SALLUSTE : LA GUERRE DE JUGURTHA - IV

 

IV

 

«Eh ! Que sont-ils donc,, ces hommes qui se sont rendus maîtres de l'Etat ? Des scélérats, aux mains rouges de sang, d'une insatiable cupidité, des monstres à la fois de perversité et d'orgueil, pour qui la loyauté, l'honneur, la piété, le bien et le mal, tout est marchandise. Pour les uns, l'assassinat des tribuns de la plèbe, pour d'autres des enquêtes contraires au droit, pour presque tous le massacre des vôtres ont été des moyens de se mettre à l'abri.
Aussi, plus ils sont criminels, plus ils sont en sûreté. La crainte que leurs crimes devaient leur donner, c'est à votre pusillanimité qu'ils la font éprouver : l'identité de désirs, de haines, de craintes a fait d'eux un bloc. Ce qui, entre gens de bien est amitié, est complicité entre des coquins.»
«Si vous aviez, vous, autant de souci de votre liberté, qu'ils ont de feu pour être les maîtres, l'Etat certes ne serait pas pillé comme aujourd'hui, et vos faveurs iraient aux bons, et non aux audacieux. Vos ancêtres, pour obtenir justice et fonder leur grandeur, ont deux fois par une sécession, occupé l'Aventin ; et vous, pour garder la liberté que vous avez reçue d'eux, ne ferez-vous pas un suprême effort ? Oui, un effort d'autant plus vigoureux qu'il y a plus de déshonneur à perdre ce qu'on a qu'à ne l'avoir jamais possédé.»
«On me dira : que demandes-tu donc ? Ce que je demande ? La punition de ceux qui ont livré l'Etat à l'ennemi, non pas en usant contre eux de la force et de la violence — procédé indigne de vous, sinon d'eux — mais en vous appuyant sur des enquêtes, et sur le témoignage même de Jugurtha. S'il s'est livré de bonne foi, il ne manquera pas de se soumettre à vos ordres ; s'il fait fi de votre volonté, alors vous aurez une idée de ce que valent cette paix et cette soumission, qui procurent à Jugurtha l'impunité de ses crimes, à quelques hommes puissants une grosse fortune, à l'Etat le dommage et la honte. A moins que vous n'en ayez pas encore assez de les avoir pour maîtres, et que vous ne préfériez à notre temps celui où royauté, gouvernement, lois, droits, tribunaux, guerre et paix, ciel et terre, tout était aux mains de quelques-uns ; alors que vous, peuple romain, jamais vaincu par l'ennemi, maîtres du monde, vous deviez vous contenter de sauvegarder votre vie ? Y en avait-il un parmi vous qui fût assez énergique pour s'insurger contre la servitude ?»
«Pour moi, si j'estime que le pire déshonneur pour un homme de cœur est de supporter l'injustice sans en tirer vengeance, j'accepterais pourtant de vous voir pardonner à ces scélérats, puisqu'ils sont vos concitoyens, si votre pitié ne devait causer votre perte. Ils ont si peu le sens de ce qui convient, que l'impunité de leurs crimes passés leur paraît peu de chose, si on ne leur enlève pour l'avenir la liberté de mal faire ; et il vous restera une éternelle inquiétude, quand vous comprendrez qu'il vous faudra ou être esclaves, ou user de force pour garder votre liberté.
Car quel espoir pouvez vous avoir dans leur bonne foi ou dans un accord avec eux ? Ils veulent être les maîtres, et vous voulez, vous, être libres ; ils veulent pratiquer l'injustice, et vous, l'empêcher ; ils traitent nos alliés en ennemis, nos ennemis en alliés. Avec des sentiments si contraires, peut-il y avoir paix et amitié ?»
«Voilà pourquoi je vous engage, je vous invite à ne pas laisser un si grand crime impuni. Il n'est pas question ici de pillage du trésor public, d'argent arraché par force aux alliés : ce sont là de grands crimes, mais si fréquents qu'on n'y fait plus attention. Il s'agit de l'autorité sénatoriale et de votre empire, livrés à votre plus redoutable ennemi ; on a fait, en paix et en guerre, marché de la république. Si l'on ne fait pas une enquête, si l'on ne punit pas les coupables, il ne nous restera qu'à vivre asservis aux auteurs de ces crimes. Car faire impunément ce qui plaît, c'est être roi.» «Je vous demande, citoyens, non de préférer chez des compatriotes le mal au bien, mais de ne pas causer, en pardonnant aux méchants, la perte des bons. Dans les affaires politiques, il vaut infiniment mieux oublier le bien que le mal. L'homme de bien, si l'on ne fait pas attention à lui, perd seulement un peu de son ardeur ; le méchant, en revanche, devient plus méchant. De plus, si l'on ne tolère pas l'injustice, on n'a généralement pas besoin dans l'avenir d'y porter remède.»

XXXII - A prodiguer ces propos et d'autres semblables, Memmius finit par persuader au peuple de choisir Cassius, alors préteur, pour l'envoyer à Jugurtha et amener ce prince à Rome sous la sauvegarde de la foi publique : son témoignage ferait plus aisément ressortir les méfaits de Scaurus et de ceux que Memmius accusait de s'être vendus.
Tandis que ces faits s'accomplissent à Rome, les hommes que Bestia a laissés en Numidie comme chefs de l'armée, suivant l'exemple de leur général, se signalent par de honteux forfaits. Les uns se laissent corrompre à prix d'or pour restituer à Jugurtha ses éléphants, d'autres vendent des déserteurs, d'autres encore pillent des régions pacifiées : tant était violente la cupidité qui avait empoisonné tous les cœurs.
La proposition de C. Memmius fut adoptée, à la consternation de toute la noblesse, et le préteur Cassius partit pour joindre Jugurtha. Il mit à profit l'anxiété du Numide et les troubles de conscience qui l'amenaient à douter de sa réussite, pour le convaincre que, s'étant livré au peuple romain, il valait mieux, pour lui, faire l'expérience de sa mansuétude que de sa force. Aussi bien, Cassius lui engageait-il sa propre foi, dont Jugurtha ne faisait pas moins de cas que de celle de l'Etat romain : si grande était à cette époque la réputation de Cassius.

XXXIII - Jugurtha, laissant de côté tout faste royal, prend le costume le plus propre à exciter la pitié, et va à Rome avec Cassius. Certes, il y avait en lui une énergie accrue encore par l'action de ceux dont le crédit ou l'influence criminelle lui avaient, comme je l'ai dit, permis d'agir ; pourtant, il achète un bon prix le tribun de la plèbe C. Bébius dont il suppose que l'impudence lui servira d'appui contre le droit et la violence.
Memmius convoque l'assemblée, sans doute, la plèbe était hostile au roi : les uns voulaient qu'il fût jeté en prison ; les autres estimaient que, s'il ne dénonçait pas ses complices, il convenait de le soumettre au supplice de règle chez les anciens. Mais Memmius, plus soucieux de la dignité romaine que de son irritation, s'attache à calmer l'émotion générale, à adoucir les sentiments, répétant avec force que lui-même ne violerait jamais la foi publique. Puis, dans le silence enfin rétabli, il fait comparaître Jugurtha, et, prenant la parole, rappelle ses forfaits à Rome et en Numidie, son action criminelle à l'encontre de son père et de ses frères. Quels ont été ses aides et ses complices dans cette œuvre, le peuple romain le sait bien ; mais il veut, lui, Memmius, que l'évidence éclate, par les aveux mêmes du coupable. S'il dit la vérité, il peut compter entièrement sur la loyauté et la clémence du peuple romain ; s'il a des réticences, il ne sauvera pas ses complices, et il se perdra lui-même en compromettant absolument sa situation.

XXXIV - Puis, quand Memmius eut terminé, on enjoignit à Jugurtha de répondre; alors le tribun
C. Bébius qui, nous l'avons dit plus haut, avait été acheté, ordonna au roi de garder le silence. La foule qui composait l'assemblée, prise d'une violente colère, essaya d'effrayer Bébius par ses cris, son attitude, ses violences et toutes les marques habituelles d'irritation ; et pourtant l'impudence du tribun fut la plus forte. Et ainsi, le peuple joué quitta l'assemblée, pendant que Jugurtha, Bestia et tous ceux que troublait l'enquête, sentaient se ranimer leur audace.

XXXV - Il y avait à ce moment à Rome un Numide appelé Massiva, fils de Gulussa, petit-fils de Masinissa, qui, dans le différend entre les rois, avait pris parti contre Jugurtha et, après la capitulation de Cirta et la mort d'Adherbal, avait fui sa patrie. Sp. Albinus qui, l'année précédente, après Bestia, avait, avec Q. Minucius Rufus, exercé le consulat, persuade à ce Massiva de mettre en avant et sa parenté avec Masinissa et les sentiments d'indignation et de crainte provoqués par les crimes de Jugurtha, pour réclamer au Sénat le trône de Numidie. Le consul brûlait de diriger une guerre et aimait mieux s'agiter que de laisser vieillir les événements. Il avait eu en partage la province de Numidie, tandis que la Macédoine était échue à Minucius.
Quand Massiva eut commencé à se remuer, Jugurtha comprit qu'il ne pouvait guère s'appuyer sur ses amis, empêchés les uns par leurs remords, les autres par leur mauvaise réputation et leurs craintes ; il donna l'ordre à Bomilcar, un de ses proches en qui il avait une entière confiance, de soudoyer à prix d'or, suivant son habitude, des sicaires contre Massiva et d'assassiner le Numide, de préférence en cachette et, en cas d'impossibilité, par n'importe quel moyen. Sans retard, Bomilcar se conforme aux ordres du roi et, par des agents habiles en cet art, il surveille les marches et contremarches de Massiva, les lieux où il se rend, les moments favorables ; puis, quand les circonstances sont propices, il dresse ses filets. Un de ceux qui avaient été choisis pour le crime attaque Massiva, mais sans prendre assez de précautions ; il lui coupe la tête, mais est lui-même arrêté ; le consul Albinus, entre beaucoup d'autres, le presse de parler : il fait des aveux. Bomilcar, ayant naguère accompagné à Rome le roi sous la garantie de l'Etat, fut poursuivi en vertu des principes généraux du droit, plutôt que d'après les règles du droit des gens.
Quant à Jugurtha, malgré l'évidence de son crime, il ne manqua pas de s'inscrire d'abord en faux contre la vérité, puis il comprit que son crédit et son argent ne pouvaient rien contre un acte si odieux. Aussi, malgré les cinquante témoins à décharge que, dans la première enquête, il avait produits, se fiant plus à son pouvoir qu'à l'autorité de ses cautions, fit-il partir secrètement Bomilcar pour la Numidie, dans la crainte de voir ses sujets appréhender désormais de lui obéir, si son agent était livré au supplice. Lui-même partit quelques jours plus tard, invité par le Sénat à quitter l'Italie. A sa sortie de Rome, il garda, dit-on, un long silence en regardant la ville, puis finit par dire à plusieurs reprises : «Ô ville à vendre ! Elle disparaîtra bientôt, si elle trouve un acheteur.»

XXXVI - Cependant, les opérations militaires reprennent et Albinus fait hâtivement passer en Afrique approvisionnements, solde, tout ce qu'il faut à une armée ; puis, sans retard, il part lui-même, voulant, avant les comices, dont la date n'était plus éloignée, terminer la guerre par les armes, la capitulation de Jugurtha, ou tout autre moyen. Jugurtha, au contraire, tirait les choses en longueur, faisait naître une cause de retard, puis une autre, promettait de se rendre, puis feignait d'avoir peur, cédait du terrain devant les attaques, et, peu après, pour ne pas exciter la défiance des siens, attaquait à son tour ; et ainsi, différant tantôt les hostilités, tantôt les négociations, il se jouait du consul. Certains étaient convaincus qu'Albinus n'ignorait rien des desseins de Jugurtha et pensaient que, s'il laissait volontiers, après des débuts si rapides, tout traîner en longueur, c'était ruse et non lâcheté. Mais le temps passait et le jour des comices approchait : Albinus confia à son frère Aulus en qualité de propréteur le commandement des troupes et gagna Rome.

XXXVII - A Rome, à ce moment, l'ordre public était sévèrement troublé par les dissensions tribunitiennes. Les tribuns de la plèbe
P. Lucullus et L. Annius travaillaient, malgré leurs collègues, à se maintenir dans leur magistrature, et ces luttes empêchaient pendant toute l'année la tenue régulière des comices. A la faveur de ces retards, Aulus, à qui, nous l'avons dit, avait été confié en Numidie le commandement des troupes, eut l'espoir ou de terminer la guerre, ou d'arracher de l'argent au roi en l'effrayant par la reprise des hostilités. En plein mois de janvier, il retire les soldats de leurs quartiers d'hiver pour les faire entrer en campagne, et, par de longues marches, et malgré la rigueur de la saison, il gagne la place de Suthul, où était le trésor royal. Le mauvais temps et l'heureuse position de la ville ne permettaient ni de la prendre, ni même d'en faire le siège ; car autour du mur, dressé à l'extrémité d'une roche à pic, s'étendait une plaine boueuse, dont les pluies d'hiver avaient fait un marécage ; et cependant, soit par feinte, pour épouvanter le roi, soit par désir aveugle de prendre la ville pour mettre la main sur le trésor, Aulus fit avancer les mantelets, élever des terrasses et procéder en hâte à toutes les opérations de nature à favoriser son entreprise.

XXXVIII - Jugurtha, se rendant compte de l'insuffisance et de l'impéritie du commandant, travaille par des moyens détournés à accroître encore sa sottise, lui expédiant coup sur coup des envoyés pour le supplier, évitant de rencontrer ses troupes en faisant passer les siennes par des bois et de petits chemins. Enfin, il laisse espérer à Aulus une entente, et il l'amène à abandonner Suthul et à le suivre dans des régions écartées, où il feint de battre en retraite. Aulus pensait que, dans ces conditions, il lui serait plus facile de dissimuler son crime.
En attendant, des Numides avisés agissaient jour et nuit sur l'armée romaine, cherchant à déterminer les centurions et les chefs d'escadron, soit à passer à Jugurtha, soit à déserter à un signal donné. Quand tout fut arrangé au gré de Jugurtha, en pleine nuit, à l'improviste, une nuée de Numides encercla le camp d'Aulus. Les soldats romains, surpris par cette arrivée en masse à laquelle ils ne s'attendaient pas, se jettent sur leurs armes, ou se cachent ; quelques-uns travaillent à redonner courage aux trembleurs, au milieu de l'épouvante générale. L'ennemi les presse, la nuit et les nuages obscurcissent le ciel, le danger est de tous côtés ; on se demande s'il y a plus de sécurité à fuir qu'à rester en place. Parmi ceux dont j'ai dit plus haut qu'ils s'étaient laissé acheter, une cohorte ligure, deux escadrons thraces et quelques simples soldats passèrent au roi, le centurion primipilaire de la troisième légion donna passage à l'ennemi sur le point du retranchement dont on lui avait confié la défense, et par là tous les Numides se précipitèrent.
Les Romains lâchement s'enfuirent, la plupart en jetant leurs armes, et occupèrent une colline toute proche. La nuit et le pillage de notre camp retardèrent les effets de la victoire. Le lendemain, Jugurtha entre en pourparlers avec Aulus : quoiqu'il le tînt enfermé, avec son armée, par le fer et la faim, pourtant, n'oubliant pas les vicissitudes humaines, il consentait, si le Romain voulait traiter avec lui, à les épargner, lui et les siens, après les avoir fait passer sous le joug, à la condition que, avant dix jours, il eût quitté la Numidie. Ces conditions étaient pénibles et honteuses ; mais l'imminence de la mort en changeait pour les nôtres le caractère, et la paix fut conclue au gré du roi.

XXXIX - Quand ces événements furent connus à Rome, l'épouvante et l'affliction se répandirent dans la cité. Les uns pleuraient sur la gloire de l'empire, les autres, qui ne connaissaient rien à la guerre, tremblaient pour la liberté ; tous s'emportaient contre Aulus, surtout ceux qui s'étaient maintes fois illustrés dans les combats et n'admettaient pas que, tant qu'on avait des armes, on pût chercher le salut dans la honte et non dans la lutte. Aussi, le consul Albinus, devant l'indignation soulevée par le crime de son frère, en redoutait-il pour lui les conséquences fâcheuses ; il consultait le Sénat sur le traité, et, cependant, travaillait à de nouvelles levées, s'adressait aux alliés et aux Latins pour obtenir des troupes auxiliaires, usait en hâte de tous les procédés. Le Sénat, comme il était naturel, décida que, sans son approbation et celle du peuple, aucun traité n'avait de valeur.
Les tribuns du peuple ne permirent pas au consul d'emmener avec lui les troupes qu'il avait levées, et, quelques jours après, il partit seul pour l'Afrique : toute l'armée, comme il avait été convenu, avait quitté la Numidie et avait pris ses quartiers d'hiver dans la province romaine.
A son arrivée, Albinus désirait vivement se mettre à la poursuite de Jugurtha, pour calmer l'indignation causée par la conduite de son frère ; mais il comprit que le moral du soldat était gâté par la débandade, le relâchement de la discipline, la licence, la mollesse ; et pour toutes ces raisons, il décida de ne rien faire.

XL - Cependant, à Rome, le tribun de la plèbe, C. Mamilius Limétanus, développe devant le peuple une proposition tendant à ouvrir une enquête contre ceux qui, sur les suggestions de Jugurtha, avaient violé les décisions sénatoriales ; qui, dans leurs ambassades et leurs commandements, s'étaient fait donner de l'argent ; qui avaient revendu les éléphants et les déserteurs ; et encore contre ceux qui avaient traité avec l'ennemi de la paix et de la guerre.
A cette proposition, ni les complices de ces crimes ni ceux que faisait trembler la violente irritation des partis, ne pouvaient s'opposer ouvertement : c'eût été avouer que ces procédés et d'autres semblables leur semblaient naturels ; mais en secret, par leurs amis et surtout par les Latins et les alliés italiens, ils machinaient mille difficultés. Malgré tout, la plèbe, avec une opiniâtreté et une vigueur inimaginables, fit voter la proposition, plus par haine de la noblesse, à laquelle elle préparait ainsi des déboires, que par souci du bien public : tant les partis étaient passionnés ! Aussi, alors que la terreur était générale. M. Scaurus, lieutenant, comme nous l'avons signalé plus haut, de Bestia, réussit au milieu de l'allégresse populaire, de la débâcle des siens, de l'agitation de toute la ville, à se faire choisir comme un des trois enquêteurs prévus par la loi Mamilia. L'enquête se fit dans l'âpreté et la violence, et ne tint compte que des bruits publics et des passions de la plèbe. Comme jadis la noblesse, la plèbe aujourd'hui avait pris dans le succès le goût de la démesure.

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