SALLUSTE : LA GUERRE DE JUGURTHA - V

 

V

 

XLI- Le conflit, devenu habituel, des partis et des factions et le fâcheux état qui en découla, naquit à Rome quelques années plus tôt, en pleine paix, de l'abondance des biens que les hommes mettent au premier rang.
Avant la destruction de Carthage, le peuple et le Sénat romain administraient d'accord la république dans la tranquillité et la modération, et les citoyens ne luttaient pas entre eux à qui aurait plus de gloire ou de pouvoir : la crainte de l'ennemi maintenait une bonne politique. Mais, quand les esprits furent délivrés de cette crainte, les vices, compagnons habituels de la prospérité, mollesse et orgueil, envahirent tout. Aussi, le repos, que dans l'adversité on avait souhaité, devint, une fois obtenu, plus pénible et plus dur que la guerre. Pour la noblesse, le besoin d'autorité, pour le peuple l'amour de la liberté se tournèrent en passions, et chacun se mit à tout attirer, tout prendre, tout ravir à soi. Les deux partis tirèrent chacun de son côté ; et la république, entre eux, fut victime de leurs déchirements.
Comme parti, la noblesse pouvait davantage, la plèbe moins, parce qu'elle était divisée et subdivisée à l'infini. Une petite minorité tranchait les questions de paix et de guerre et disposait du trésor, des gouvernements, des magistratures, de la gloire, des triomphes ; la plèbe, plongée dans la misère, était accablée par le service militaire ; quant au butin conquis sur l'ennemi, les généraux le dilapidaient avec quelques complices. Et, pendant ce temps, les parents et les petits enfants des soldats, s'ils habitaient à côté d'un grand personnage, étaient chassés de chez eux. Avec un pouvoir abusif, l'avidité se répandait sans mesure, sans modération, gâtait tout, faisait le vide partout, ne regardait, ne respectait rien, jusqu'au jour où, victime de ses fautes, elle s'écroula. Car, du moment où apparurent dans la noblesse des gens qui surent préférer la vraie gloire à l'injustice et aux abus, l'Etat fut troublé et les discordes entre citoyens se manifestèrent, semblables à un tremblement de terre.

XLII - Quand Tibérius et Caius Gracchus, dont les ancêtres pendant les guerres puniques et d'autres guerres, avaient puissamment accru la grandeur de l'empire, revendiquèrent la liberté pour le peuple et mirent en lumière les crimes d'une minorité, la noblesse, coupable et troublée par l'idée de sa culpabilité, s'entendit soit avec les alliés et les Latins, soit avec les chevaliers romains qu'elle avait détachés de la plèbe en leur promettant son alliance ; elle se dressa contre les propositions des Gracques. Elle avait d'abord massacré Tibérius, puis, quelques années après, Caius, au moment où il suivait la même voie — le premier était tribun de la plèbe, le second triumvir pour l'établissement des colonies — et avec eux
M. Fulvius Flaccus. Je conviens que les Gracques, dans l'espérance de la victoire, ne firent pas preuve d'une modération suffisante. Mieux vaut, pour l'homme de bien, la défaite qu'une victoire sur l'injustice, obtenue par de mauvais moyens. Dans sa victoire, la noblesse, emportée par sa passion, tua ou exila un grand nombre de ses adversaires, et par là, ajouta moins à sa puissance qu'aux dangers à venir. Ainsi, souvent, de puissants Etats se sont affaiblis, quand un parti a voulu triompher d'un autre par n'importe quel moyen, et qu'on a tiré avec trop de rigueur vengeance des vaincus. Mais, si je voulais discuter sur les luttes des partis et étudier en détail et suivant leur importance les mœurs politiques de Rome, le temps, sinon le sujet, me manquerait. Je reviens donc à mon propos.

XLIII - Après la conclusion par Aulus du traité de paix et la honteuse débâcle de nos troupes,
Q. Métellus et M. Silanus, consuls désignés, se partagèrent les provinces. La Numidie échut à Métellus, homme énergique, et, bien qu'adversaire du parti populaire, réputé cependant pour son équité et sa loyauté. Dès qu'il eut pris possession de sa magistrature, pensant qu'il pouvait laisser à son collègue toutes les autres affaires, il concentra toute sa force d'esprit sur la guerre qu'il allait faire. Sans confiance dans l'ancienne armée, il lève des troupes, fait venir de tous côtés des auxiliaires, ramasse armes d'attaque, de défense, chevaux, machines, approvisionnements en abondance, bref tout ce qu'il faut généralement dans une expédition à marche incertaine et où les besoins sont grands. Pour obtenir ce qu'il veut, il s'appuie sur l'autorité du Sénat ; les alliés, les Latins, les rois amis lui envoient spontanément des troupes auxiliaires ; enfin la cité tout entière s'active pour le soutenir. Tout étant préparé comme il l'avait voulu, il part pour la Numidie, porté par les espérances de ses concitoyens, tant en raison de sa vertu que, surtout, de son âme inaccessible à l'argent, la cupidité des magistrats romains ayant, avant lui, gâté nos affaires en Numidie et raffermi celles de nos ennemis.

XLIV - A son arrivée en Afrique, il reçoit du proconsul Sp. Albinus une armée avachie, incapable de se battre, de s'exposer aux dangers et aux fatigues, plus prompte à parler qu'à agir, pillant les alliés, pillée elle-même par l'ennemi, sans discipline, ni mesure. Aussi le nouveau général avait-il plus de raisons d'être inquiet de ce triste état qu'il n'en avait de compter sur l'importance numérique de ses troupes. Alors, bien que le retard des comices eût réduit la durée de la campagne d'été, et qu'il sût Rome entièrement désireuse d'une issue favorable, Métellus décida de ne pas commencer les opérations avant d'avoir, en forçant les soldats au travail, rétabli la vieille discipline.
Albinus, bouleversé par le désastre de son frère Aulus et de l'armée, avait décidé de ne pas quitter la province pendant la saison d'été où il avait gardé le commandement, et il avait maintenu les troupes dans le camp permanent, tant que les mauvaises odeurs et la pénurie de fourrage ne l'avaient pas obligé à les changer de place. Mais ce camp était dépourvu de moyens de défense, et on n'y plaçait pas, comme d'ordinaire dans les camps, de sentinelles : chacun, à sa fantaisie, s'éloignait des drapeaux ; les valets d'écurie mêlés aux soldats, circulaient partout jour et nuit ; dans leurs vagabondages, ils pillaient les campagnes, cambriolaient les maisons, s'emparaient à qui mieux mieux des troupeaux et des esclaves, et les échangeaient avec des marchands contre des vins étrangers et d'autres articles, vendaient le blé distribué par l'Etat, et se procuraient leur pain au jour le jour ; bref, tout ce qu'on peut dire et imaginer en fait de laisser-aller et d'abandon se rencontrait dans cette armée, et bien d'autres choses encore.

XLV - Dans cette situation difficile, non moins que dans ses rencontres avec l'ennemi, Métellus fit preuve, à mon avis, de grandeur et de
sagesse : tant il sut heureusement allier le désir de plaire à une vigoureuse fermeté. Tout d'abord, par édit, il enleva au soldat tout ce qui pouvait favoriser sa mollesse, il défendit la vente dans le camp du pain et des aliments cuits ; il interdit aux valets de suivre les troupes, aux simples soldats de se faire aider, dans le camp ou les marches, par des esclaves ou des bêtes de somme ; pour le reste, il le régla avec mesure. De plus, chaque jour, par des chemins de traverse, il transportait le camp sur un point différent et, comme si l'ennemi eût été tout près, faisait élever des retranchements ou creuser des fossés, plaçait de nombreux postes, et allait lui-même les inspecter avec ses lieutenants ; pendant les marches, il prenait tantôt la tête, tantôt la queue, tantôt le milieu de la colonne, veillant à ce que nul ne sortît du rang, à ce que tous fussent groupés autour des drapeaux et que chaque soldat portât lui-même ses vivres et ses armes. Ainsi, en prévenant les fautes plutôt qu'en les punissant, il redonna rapidement force à son armée.

XLVI - Cependant, Jugurtha, informé par ses émissaires de l'action de Métellus et, d'autre part, recevant de Rome des renseignements précis sur son intégrité, n'a plus autant de confiance dans sa réussite et songe enfin vraiment à se soumettre. Il expédie au consul des envoyés qui se présentent à lui en suppliants, et se bornent à demander la vie pour lui et ses enfants, s'en remettant pour tout le reste au peuple romain. Mais Métellus connaissait déjà depuis longtemps, par expérience, la perfidie des Numides, leur esprit instable, leur goût du changement. Il reçoit donc les envoyés séparément, l'un après l'autre, les sonde sans hâte et, les trouvant bien disposés, les décide par des promesses à lui livrer Jugurtha, de préférence vivant, et, si c'est impossible, mort. Puis il les reçoit publiquement pour leur annoncer que tout se fera conformément au désir du roi.
Quelques jours après, il pénètre en Numidie avec une armée bien dressée et prête à la lutte. Rien dans ce pays ne donne une idée de la guerre : les cabanes sont toutes habitées, les troupeaux et les cultivateurs sont dans les champs. Des places fortes et des huttes sortent les fonctionnaires royaux qui viennent lui offrir du blé, se charger de faire transporter ses approvisionnements, se soumettre à tous ses ordres. Malgré tout, Métellus, exactement comme si l'ennemi était tout proche, se tient, dans ses marches, sur la défensive, envoie au loin des reconnaissances, estime que ces marques de soumission sont là seulement pour la montre, et qu'on cherche une occasion de le faire tomber dans un piège. Lui-même, avec les troupes légères, les frondeurs et les archers d'élite, est au premier rang, pendant qu'il laisse le soin de surveiller l'arrière à son lieutenant, C. Marius, avec la cavalerie, et que, sur les flancs, il dispose les cavaliers auxiliaires avec les tribuns des légions et les préfets des cohortes, parmi lesquels il répartit les vélites, qui pourront repousser la cavalerie ennemie, de quelque côté qu'elle se présente. Car Jugurtha était si rusé, il connaissait si bien les lieux et l'art de la guerre, qu'on ne saurait dire s'il était plus à craindre présent qu'absent et plus redoutable en guerre qu'en paix.

XLVII - Non loin de la route que suivait Métellus, était une place forte numide du nom de Vaga le marché le plus fréquenté de tout le royaume, où habitaient et commerçaient ordinairement beaucoup d'Italiens.
Le consul, en vue de connaître les sentiments de l'habitant et de s'assurer une position si les circonstances le permettaient, y mit une garnison. Il y fit porter du blé et tout ce qui peut servir à la guerre, dans la pensée, justifiée par les faits, que les nombreux hommes d'affaires de Vaga l'aideraient à s'approvisionner et à protéger les approvisionnements déjà faits. Et à cette activité, Jugurtha répondit en envoyant suppliants sur suppliants, pour demander la paix et s'en remettre absolument à Métellus, pourvu qu'à ses enfants et à lui fût accordée la vie sauve. Comme les premiers, le consul poussa ces gens à la trahison, puis les renvoya chez eux. Il ne refusa ni ne promit la paix au roi, et, pendant de nouveaux délais, attendit l'effet des promesses qu'on lui avait faites.

XLVIII - Jugurtha compara les paroles de Métellus à ses actes et se rendit compte que le consul recourait pour le combattre à ses propres procédés : il disait des paroles de paix et en attendant, lui faisait la guerre la plus âpre, lui prenait une grande ville, apprenait à connaître le territoire numide, détachait de lui les populations ; sous l'empire de la nécessité, il décida de s'en remettre aux armes. Etudiant la route suivie par l'ennemi, il compte, pour vaincre, sur l'avantage que lui donne la connaissance des lieux, réunit le plus grand nombre possible de soldats de toutes armes, et, par des sentiers cachés, prévient l'armée de Métellus. Il y avait, dans la partie de la Numidie qu'Adherbal avait eue en partage, un fleuve du nom de Muthul ayant sa source au midi, séparé par vingt mille pas environ d'une chaîne parallèle de hauteurs, naturellement désolées et sans culture. Mais au milieu se dresse une sorte de colline, dont la pente se prolonge au loin, couverte d'oliviers, de myrtes et de ces autres arbres qui poussent dans un terrain aride et sablonneux. La plaine qui s'étend au pied est déserte, faute d'eau, hormis les terres qui longent le fleuve : là sont des arbustes, et l'endroit est fréquenté par les cultivateurs et les troupeaux.

XLIX - Donc, sur cette colline que nous avons dite allongée perpendiculairement à la route, Jugurtha s'établit en amincissant son front de bataille. Il met Bomilcar à la tête des éléphants et d'une partie de l'infanterie, et lui donne ses instructions. Il se rapproche lui-même des hauteurs et s'y installe avec toute sa cavalerie et des fantassins d'élite. Puis il va dans chaque escadron et chaque
manipule ; il demande à ses soldats, il les adjure de se rappeler leur courage, leurs victoires d'autrefois et de défendre eux-mêmes et les Etats de leur roi contre la cupidité romaine; ceux contre qui ils vont avoir à lutter, ils les ont vaincus et fait passer sous le joug ; les Romains ont pu changer de chef, non de sentiments ; pour lui, tout ce qu'un général doit à ses troupes, il a veillé à le leur donner : position plus élevée, connaissance du terrain, que l'ennemi ignore, pas d'infériorité numérique, autant d'habileté militaire que leurs
adversaires ; qu'ils soient donc prêts et attentifs à se jeter, à un signal donné, sur leurs adversaires; ce jour les paiera de leurs peines et renforcera leurs victoires, ou marquera pour eux le début des pires misères. Puis, s'adressant à chacun en particulier, il rappelle à ceux qu'il a, pour un exploit guerrier, récompensés par de l'argent ou une distinction, comment il les a traités, il vante aux autres leur conduite, et, suivant la nature de chacun, les excite par des promesses, des menaces, des adjurations, cent autres procédés.
Cependant, Mételles, ignorant la présence de l'ennemi, descend des hauteurs avec ses troupes ; il observe. Tout d'abord, il ne sait que penser du spectacle insolite qu'il a sous les yeux. Les cavaliers numides s'étaient immobilisés dans les broussailles ; les arbres étaient trop courts pour les cacher complètement, et l'on ne savait au juste à quoi s'en tenir, la nature du terrain et leur esprit rusé permettant aux Numides de se dissimuler, eux et leurs enseignes. Puis, assez vite, il se rend compte de l'embuscade et suspend un moment la marche en avant. Modifiant son ordre de bataille, il porte son front sur le flanc droit le plus rapproché de l'ennemi, et le renforce d'un triple rang de soldats ; entre les manipules, il place des frondeurs et des archers, dispose toute la cavalerie sur les ailes, et, après quelques mots adressés à ses hommes pour leur donner courage, fait descendre dans la plaine son armée dont la tête, comme il l'avait voulu, était devenue le flanc.

L - Mais quand il observe que les Numides ne bougent pas et ne quittent pas la colline, étant donné la saison et le manque d'eau, il craint que son armée ne meure de soif ; il expédie en avant son lieutenant Rutilius avec des troupes légères et un gros de cavaliers, afin de ne pas se laisser devancer pour installer son camp : l'ennemi, pensait-il, multiplierait les attaques et les charges de flanc pour retarder sa marche, et, médiocrement confiant dans les armes, chercherait à l'avoir par la fatigue et la soif. Lui-même, tenant compte des circonstances et de la nature du terrain, marche lentement comme il avait fait pour descendre de la montagne, et, plaçant Marius derrière les hommes du premier rang, reste avec les cavaliers de l'aile gauche, devenus la tête de colonne dans le nouvel ordre de marche. Sitôt que Jugurtha constate que les derniers rangs de l'armée romaine ont dépassé ses premières lignes, il envoie une force d'environ deux mille fantassins occuper la hauteur d'où Métellus était descendu, afin d'empêcher l'ennemi, s'il était défait, d'y trouver d'abord un refuge, puis un retranchement. Puis, tout à coup, il donne un signal et se jette sur l'adversaire. Les Numides massacrent les dernières lignes, attaquent l'aile gauche, l'aile droite, s'acharnent, sont partout, luttent partout, jettent de tous côtés le trouble dans les rangs romains.
Ceux des nôtres qui, avec plus de courage, s'étaient portés au-devant de l'ennemi, tout ahuris par les incertitudes du combat, se faisaient blesser de loin, sans avoir le moyen de rendre les coups et d'en venir aux mains. Les cavaliers numides avaient été formés par Jugurtha à ne pas attendre l'attaque des bataillons romains en restant eux-mêmes massés et groupés, mais à se disperser en tous sens. Ainsi, supérieurs en nombre, s'ils ne réussissaient pas à empêcher l'ennemi de les poursuivre, ils l'obligeaient à se disloquer et revenaient l'entourer par-derrière et sur les flancs.
Il pouvait arriver qu'il leur fût plus avantageux de s'échapper dans la colline que de rester dans la plaine ; les chevaux numides, habitués à ces terrains, filaient aisément parmi les broussailles, tandis que les nôtres, qui ne les connaissaient pas, étaient immobilisés dans tous ces obstacles.

LI - Au demeurant, le visage de l'affaire, de tous côtés, était changeant, incertain, abominable et pitoyable ; séparés de leurs camarades, les uns cédaient du terrain les autres allaient de l'avant; on ne se ralliait pas aux drapeaux, on rompait les rangs ; chacun se défendait et attaquait où le danger l'avait surpris; armes de défense et d'attaque, chevaux, soldats, ennemis, citoyens, tout était confondu ; plus de décisions réfléchies, plus d'obéissance aux ordres, le hasard régnait en maître. Aussi, le jour était-il déjà bien avancé, que l'issue était encore incertaine.


Enfin, la fatigue et la chaleur ayant épuisé tous les combattants, Métellus, devant, le ralentissement des attaques ennemies, regroupe petit à petit ses troupes, les remet en rang et oppose quatre cohortes légionnaires à l'infanterie ennemie qui, brisée de fatigue, s'était presque toute retirée sur la hauteur.
Il demande à ses soldats, il les supplie de ne pas défaillir et de ne pas laisser la victoire à un ennemi en fuite ; les Romains n'ont point de camp, point de retranchement où battre en retraite, les armes sont leur unique recours. Mais Jugurtha, lui non plus, ne demeurait pas tranquille : il allait partout, prodiguant ses exhortations, recommençant la lutte, attaquant de tous côtés avec des soldats d'élite, venant en aide aux siens, pressant l'ennemi ébranlé, combattant de loin, et ainsi retenant sur place ceux dont il avait reconnu la solidité.

LII - Ainsi luttaient entre eux ces deux illustres généraux, aussi grands l'un que l'autre, disposant d'ailleurs de ressources inégales. Métellus avait pour lui le courage de ses soldats, contre lui la nature du terrain, Jugurtha avait tous les avantages, hormis son armée. Enfin, les Romains comprennent qu'ils n'ont point d'endroit où se réfugier et que, le soir tombant, ils n'ont aucun moyen de forcer l'ennemi à la bataille ; suivant les ordres donnés, ils franchissent donc la colline qui est devant eux. Les Numides, délogés de la position, se débandent et prennent la fuite ; quelques-uns périrent, la plupart furent sauvés par leur vitesse et aussi parce que nous ne connaissions pas le pays.
Cependant Bomilcar, mis, nous l'avons dit, par Jugurtha à la tête des éléphants et d'une partie de l'infanterie, sitôt que Rutilius l'a dépassé, fait lentement descendre ses troupes dans la plaine. Pendant que Rutilius, à marche forcée, avance vers le fleuve où on l'avait envoyé, lui-même, bien tranquille, range son armée dans l'ordre exigé par les circonstances, sans omettre de surveiller tous les mouvements de l'ennemi. Il voit Rutilius installer son camp sans se douter de rien, et, en même temps, entend des clameurs plus fortes du côté où se battait Jugurtha. Il craint que le lieutenant de Métellus ne se porte, en entendant ce bruit, au secours de ses concitoyens en danger. Peu rassuré sur la valeur de ses soldats, il avait d'abord resserré ses lignes ; pour empêcher la marche de l'ennemi, il les étend, puis, dans cet ordre, il marche sur le camp de Rutilius.

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