octobre 1988. Même si l'idée d'écrire cet essai ou de recueillir des témoignages d'autres acteurs me hantait depuis longtemps, ce n'est qu'en 1988 que ma décision était prise pour réhabiliter ce grand homme qu'on a voulu effacer de notre mémoire ou de le réduire à un simple tyran ». Y aurait un lien entre l'assassinat de Amirouche, de Si El Haouès et Abane, Hamou Amirouche est plus que certain. Da Hamou a été plus que généreux dans son intervention et ses réponses à l'assistance qui était avide de connaître le moindre détail de ces moments qui ont libéré l'Algérie malgré les trahisons et les coups bas. De son côté, M. Hamza Outmoune, président de l'Association Assadekia-Québec(ACAQ) a été clair quant à l'objectif de cette première activité : « Pourquoi ne pas s'approprier notre histoire et notre Algérie et permettre à nos enfants d'avoir un lien d'appartenance à leur pays d'origine? Notre révolution est restée pendant longtemps la chasse gardée de la caste au pouvoir. Nous avons donc le droit de chercher la vérité même par des gestes simples et citoyens ».

Encore des vérités SVP !

La rencontre avec cette légende de notre révolution a pris fin vers 22h30. Une toile de son portrait avec Amirouhce réalisée par Kamel Benidjer et un tableau du Z amazigh de Missila Izza lui ont été offerts par les organisateurs de l'évènement. Hamou Amirouche a-t-il tout dit de son vécu et de ce qu'il sait de la révolution de 54? Plusieurs présents, impressionnés par les qualités intellectuelles de l'homme, sont persuadés qu'il a encore des choses à révéler dans un avenir proche. Pour finir, Da Hamou a, à 19 ans, déchiré la carte d'identité coloniale. Les jeunes Kabyles de 1980 ont brûlé les postulats du FLN imposteur. Le combat continue pour d'autres générations pour bâtir un pays qui n'a pas encore vu la lumière au bout du tunnel.


Djamila Addar

 

You have no rights to post comments