SALLUSTE : LA GUERRE DE JUGURTHA - VII

 

VII

 

LXXXVI - Ayant ainsi parlé et voyant la plèbe raffermie dans ses résolutions, il se hâte d'entasser sur des bateaux vivres, argent pour la solde, armes, bref tout le nécessaire, et, avec ce convoi, fait partir son lieutenant A. Manlius.
Pendant ce temps, lui-même lève des troupes, non par classes, comme autrefois, mais au hasard des inscriptions, qui amenaient surtout des prolétaires : résultat dû, selon les uns, au nombre insuffisant d'inscrits appartenant aux hautes classes, selon les autres, à l'ambition du consul, dont la gloire et les succès étaient l'œuvre de ces gens-là. Pour un homme qui veut conquérir le pouvoir, les classes pauvres sont un appui tout indiqué ; rien n'a de prix pour elles, puisqu'elles ne possèdent rien, et tout leur semble honorable, qui leur rapporte quelque chose. Marius part donc pour l'Afrique avec un peu plus de soldats que ne lui en avait accordé le Sénat, et, en quelques jours, aborde à Utique. L'armée lui est remise par le lieutenant P. Rutilius ; car Métellus avait évité de rencontrer Marius, ne voulant pas voir ce dont l'annonce lui avait été intolérable.

LXXXVII - Le consul complète l'effectif des légions et des cohortes auxiliaires, et gagne un pays fertile, riche en butin : toutes les prises, il les abandonne aux soldats ; il s'attaque aux forts et aux places médiocrement défendues par la nature, tenues par une faible garnison ; souvent il livre des combats, d'ailleurs sans importance, ici et là. Les recrues prennent, sans avoir peur, part à la bataille ; elles voient les fuyards pris ou tués, tandis que les braves ne risquent rien, que les armes servent à défendre la liberté, la patrie, la famille, tout enfin, et à obtenir la gloire et la fortune. Ainsi, bien vite, recrues et vétérans se fondent ensemble et sont égaux en courage.
Quant aux rois, aussitôt informés de l'arrivée de Marius, ils partent, chacun de son côté, pour des endroits d'accès difficile. Ainsi l'avait voulu Jugurtha, dans l'espoir de pouvoir bientôt se jeter sur l'ennemi dispersé, du moment où les Romains, comme il arrive d'ordinaire quand on n'a plus peur, se tiendraient à coup sûr moins sévèrement sur leurs gardes.

LXXXVIII - Cependant Métellus, arrivé à Rome, y est, contrairement à son attente, accueilli avec des transports d'allégresse ; l'envie se tait, et il est également cher à la plèbe et aux patriciens.
Marius porte à ses affaires comme à celles de l'ennemi une attention active et prudente ; il observe les avantages et les faiblesses des deux camps, cherche à connaître les marches des rois, prévient leurs desseins et leurs traquenards, n'admet chez les siens aucun relâchement, ne leur laisse, à eux, aucune tranquillité. Il avait souvent attaqué les Gétules et Jugurtha revenant chargés de butin pris à nos alliés, et il les avait mis en pièces ; le roi lui-même, non loin de Cirta, avait été dépouillé de ses armes. Constatant que ces rencontres, si elles étaient glorieuses, ne terminaient pas la guerre, il décida d'investir l'une après l'autre les villes dont la garnison ou la position naturelle étaient pour les Numides une force et pour lui un danger ; dès lors Jugurtha serait privé de ses soldats, s'il ne réagissait pas ; dans le cas contraire, il serait obligé de combattre.
Quant à Bocchus, il avait souvent envoyé à Marius des députations, pour lui dire que, désireux de vivre en amitié avec Rome, il n'entreprendrait contre lui aucune hostilité. Etait-ce une feinte pour nous surprendre et nous accabler ensuite plus lourdement ? Etait-ce l'effet d'une inconstance naturelle, le poussant alternativement à la guerre et à la paix ? La chose pour moi n'est pas claire.

LXXXIX - Le consul exécute son projet, il s'attaque aux places et aux forts, prend de force les uns, enlève les autres à l'ennemi par les menaces ou la promesse de récompenses. Tout d'abord, il s'en prenait aux postes de peu d'importance, dans la pensée que Jugurtha se battrait pour les défendre. Mais il apprit qu'il était loin de là, occupé à d'autres affaires, et le moment lui parut venu de songer à des entreprises plus sérieuses et plus rudes.
Au milieu de vastes déserts s'élevait une grande et forte ville, du nom de Capsa, dont l'Hercule libyen était, dit-on, le fondateur. Les habitants ne payaient aucun impôt à Jugurtha, dont l'autorité sur eux se faisait peu sentir, et, pour cette raison, ils lui étaient demeurés très fidèles ; ils étaient défendus contre l'ennemi, non seulement par des murs, des armes et des hommes, mais surtout par la sauvagerie du pays. En effet, sauf la zone qui touche à la ville, tout le reste de la contrée est désertique, sans culture, sans eau, infesté de serpents, dont la cruauté, comme il arrive pour tous les animaux sauvages, s'accroît quand ils n'ont rien à manger ; sans compter que, par nature, le serpent est surtout dangereux lorsqu'il a soif.
Marius désirait vivement prendre cette ville, et pour les avantages qu'elle pouvait lui donner dans la guerre, et parce que c'était une rude affaire, et que Métellus avait retiré une grande gloire de la prise de Thala. Les deux villes n'étaient pas très différentes comme position et comme défense : A Thala, non loin des murailles, il y avait quelques sources ; à Capsa, il n'y en avait qu'une, et encore à l'intérieur des murs : pour le supplément, on avait l'eau de pluie. Là et dans toute la partie de l'Afrique où l'éloignement de la mer détermine une vie plus sauvage, on accepte plus aisément cette privation, parce que, en général, le Numide se nourrit de lait et de la chair des bêtes sauvages ; il ne recherche ni le sel ni les autres excitants de la gourmandise ; il mange et boit parce qu'il a faim et soif, non par plaisir et Dar sensualité.

XC - Le consul avait tout pesé ; mais il avait, je crois bien, les dieux pour lui, car, en face de tant de difficultés, sagesse et prévoyance ne comptaient guère ; il avait, en effet, à redouter le manque de céréales, parce que les Numides font plutôt du pâturage que du labourage, et que toutes les récoltes avaient été, sur l'ordre du roi, transportées dans les places fortes ; la terre à ce moment ne produisait rien. On était vers la fin de l'été.
Pourtant, dans la mesure où les circonstances le permettaient, le consul veillait à tout. Le bétail qu'il avait capturé les jours précédents, il le donne à conduire à la cavalerie auxiliaire. Il envoie son lieutenant A. Manlius avec des cohortes légères à la ville de Laris, où il avait expédié l'argent et les vivres ; il lui dit qu'il va lui-même faire des razzias, puisqu'il le rejoindra. Dissimulant ainsi son projet, il marche sur le fleuve Tana.

XCI - Pendant la marche, il fait chaque jour aux troupes des distributions égales de bétail, par centuries et par escadrons, et fait fabriquer des outres avec la peau des bêtes.
Il obvie ainsi au manque de céréales, et en même temps, sans rien laisser deviner à personne, confectionne les objets qui doivent bientôt lui servir. Le sixième jour, quand on arriva au fleuve, la plus grande partie des outres était confectionnée. Il établit alors son camp avec des défenses légères, fait manger ses soldats et leur donne l'ordre d'être prêts à partir au coucher du soleil ; ils laisseront tous les bagages et ne se chargeront, eux et les bêtes de somme, que d'eau. Quand il juge le moment venu, il sort du camp et ne s'arrête qu'après avoir marché toute la nuit ; il fait de même la nuit suivante ; la troisième, bien avant l'aube, il arrive dans un pays mamelonné, situé à moins de deux milles de Capsa, et là, avec toutes ses troupes, il se terre le plus qu'il peut.
Au jour naissant, les Numides, ne se doutant pas de la présence de l'ennemi, sortent en foule de la ville ; Marius donne l'ordre à toute la cavalerie et aux fantassins les plus rapides de courir sur Capsa et d'occuper les portes. Lui-même suit en toute hâte, et ne permet pas le pillage. Quand les habitants se rendirent compte de la situation, le trouble, l'effroi, la soudaineté de la catastrophe, la capture par l'ennemi, hors des murailles, d'une partie des citoyens, tout les obligea à se rendre. Et pourtant la ville fut livrée aux flammes, les Numides adultes massacrés, tous les autres vendus, le butin partagé entre les soldats. Marius avait violé les droits de la guerre ; mais ce n'était ni par cupidité, ni avec l'intention de commettre un crime : la ville était, pour Jugurtha, une position avantageuse ; pour nous, elle était d'accès difficile, et les Numides, inconstants, sans loyauté, ne se laissaient contraindre ni par les bienfaits, ni par la crainte.

XCII - Cet exploit accompli sans perdre un seul homme, Marius, déjà grand et célèbre, parut plus grand et fut plus célèbre encore. Même des projets médiocrement préparés passaient pour des conceptions géniales, et les soldats, traités avec douceur et enrichis, le portaient aux nues. Les Numides le redoutaient comme un être hors de l'humanité, tous, alliés et ennemis, lui attribuaient un esprit divin ou une inspiration divine. Après ce succès, il marcha sur d'autres villes : il en prit quelques-unes malgré la résistance des Numides ; la plupart, abandonnées à la suite du désastre de Capsa, furent par lui livrées aux flammes ; il sema partout le deuil et la mort.
Maître de nombreuses places, et le plus souvent sans pertes, il projette une autre affaire, moins rude que celle de Capsa, mais non moins difficile. Non loin de la rivière Mulucha, qui séparait les Etats de Jugurtha de ceux de Bocchus, était, au milieu d'un pays tout plaine, un rocher très haut, avec une plate-forme suffisante pour un petit fort, et un seul sentier très étroit pour arriver au faîte, taillé à pic par la nature ; il semblait avoir été travaillé de main d'homme, suivant un plan. Tel était le poste que Marius voulut prendre de vive force, parce qu'il renfermait le trésor du roi. La chose s'accomplit, grâce au hasard plutôt qu'à sa prévoyance.
Il y avait dans le fort pas mal de soldats, une assez grande quantité d'armes et de blé, et une source. Les terrasses, les tours et autres machines de guerre ne pouvaient, dans l'affaire, servir à rien, le sentier menant au fort étant très étroit, avec des bords escarpés. C'est avec de gros risques et sans aucun profit qu'on poussait en avant les mantelets, car, pour peu qu'on les avançât, ils étaient détruits par le feu et les pierres. L'inégalité du terrain ne permettait pas aux soldats de rester devant leurs ouvrages, ni de servir sans danger sous les mantelets ; les plus braves étaient tués ou blessés, et l'effroi des autres en était accru.

XCIII - Marius perdit là bien des journées et se donna en vain beaucoup de mal. Il se demandait avec anxiété s'il renoncerait à une entreprise qui s'avérait inutile, ou s'il devait compter sur la fortune, qui souvent l'avait favorisé. Il avait passé bien des jours et des nuits dans cette cruelle incertitude, quand par hasard, un Ligure, simple soldat des cohortes auxiliaires, sortit du camp pour aller chercher de l'eau sur le côté du fort opposé à celui où l'on se battait. Tout d’un coup, entre les rochers, il voit des escargots, un d'abord, puis un second, puis d'autres encore ; il les ramasse, et dans son ardeur, arrive petit à petit près du sommet. Il observe qu'il n'y a personne, et, obéissant à une habitude de l'esprit humain, il veut réaliser un tour de force. Un chêne très élevé avait poussé entre les rochers ; d'abord légèrement incliné, il s'était redressé et avait grandi en hauteur, comme font naturellement toutes les plantes. Le Ligure s'appuie tantôt sur les branches, tantôt sur les parties saillantes du rocher ; il arrive sur la plate-forme et voit tous les Numides attentifs au combat.
Il examine tout, soigneusement, dans l'espoir d'en profiter bientôt, et reprend la même route, non au hasard, comme à la montée, mais en sondant et en observant tout autour de lui. Puis, sans retard, il va trouver Marius, lui raconte ce qu'il a fait, le presse de tenter l'ascension du fort du même côté que lui, s'offre à conduire la marche et à s'exposer le premier au danger. Marius envoya avec le Ligure quelques-uns de ceux qui assistaient à l'entretien, afin de vérifier ses dires ; ils présentèrent l'affaire, suivant leur caractère, comme aisée ou difficile.
Pourtant, le consul reprit confiance. Parmi les trompettes et joueurs de cor, il en choisit cinq des plus agiles, avec quatre centurions pour les défendre, enjoignit à tous de se mettre aux ordres du Ligure et décida que l'affaire serait exécutée le lendemain.

XCIV - Au moment fixé, tout étant prêt et heureusement disposé, on gagne l'endroit choisi. Les ascensionnistes, endoctrinés par leur guide, avaient changé leur armement et leur costume. Tête et pieds nus, pour mieux voir de loin et grimper plus aisément dans les rochers, ils avaient mis sur leur dos leur épée et leur bouclier, fait de cuir comme celui des Numides, pour moins en sentir le poids et en rendre les chocs moins bruyants. Le Ligure allait devant et, quand il rencontrait un rocher saillant ou une vieille racine, il y fixait une corde pour faciliter l'ascension des soldats ; de temps en temps, quand les difficultés du sentier leur faisaient peur, il leur tendait la main, et, si la montée était un peu plus difficile, il les faisait passer un à un devant lui en les débarrassant de leurs armes, qu'il portait lui-même par-derrière ; dans les endroits dangereux, il allait le premier, tâtait la route, montait et redescendait plusieurs fois, s'écartait brusquement, et donnait ainsi courage à tous.
Après de longues et dures fatigues, ils arrivent enfin au fort, désert de ce côté, parce que, comme les autres jours, tout le monde était en face de l'ennemi. Marius, informé par des estafettes de ce qu'avait fait le Ligure, et qui, tout le jour, avait tenu les Numides acharnés au combat, adresse à ses soldats quelques mots d'encouragement ; puis, sortant lui-même des mantelets il fait former et avancer la tortue, et, en même temps, cherche à jeter de loin l'épouvante chez l'adversaire avec ses machines, ses archers et ses frondeurs.
Mais souvent déjà les Numides avaient renversé ou brûlé les mantelets romains, et ils ne se mettaient plus à couvert derrière les remparts du fort ; c'est devant le mur qu'ils passaient les jours et les nuits, injuriant les Romains, reprochant à Marius sa folie, menaçant nos soldats des prisons de Jugurtha : le succès les rendait plus violents. Cependant, tandis que Romains et ennemis étaient occupés à se battre, avec acharnement des deux parts, les uns pour la gloire et la domination, les autres pour leur vie, tout à coup le son de la trompette éclate par derrière ; d'abord, les femmes et les enfants, qui s'étaient avancés pour voir, prennent la fuite, suivis par les combattants les plus rapprochés du mur, enfin par toute la foule, armée ou sans armes. A ce moment les Romains redoublent de vigueur, mettent 1'ennemi en déroute, le blessent sans l'achever, progressent en marchant sur le corps des morts et, avides de gloire, luttent à qui atteindra d'abord le mur, sans qu'aucun s'arrête au pillage. Ainsi la chance corrigea la témérité de Marius, qui trouva une occasion de gloire dans la faute qu'il avait commise.

XCV - Au même moment, le questeur L. Sylla arriva au camp, avec un corps important de cavalerie ; pour lui permettre de faire cette levée, on l'avait laissé à Rome dans le Latium.
Puisque mon sujet m'amène à parler d'un si grand homme, le crois utile de dire quelques mots de son caractère et de sa conduite, je n'au rai pas à m'occuper ailleurs de sa Vie, et L. Sisenna, le meilleur et le plus soigneux de ses biographes, me semble avoir parlé de lui avec une impartialité discutable.
Sylla était noble ; il appartenait à une famille patricienne, qui avait perdu presque tout son renom par la nullité de ses ancêtres immédiats. Très instruit dans les lettres latines et grecques, et autant dans les unes que dans les autres, d'esprit élevé, avide de plaisir, plus avide de gloire, il se donnait à la débauche pendant ses loisirs, sans que jamais le plaisir lui eût fait négliger les affaires ; il aurait pu, avec sa femme se comporter plus honnêtement ; parlant bien, rusé, facile en amitié, d'une profondeur de dissimulation incroyable, prodigue de toutes choses, et surtout d'argent, le plus heureux des hommes avant sa victoire dans les guerres civiles, mais n'ayant jamais trouvé la fortune supérieure à son activité ; plus d'un s'est demandé s'il avait eu plus de courage que de bonheur. Quant à ce qu'il fit dans la suite, je n'en dis rien, peut-être par honte, peut-être par regret.

XCVI - Donc, comme je l'ai dit plus haut, Sylla, quand il arriva en Afrique, au camp de Marius, avec sa cavalerie, n'avait ni connaissance ni expérience de la guerre ; en peu de temps il y devint plus habile que personne.
Il parlait au soldat avec douceur, répondait à ses demandes, souvent lui accordait spontanément une faveur, faisait des difficultés pour accepter un service, se hâtait d'y répondre par un autre, plus qu'il n'eût fait de la restitution d'un emprunt, ne demandait jamais rien à personne, s'attachait plutôt à avoir une foule d'obligés, prodiguait, même aux plus humbles, plaisanteries au propos sérieux, était partout dans les travaux, les marches, les veilles, et jamais n'imitait les ambitieux médiocres, en disant du mal du consul ou des gens de bien; il se bornait simplement à ne se laisser devancer par personne dans le conseil ou l'action, et prenait ainsi le pas sur tous. Ces procédés et ces pratiques le rendirent bien vite très cher à Marius et aux soldats.

XCVII - Jugurtha, après avoir perdu la ville de Capsa, d'autres places fortes, dont la possession lui était bien avantageuse et une grosse somme d'argent, envoie une députation à Bocchus, pour l'inviter à expédier d'urgence une armée en Numidie, car c'est le moment d'engager la bataille. On lui apprend que Bocchus hésite et ne sait que choisir, de la guerre ou de la paix ; il refait alors ce qu'il a fait naguère : il achète par des cadeaux ceux qui approchent le Maure, et lui fait promettre le tiers de la Numidie, si les Romains sont chassés d'Afrique, ou si la guerre se termine par un traité qui laisse intactes ses frontières.
Alléché par cette perspective, Bocchus, avec de nombreuses troupes, rejoint Jugurtha. Tous deux font leur jonction et attaquent Marius au moment où il part pour ses quartiers d'hiver : il s'en fallait à peine d'un dixième que le jour fût fini : la nuit, toute proche, leur donnerait, pensaient-ils, un moyen d'échapper s'ils avaient le dessous, et, s'ils étaient vainqueurs, elle ne leur causerait aucun dommage, puisqu'ils connaissaient bien le terrain, tandis que, dans les deux cas, l'obscurité créerait des difficultés aux Romains. Le consul apprend de plusieurs côtés l'approche de l'ennemi, et au même moment, il le voit là, près de lui ; les soldats n'ont pas le temps de se mettre en rangs, de rassembler les bagages, d'entendre un signal, de recevoir un ordre : les cavaliers maures et gétules ne sont pas en ligne et n'ont adopté aucune des dispositions habituelles ; en groupes formés au hasard, ils se jettent sur les nôtres.
Les Romains d'abord bouleversés par cette attaque imprévue, rappellent leur ancienne valeur ; ils prennent leurs armes ou protègent contre l'ennemi ceux qui les prennent ; certains montent à cheval et vont au-devant de l'adversaire : la mêlée ressemble plus à un, coup de main de voleurs qu'à un combat ; sans étendards, les rangs rompus, cavaliers et fantassins mêlés, les uns battent en retraite, les autres sont massacrés ; plus d'un, combattant avec vigueur l'ennemi, face à face, est attaqué par derrière, sans trouver de salut dans son courage ou dans ses armes, parce que les ennemis sont plus nombreux et de tous côtés se répandent autour de nous.
Enfin les Romains vétérans et recrues connaissant déjà la guerre, quand le terrain ou le hasard les rapprochait, formaient le cercle et ainsi, protégés sur toutes les faces et rangés en ordre, ils pouvaient soutenir le choc de l'adversaire.

XCVIII - Dans cette rude affaire, Marius ne se laisse ni épouvanter, ni abattre plus qu'avant ; avec sa garde, qu'il avait composée des soldats les plus énergiques, et non de ses meilleurs amis, il allait de côté et d'autre, tantôt aidant les siens en mauvaise posture, tantôt s'élançant sur l'ennemi, là où celui-ci se dressait en rangs plus serrés ; il veut que son bras aide ses soldats, puisque, dans la confusion générale, il ne peut leur donner d'ordres.
Et déjà le jour était fini, sans que diminuât l'acharnement des barbares ; comme le leur avaient dit leurs rois, ils comptaient sur la nuit et redoublaient d'ardeur.

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