CONFÉRENCE


L’œuvre poétique et artistique de Lounès Maâtoub revisitée

Les docteurs Saïd Chemakh et Moussa Imahrazène, enseignants et chercheurs en tamazight à l’Université Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou, ont co-animé mardi à la maison de la culture une conférence- débat sur l’œuvre poétique et artistique de Lounès Maâtoub à l’occasion de la commémoration, par la fondation portant son nom, les 21 et 22 juin, du 12e anniversaire de l’assassinat de ce chantre du combat pour l’amazighité.

Le regard porté par les deux chercheurs sur l’œuvre monumentale du chanteur et poète Lounès Maâtoub sur le riche répertoire de cent trente neuf chansons révèle l’universalité et la singularité d’une œuvre qui a marqué son temps et son époque. Dans son analyse, Saïd Chemakh a démêlé l’écheveau du renouveau thématique introduit dans les chansons et la poésie de Matoub tels que l’amour et la perception de ce genre, qu’il a assumé alors qu’il était frappé du sceau de l’interdit.

Maâtoub fut le premier chanteur kabyle, et même algérien, à avoir cité nommément sa femme dans ses chansons, tordant ainsi le cou aux usages et aux préjugés féministes. «Je t’ai libérée, émancipée », clamera avec rage ce poète avant-gardiste. Beau mélange entre la musique et la poésie, l’œuvre de Matoub véhicule la spécificité de la culture kabyle et porte haut la revendication d’une langue millénaire malmenée et matée par plusieurs invasions. Et ce n’est point un hasard si ce poète de la déshérence s’est fait le chroniqueur attitré d’un quotidien pas du tout facile à vivre et pour cause, «la classe intellectuelle kabyle n’arrive pas à aller chez le petit peuple pour lui expliquer ça». La parodie et l’ironie, récurrentes dans l’œuvre de Maâtoub, sont autant d’engagements assumés par le poète dans son analyse discursive et dans l’expression multiple d’une subjectivité très caractéristique de l’art. La plus grande des parodies n’est-elle pas de prendre le chant et de le fusionner avec un élément du discours ? Au plan musical et artistique, il était aussi le seul à avoir vraiment défini la communauté kabyle. Et le conférencier de s’interroger alors sur ce qui est fait en retour, par cette communauté, de l’œuvre de Maâtoub et de son esprit libre. Y at- il une vision politique dans le discours de Maâtoub ? «Tout est discours chez Maâtoub.» Au niveau du lexique, le renouveau se situe dans l’introduction de structures n’existant pas chez les poètes anciens, et son engagement permanent reflète bien une œuvre qu’il résumait en tant qu’acteur des événements, jamais en tant que spectateur.

Maâtoub visionnaire ? «Tout poète est visionnaire» et le thème de la mort, hantise de Maâtoub sur sa façon tragique de mourir, apparaît dans plusieurs de ses chansons. Les images et les métaphores, très présentes dans la poésie de Lounès Maâtoub, ont été les thèmes sur lesquels s’est attardé le docteur Moussa Imahrazène qui a analysé et raconté un poème de Lounès Maâtoub. Le conférencier a alors démontré comment l’artiste avait renouvelé la structure formelle du poème kabyle.

Le Soir d'Algérie

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