TAHAR DJAOUT, UN ÉCRIVAIN PÉRENNE DE RACHID MOKHTARI


Le faisceau de discours d’une libre conscience

TAHAR DJAOUT, UN ÉCRIVAIN PÉRENNEIl faudrait y ajouter le mouvement esthétique de l’écriture pour faire parler vrai la pensée de l’auteur.

En publiant son essai Tahar Djaout, un écrivain pérenne (*), l’universitaire, journaliste et romancier, Rachid Mokhtari, nous engage à lire ou à relire les oeuvres de l’un de nos écrivains les plus inspirés par le réel algérien. Après une longue analyse, spécialement orientée sur la quotidienneté des événements reproduits et régénérés dans l’oeuvre de Tahar Djaout, Rachid Mokhtari écrit justement: «Une troisième notation, enfin, concerne le caractère moderne de son oeuvre romanesque non seulement parce qu’elle est engagée au sens admis du terme: refus de l’Histoire officielle, dénonciation ouverte et corrosive de toutes les forces régressives, clamant une Algérie républicaine, laïque et citoyenne mais aussi et surtout par cette proximité entre l’actualité la plus immédiate, au sens journalistique du terme et l’Imagination la plus fertile et lointaine.»

Tahar Djaout était un écrivain à part, fortement caractérisé par sa tendresse d’esprit et sa ferme volonté de contribuer à produire la vive étincelle de l’intelligence humaine et particulièrement l’algérienne. Ambition sans doute charmante, progressivement mûrie, mais jamais affreuse, jamais polluée, car sinon comment expliquer le don d’amour, de solidarité et de tolérance dont il a été doté et qu’il a distribué largement et avec équité dans chacune de ses oeuvres quand il est journaliste, quand il est poète, quand il est romancier? Je crois pouvoir reconnaître, que dans l’ensemble de ses interventions d’auteur, il y a mis toujours une touche de fidélité scrupuleuse de son humanisme à l’algérienne: la fierté de penser le plus juste possible dans l’intérêt d’une finalité intime qui donne du sens à l’esprit de «l’être algérien» d’aujourd’hui. C’est sans doute une philosophie complexe et qui plus est fondée, non seulement sur une cohérence subjective, tout à fait normale - et plutôt naturelle -, mais aussi sur une originalité réelle d’un peuple né - revivifié - pour édifier un pays aux mille vertus. En effet, l’homme algérien d’aujourd’hui n’est pas issu d’une hypothèse de contrée imaginaire et de peuplement fortuit. Et pourquoi ne serait-ce pas là une loi naturelle que l’on devrait réapprendre à penser et à libérer une fois pour toutes, pour nous-mêmes, pour comprendre le réel d’une existence naturelle?

Oui, sans doute, le problème n’est pas simple. Mais alors pourquoi ne pas inventer la structure de sa propre problématique - celle de l’Algérie d’hier, d’aujourd’hui et de demain: l’Algérie éternelle dans sa prestance et son évolution -, toutes croyances confondues, toutes idées reçues réexaminées, toutes sensibilités réévaluées,...enfin tout pour comprendre le réel? Autrement dit, il faut se construire un esprit ouvert, capable d’une conscience qui ne se borne pas au seul «non global» qui handicape toute évolution de l’esprit. Bien au contraire, pour tout réel progrès national, le produit de l’esprit de l’homme algérien devrait passer par le consensus positif au vaste tamis de la pensée scientifique, historique, culturelle, algérienne. Bien penser l’Algérie, reviendrait donc à dialectiser la pensée générale de l’Algérien. C’est une idée, mais au vrai, comment faire qu’elle devienne un fait?...

Le travail de Rachid Mokhtari, sur cinq romans de Tahar Djaout, nous aide à comprendre mieux les soubresauts d’un jeune intellectuel algérien qui a de l’inquiétude au sujet de son peuple et de son pays. «Les romans de Tahar Djaout, écrit Mokhtari, forment un univers romanesque cohérent dans sa structure thématique avec ses invariants ou ses récurrences: l’histoire collective entravée et l’histoire individuelle libérée, le territoire de l’enfance et l’omniprésence des oiseaux qui symbolisent le mouvement si cher à l’auteur.» À cet effet, l’écriture se donne du sens, la lecture prend de l’amplitude dès lors que le souffle poétique ne cesse d’être présent, là où il faut, telle une souveraine générosité de partager un certain bonheur de vivre la pensée de l’autre ou de compatir au malheur de son indéfectible semblable.

Pour «illustrer le concept romanesque de Tahar Djaout», Mokhtari s’est posé la question suivante, que le lecteur, à l’évidence, reprendra pour son propre compte: «Quels sont les liens inter romans, s’agit-il d’un même Roman donné à lire sous différentes versions fictionnelles? Une métafiction mouvante? Ayant publié dans un laps de temps relativement court pour une oeuvre aussi dense, Tahar Djaout écrivait-il ses romans dans un projet d’architecture littéraire prospective, à la recherche du Nouveau Monde [...] qui exige, pour y accéder, la déconstruction des mythes fabriqués par l’histoire officielle, pour s’engouffrer dans les profondeurs labyrinthiques du passé profond de l’Algérie et de sa propre histoire.» Ainsi, Rachid Mokhtari nous donne à lire Tahar Djaout. La présentation des ouvrages, objet de son étude, développe la curiosité et le plaisir de lire. Chose très proche d’une bonne pédagogie qui incite à la lecture de nos écrivains dans nos institutions éducatives.

Préfacé par Nabile Farès, l’ouvrage Tahar Djaout, un écrivain pérenne de Rachid Mokhtari comprend trois chapitres abordant densément les thématiques recueillies et rassemblées en lectures utiles, parfaitement pertinentes pour la compréhension et la découverte de la profondeur de l’observation, de l’engagement et des conclusions littéraires de Djaout. Ce sont: 1- Regards sur les nouveaux ordres («Une période historique cadrée»). 2- La Rébellion esthétique («Un genre théâtral de la dérision»). 3- Les désordres de l’enfance («Une enfance violente et solaire»).

On peut aller au-delà de la pensée de Rachid Mokhtari, dont l’analyse, la méthode et la plume ont été constamment vives, c’est-à-dire vigilantes, instructives et généreuses, et dire que l’oeuvre de Tahar Djaout est «pérenne», incontestablement.

(*) Tahar Djaout, un écrivain pérenne de Rachid Mokhtari, Chihab-Éditions, Alger, 2010, 242 pages.

L'Expression

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